Pitié et allégeance à toi, Kira ! La foule s'inclina en silence, respectueusement devant cette idole masquée et inconnue.
 
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Sur la santé revenue, sur le risque disparu, sur l’espoir sans souvenir, j’écris ton nom [I]

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Nathan S. Suzaku
Ministre de la Censure et de la Propagande
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Localisation : Sur la Toile
Dim 24 Nov - 23:28
Libre, il était libre. Nathan S. Suzaku sentait le vent sur ses joues, voyait la nature se décomposer devant ses yeux. Les feuilles tombaient, au rythme automnale, et sous ses doigts...sous ses doigts, il avait presque l'impression de sentir le froid. Suzaku ne savait plus où il en était. Le moindre de ses muscles était soumis à l'effort, il avait l'impression d'avoir fumé pendant des années, car lorsqu'il inspirait, l'air passait par sa gorge et lui faisait horriblement mal. Il se brûlait. Ce matin avait eu lieu un échange très important : celui grâce auquel il avait enfin pu voir la lumière du jour. Cette chère lumière sans laquelle il était presque devenu fou. Et c'était en sortant que Suzaku, enfin, se dit qu'il était vraiment humain. Ils avaient tout d'abord posé un bandeau sur ses yeux de telle sorte à ce qu'il ne retienne comment trouver leur quartier général, puis lui avait enlevé lorsqu'ils étaient assez loin pour ne rien reconnaître.

Ses mains, elles, elles étaient toujours attachée. Il sentait le métal froid des menottes contre sa peau à vif, le soleil de novembre sur son visage blanc, n'arrêtait pas de cligner des yeux car il l'éblouissait. Il n'arrêtait pas de tousser, encore plus marqué par le changement d'atmosphère, comme si sa maladie – qui avait certes avancé mais qui était en état relativement stationnaire jusque là – s'aggravait tout d'un coup. Le ministre s'était plié en deux, dans la voiture, et n'arrêtait pas de tousser...pour l'en extirper, on dut le trimbaler jusqu'au point d'échange. Les résistants avaient été prudents, aussi ils l'enfermèrent dans une autre bagnole et leur intermédiaire alla chercher la cagnotte. Une bombe avait été placée à côté de lui, menaçant d'exploser si ses collègues tuaient le résistant qui avait pris les sous.

Les collègues de Suzaku ne tardèrent pas, finalement, à le cueillir. Suzaku était à la limite de sombrer dans l'inconscience, et sa figure ne semblait pas très présentable. Lui, le ministre de la censure et de la propagande ? Lui qui avait des habits tous le temps impeccables et qui se tenait toujours droit ? Il ressemblait à présent à un petit tas souffreteux, tapé de partout. Ils l'extirpèrent de la voiture, les premiers soins lui firent donnés et il sentit rapidement sur son visage le plastique d'un masque pour l'aider à respirer, tandis qu'on l'allongeait sur un brancard et qu'un médecin prenait son pouls.

« Illness...Illness... »

Ce seul nom lui échappait, de sa bouche aux lèvres desséchées. Maintenant, il fallait qu'il se lève pour aller la chercher, pour la sauver, elle ; il lui avait promis, ou plutôt il se l'était promis à lui même. Il tenta de faire un mouvement pour se lever, mais fut pris d'une sensation d'étourdissement..Suzaku vit le ciel, les oiseaux. Suzaku tomba sur le côté, et à côté de lui, ses collègues commencèrent à s'agiter et faire ce qu'il fallait faire pour s'occuper. Quelques heures plus tard, il se réveilla, dans un lit qui devait être l'un des lits de l'infirmerie présente dans le quartier général. Ils n'avaient certainement pas dû le transférer à l'hôpital à cause des médias, mais pour le moment, il avait l'impression de se sentir mieux, presque invincible. C'était certainement une sensation due à la morphine, à l'oxygène en boîte qu'on lui faisait respirer, ensuite.

« Illness. »

Il était tout à fait vivant, Suzaku. Ils avaient dû le laver, pendant son inconscience, aussi son corps était propre. À côté de lui, il vit rapidement une pile de vêtement, ceux qu'il mettait habituellement, aussi se leva-t-il, arracha la perfusion et les enfila, pris par un petit étourdissement qui l'obligea à se tenir un moment sur la table de nuit. « Monsieur vous devez rester couché... », dit l'infirmière qui avait vu qu'il quittait le lit ; Suzaku la fusilla du regard, puis ouvrit la bouche et se contenta d'une insulte « La ferme, je vais la chercher. Je vous tue si vous ne me laissez pas passer. » Elle se recula et il commença à marcher d'un pas accéléré dans les couloirs.

Personne ne l'attendait aussi tôt, alors personne dans les couloirs ne comprit que c'était lui, Suzaku, qui marchait à vitesse accélérée en direction des ascenseurs. Une fois qu'il y fut, il appuya sur le bouton menant aux cachots, s’enquit du numéro du cachot auprès du garde qui faisait sa ronde, et prit le bon couloir, tentant de marcher le plus vite possible.

Et là, comme un mirage presque irréaliste, il croisa Arashi Darkwood, la vitesse lui donnant presque un petit côté irréaliste, ses cheveux volant et ce sourire sur le visage. Il tourna rapidement la tête vers lui et ce sourire devint incroyablement démoniaque. Désirant fuir ce démon, Suzaku se mit à courir, à tout vitesse, puis s'arrêta devant la Porte. Composa le numéro, la peur au ventre.

Elle.

Elle.

La porte s'ouvrit avec un grincement sinistre.

Une odeur étrange en sortit, qui lui rappela sa propre captivité.

Et elle, elle était cette petite chose fragile, au fond de la pièce, qui contrastait avec le décor uniquement parce qu'elle était de couleur rose. Rose, rose. Était-ce même du rose ? Blanc aurait été plus juste, elle n'avait même plus sa belle chevelure, elle avait été rasée. Nathan ne bougeait plus, complètement choqué, s'apercevant de la nudité de la belle, faisant tout d'un coup le lien avec la présence d'Arashi dans les couloirs. Il fut pris de nouveau par une quinte de toux, et puis s'avança soudainement vers Illness.

Trop.

Il la prit dans ses bras.

« Pardon...pardon...Pardon. »





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Lun 25 Nov - 0:29

- Irma, bébé, Irma ! Maman reviendra te chercher, d'accord ? Elle viendra te chercher !

La voix était hystérique. Mrs Ingells avait toujours eu de graves problèmes nerveux. Quand le responsable de l'aire d'autoroute avait appelé la police pour qu'elle vienne chercher une gamine perdue, sa mère était occupée à se scarifier à l'arrière d'une voiture. Quelque part sur une nationale à des dizaines de kilomètres.

- Je ne veux pas, maman.
- Ferme-la !! ... l'écoutez pas, Monsieur l'agent, elle est perturbée ... tu verras papa aussi, hein, papa, il est libre lui !

Faux, il avait été coffré. Drogué comme il était, Mr Ingells avait oublié vers où il roulait. D'ailleurs, on avait retrouvé la voiture dans un fossé, où elle s'était lamentablement abîmée. Même pas assez rapidement pour que l'accident fût spectaculaire.

- Je porterai plainte contre vous ! Vous avez pas le droit de l'emmener, pas le droit ! Mon mari va vous planter !

Planter. L'enfant haïssait ce timbre saccadé, fébrile. Ils avaient cette voix-là quand l'aiguille se plantait au creux de leur bras. Un jour, il la lui avaient plantée à elle. Elle avait vu les étoiles, puis les enfers, puis s'était réveillée au bord de la fenêtre : son père avait voulu la "rafraîchir". Elle lui avait dit merci pour son attention - il l'avait obligée à coups de ceinture.

- Elle est où la chienne ? J'te jure, je la vois je la baise !

Son père sur elle. Le reste avait des airs de repos à côté de ça. La gamine avait été tellement accoutumée à la douleur qu'on avait dû l'en sevrer. L'infirmière avait fait de son mieux pour lui expliquer que tout cela n'était pas de sa faute, qu'à son âge, elle ne pouvait avoir "chauffé" personne. Les premières semaines à la Wammy's, elle passait ses nuits à trembler. Irma était morte ainsi, dans son lit, une nuit. Elle ne savait trop quelle nuit exactement et au final, nul n'en avait cure. Surtout pas Irma.

L'enfant pleurait souvent, mais elle le faisait quand ses camarades ne regardaient pas. C'est pourquoi la seule chose que les surdouées aient jamais vu d'elle, ce fut ce sourire crispé. Pourquoi était-il si abominable ? Tout simplement parce qu'il était faux. On lui avait dit de sourire, elle avait douloureusement étiré les lèvres, pleine de bonne volonté. Elle ne voulait pas qu'on l'abandonnât de nouveau. Elle n'avait pas dit aux adultes que l'aire d'autoroute n'était jamais que la deuxième fois : la première, elle était rentrée à pieds, poussée par la faim.

Et maintenant, que faisait-on à ce corps rachitique ? La presque-charogne ne remuait plus depuis un bail. Ils avaient appelé Darkwood justement parce qu'ils avaient craint une mort définitive. Arashi allait avoir le plaisir de les rassurer. La chose avait encore du souffle.

On ne voulait plus vraiment la faire parler. Fate avait transmis à la hiérarchie que les méthodes classiques étaient inutiles. Ils avaient dépassé la ligne de non retour, la victime ne pouvait plus réagir. Cet échec avait mis le général dans une colère formidable. Il ne supportait pas les affronts, même un passif comme celui-là. Il avait donné ordre de continuer encore. Les tortionnaires avaient épuisé un grand nombre de leurs techniques, et s'acharnaient à pousser leur art toujours plus loin. Il n'y avait plus grand-chose à perdre : le but n'était plus de faire parler. On utilisait le corps pour exprimer sa créativité, et la réutiliser sur les autres détenus.

Seul un ignoble miracle maintenait vivant l'objet nu et souillé. Qui parlait de dignité, de liberté - grand mot, la liberté ! On ne lui offrait même pas la mort.

Alors le corps restait là, telle la toile blanche d'une fresque hideuse. Et tout était noir, noir ...

A peine refermée, la porte se rouvre.

Que se passe-t-il encore ?

Des paupières frémissent - les miennes, je crois. Des papillons peureux devant mes rétines brûlées. Le sol de béton est toujours là, rassurant, solide. Je panique quand mon corps le quitte. Mais je ne réagis plus. Des bras me saisissent. C'est brutal, moins peut-être que ce qui vient de ... mes yeux piquent. Les larmes reviennent. J'ai mal, bon sang. Mes os, je n'ai plus de peau, plus de tripes, tout a été piétiné, déchiré.

Qu'est-ce qu'on me dit ... je n'entends pas. Le même son répété. Qui est-ce ? Il sent le frais. Pas la haine.

Une plainte crissante et inhumaine s'élève dans la cellule aveugle.

- Laissez.



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Nathan S. Suzaku
Ministre de la Censure et de la Propagande
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Lun 25 Nov - 13:38
Il ne pensait pas enlacer un tel petit corps. Jadis, il aurait été pudique, retenu devant elle. Il n'aurait même pas voulu être aussi proche, toucher sa peau. La captivité lui avait sans doute ôté ces notions. Il ne voyait plus Illness que comme un petit tas à sauver, un petit tas à aimer. Suzaku passa sa main dans son absence de cheveux, caressant la non-chevelure blonde qu'il trouvait si belle, s'enfonçant dans ses yeux ouverts marron si fascinants, hypnotisé. Il ne pouvait dire un mot, il ne pouvait s'éloigner, crier des mots absurdes à Arashi.

Ils l'avaient détruite, ils l'avaient souillée. Elle jadis si fière, pleine de verve, elle ne ressemblait même plus à ce qu'elle avait été. Même s'il ne le voulait pas, il parvint à voir ses doigts, ses ongles cassés, comme si avant son arrivée, elle était passée par mille et une tortures. Mais que voulait-on donc lui faire dire, elle était innocente, Sa Illness ! Aussi innocente que le printemps, un émissaire choisi par lui-même pour siéger en haut du Cavalier Noir. Quelqu'un d'intelligent qui savait utiliser les médias et faire de ce journal ce qu'il avait été. Que devenait-il maintenant, avec cet ersatz de I à son commandement...Les doigts de Suzaku se resserrèrent sur les maigres bras de l'ancienne journaliste, avec appréhension et amour. Il n'osait croire, il ne voulait pas croire que c'était elle – et pourtant, tout le criait : son visage, ses yeux, même son corps. Il avait passé des journées, des nuits à imaginer ce qu'elle était à côté de lui, en tenue d'Ève. Jadis, il s'en voulait pour des pensées trop impudiques, sans aucun rapport pour le travail, mais maintenant, il s'en félicitait en silence.

Illness.

Il réussit à prononcer ce nom en silence, malgré le dragon qui grondait en lui.

Se souvenait-elle de lui et du non-amour qu'elle lui portait ? Se souvenait-elle de leurs entrevues dérangeantes qu'il essayait toujours d'écourter, parce qu'il n'était justement pas à l'aise ? De cet ascenseur, de cette dernière rencontre pleine d'étoile où, bousculé, sa bouche avait heurté celle de la femme en jaune ? Non. Illness telle qu'elle était à présent ne semblait pas en être capable. Nathan doutait même qu'elle soit capable de mettre un nom sur son visage et de l'identifier comme l'homme à cause de qui elle avait été enfermée ici pendant un mois. Ô, Illness...Si seulement elle savait à quel point le travail, à ce moment précis, lui importait peu ; il voulait juste être avec elle, la rassurer, sans un seul mot, lui dire que tout ce qu'elle avait vécu n'existerait plus. Qu'il la vengerait, qu'il la cajolerait, qu'il l'aimerait.

Il ouvrit la bouche et plusieurs mots sortirent de sa gorge desséchée, d'une voix rauque.

« C'est Nathan. Nathan Suzaku. », lui chuchota-t-il à l'oreille. « Je viens vous aider...vous aider...Vous êtes innocente, ce n'est pas juste... »

Il perdait même le contrôle de lui-même, le Nathan qu'il était d'habitude refusait d'obéir, refusait d'être si sérieux et de se comporter comme il devrait : comme un ministre, comme un homme de pouvoir. Il n'était même pas sûr qu'elle parvenait à l'entendre clairement, ou qu'elle puisse même le voir, c'est pourquoi il s'éloigna aussitôt d'elle, non pas car il avait peur de la toucher, comme avant, mais plutôt parce qu'il se dit soudainement qu'elle devait vraiment avoir froid. Suzaku enleva l'énorme manteau qu'il avait récupéré dans l'infirmerie et le lui passa, lui faisant passer ses faibles bras dans les manches, boutonnant les boutons jusqu'au dernier. Il sortit d'une poche un bonnet qu'il n'aurait de toute façon jamais mis, une de ces casques à la Sherlock Holmes, et lui posa sur la tête.

« On va sortir. On va aller chez moi. C'est...c'est hors de question que vous restiez ici. »





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Lun 25 Nov - 23:00


Mon cerveau fait ses derniers efforts pour se remettre en marche. Quelques neurones doivent rester, allez. C'est ridicule en vérité : je me dis sans cesse que me reprendre est inutile. Je perds pied à chaque interrogatoire, de toute façon. La chute n'en est que plus douloureuse. Mais mon cerveau n'est pas de cet avis. Pressé par un besoin physiologique, il tente encore de comprendre, d'enregistrer quelque chose. J'ai l'impression, depuis des semaines - des siècles peut-être ? - de le regarder de l'extérieur. Il se débat d'une fort grotesque manière. Je sais qu'il sera expédié dans les limbes, encore et encore.

Je perçois encore les sensations primaires : odeurs, toucher. Et là, je sais que quelque chose n'est pas normal. Déjà parce que j'ai n'ai pas encore eu mal depuis que la porte s'est fermée. Ensuite parce que l'odeur, en plus d'être agréable (je dirais peut-être une odeur de propre, mais je l'ai oubliée), ne véhicule rien de négatif. Ne m'en veut-il pas du tout ? Je sens ça aussi, désormais, comme les chevaux qui ruent quand vous avez peur. Beaucoup de détenus arrivent à un stade animal lors d'un long séjour en prison, d'après les enquêtes que j'avais pu faire ... des enquêtes. Que faisait Illness au juste ?

Nathan Suzaku. Ce nom donne une micro-décharge à mon cortex atrophié. Encore un effort. Peut-être qu'en le regardant ... des traits blancs, amaigris. Il parle, je ne saisis quasiment rien ; tout juste un bourdonnement qui monte et descend. Une histoire d'innocence. C'est vrai qu'il a des yeux purs, perçants. Ses cheveux ont l'air lavé. Il a encore ses cheveux, lui.

Je m'acharne à le fixer. Je sais que mon regard est abêti, délavé. Comment peut-il en être autrement ? Je me sens moi-même anesthésiée. J'avais appris à m'enfermer dans du coton virtuel en attendant les prochains passages à tabac ; c'était ça ou la mort dès les débuts. Et voilà qu'on me soulève de terre, et que je ne retombe pas.

Cette seconde information me perturbe. La chute, où est la chute ? Mes terminaisons nerveuses se mettent en alerte. Si ça n'est toujours pas arrivé, c'est que ça va être encore pire. Je me crispe, sans éprouver la peur qui va avec - mon corps agit mécaniquement. Mon esprit s'en est détaché.

Nathan Suzaku. Allez, encore un peu. Suzaku ... un ministre. Quelque chose comme ça. Si je suis parvenue à m'en souvenir, c'est qu'il y avait autre chose à la base. Cette autre chose ... une migraine cinglante coupe court à ma réflexion. Je gémis, et m'accroche à la première chose que je trouve. D'habitude, c'est le sol de béton, et je me casse des ongles ou des doigts dessus. Mais cette fois, mes mains heurtent quelque chose de plus doux. Oh, c'est encore solide, certes, mais c'est tiède, agréable au toucher ... du coton ? un tissu de qualité. J'attends, une angoisse sourde tendant mes membres. Les coups n'arrivent pas. Alors je reste accrochée. Nue comme je suis, ça doit avoir l'air d'un embryon attaché à son cordon.

C'est vrai que je suis nue. Quelque part au fond de moi-même, je me dis que je devrais peut-être me sentir gênée. Mais je suis trop épuisée pour formuler un sentiment aussi civilisé. Je respire la senteur du coton, à plein nez mais discrètement, pour ne pas me faire frapper de nouveau. Rien n'arrive. Quand il commencera, ce sera terrible.

Quelque chose me recouvre. Un sac à macchabée, probablement, enfin ? On passe mes bras dans ce que j'identifie comme des manches. C'est un tissu plus épais qui me couvre désormais. Pour la première fois depuis ce qui me semble être une éternité, le froid recule. Bientôt, je ne grelotte plus. On couvre ma tête aussi, je sens les rabats de la casquette sur mes oreilles. Si j'avais pu, j'aurais souri : qu'est-ce que je dois avoir l'air ridicule dans cet accoutrement. Je commence à émerger, imperceptiblement. Les sons autour de moi se précisent. C'est alors que j'entends la phrase.

"On va sortir".

Sortir ?

Je ne me demande pas qui est compris dans le "on". Je retourne la nouvelle dans ma tête meurtrie. La migraine s'intensifie dans un premier temps, puis reflue. Elle se rend. Dans un coin reculé de mon esprit, quelque chose se réveille, reprend ses droits. Je n'arrive pas à mettre à nom dessus. C'est encore très faible, mais ça existe, et c'est déjà une différence énorme par rapport au grand Rien. Je commence à me souvenir.

La cellule de huit mètres carré n'est pas le monde. Il y a plus de place dehors. Dehors, il y a un ciel ; de l'air ?

- Il fait beau ... là-bas ? Du soleil ?

Je commence à paniquer. Ma place n'est pas sur le sol de béton. Si je me souviens bien, il y avait même des oiseaux, là-bas.

Des grands princes blancs qui flottaient au-dessus de la mer.



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Nathan S. Suzaku
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Lun 25 Nov - 23:32
Suzaku ne parvient pas à mettre des mots sur ce qu'il ressent. Il y a un espèce de trouble dans son cœur, quelque chose qui n'y était pas auparavant, même si cet amour fort, très fort était toujours présent et lui avait permis de s'en sortir. Il y avait un instant, il avait senti sa fragile personne glisser sur sa poitrine, s'appuyer contre son torse et à ce moment-là, il n'avait pas bien su ce qu'il devait faire. Aurait-il dû l'éloigner, ou bien profiter de cet instant, complètement immobile, rassurant comme il voulait l'être ? Sa propre mère disait qu'il n'était pas capable de faire preuve d'émotion et à ce moment, Suzaku l'entendit crier, un de ces nombreux cris qui avaient agité son enfance. Comme quoi même les vaches étaient plus émotives que lui, qu'elle ne méritait pas d'avoir un fils comme celui-ci et que s'il pensait avoir tout compris à la vie, il se trompait.

Mais Suzaku s'en fichait, il s'en était toujours foutu. Et puis maintenant, il avait Illness. Il avait Illness pour se noyer dans ses grands yeux marrons, pleins de convictions et de vie. Illness qui se réveillait, au fur et à mesure qu'il lui parlait et qu'il lui accordait de l'attention, alors Nathan savait qu'il ne devait pas s'arrêter. Il voulait qu'elle redevienne elle, juste I, peu importait en fait si elle l'aimait ou pas, il voulait juste la sauver, la sortir de là, loin de ces gens horribles, loin d'Arashi Darkwood et de tous ses consorts. Vêtue de ce seul manteau et du chapeau trop grands, elle ne ressemblait pas encore à ce qu'elle était avant, mais le progrès était certain. Lorsqu'elle ouvrit la bouche pour, pour la première fois, prononcer des paroles qui lui ressemblaient, Suzaku eut le premier sourire franc de la journée, à la limite de se statufier et de se mettre à l'applaudir pour ses paroles si encourageantes.

« Il y a du soleil...et il est jaune, Illness ! Il est jaune ! », dit-il avec hâte, d'un ton presque excité, ses yeux brillant de mille feux.

Oui, il savait où il allait la mener. Il savait qu'ils allaient tous les deux quitter les cachots, et de manière toute officielle. Il était celui qui avait ordonné l'arrestation de Illness, alors il allait prendre la responsabilité de sa libération. Il n'y avait pas de raisons pour qu'aujourd'hui soit seulement un jour heureux pour lui. Alors, Nathan, il lui posa une main sur la joue, se baissant jusqu'à son niveau, de manière à ce que ses yeux marrons soient en face des siens, que ses lèvres sèches soient à quelques centimètres des siennes. Il ne la frappa pas, il ne l'embrassa pas, songeant de manière douloureuse à tout ce qu'Arashi avait pu lui faire subir, son sourire descendant brusquement lorsqu'il vit un bleu énorme sur sa joue droite. Il leva la main droite et celle-là se dirigea lentement vers le visage de I, sans doute pour ne pas l'effrayer outre mesure, comme pour l'apprivoiser...et il caressa la blessure.

« Plus jamais...je vous le jure, Lady. Plus jamais je ne laisserai faire cela...si j'avais été plus tôt de retour, ils n'auraient pu le faire. Je vous vengerai, I. »

Alors, Suzaku la souleva. Il n'avait pas beaucoup de forces, mais Illness n'était pas non plus bien lourde, et puis c'était sans compter la morphine qui coulait encore dans les veines du ministre de la censure. Il la souleva donc, de ses bras maigres, et il commença à marcher, sortant de la cellule, se rendant directement vers le garde. « Je la prends. Aucune discussion, pensez à noter votre nom sur le cahier de ronde, je me chargerai de votre cas plus tard. » Il serait viré, peu importait si c'était sa faute ou non. Et de toute façon, un pauvre garde de rang inférieur n'avait rien à dire à un ministre aussi bien classé, surtout s'il s'agissait de Nathan S. Suzaku lui-même, ce type réputé si insupportable et collant que même les membres de ses divisions évitaient de mal faire leur travail.

Il resserra sa prise sur Illness, la tête droite, empruntant l'ascenseur, puis marchant à travers les couloirs pour sortir, enfin. Et ce temps...ce temps n'était sans doute pas aussi magnifique qu'Illness avait pensé qu'il était. Mais lui, Suzaku, il comprit, il la fit s'asseoir sur un banc, lui mit la main devant les yeux en visière, le temps qu'elle s'adapte à la lumière...et puis enfin, il l'enleva. Lui-aussi il le regarda, le ciel. Il était plein de nuage, il faisait froid. Il recommençait à ne pas se sentir bien, vêtu de cette seule chemise et de ce veston, mais il devait continuer à l'aider, juste pour elle. Alors Nathan appela un taxi d'un geste de main puis la transporta jusqu'à l'intérieur.

« Je vais vous amener chez moi...nous appellerons un médecin là-bas. »





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Mar 26 Nov - 1:03

- Jaune ? ...

Ma voix s'est raffermie dans la foulée. Mon cœur fait un bond. Un tel mouvement est presque douloureux. Du jaune !

Oh, du jaune, en existe-t-il encore dans cet autre univers qu'il me promet ? Je contemple l'inconnu, de moins en moins inconnu d'ailleurs, et je suis étonnée de ses yeux si brillants. J'ai l'impression de voir enfin un humain. Un homme parmi les monstres et les anges destructeurs, ceux qui ne m'ont fait que du mal. Je me prends à espérer qu'il ne me mente pas. On ne ment pas avec des yeux comme ceux-là.

Je frissonne quand une main étrangère se pose sur mon visage. Mes lèvres se ferment d'instinct. Je ne veux plus qu'on me touche aujourd'hui. Qu'ils me laissent, bon Dieu, qu'il me laissent ... la main est douce, mais je ne me détends pas. Certains ont employé la manière douce, ça n'en était que plus vicieux. Et puis celui-là, j'ai l'impression qu'il a de bonnes raisons de m'en vouloir.

Des souvenirs reviennent. C'est laborieux mais c'est là. Une entrevue au milieu de machines énormes, une planche à roulettes impromptue. Les lèvres de cet homme sur les miennes. Qui est-il, déjà. Un ministre ? ...

Il me promet de me venger. Un rire amusé monte, s'étouffe dans ma gorge. Que croit-il ? Que je suis une damoiselle en détresse ? On n'est plus au temps des chevaliers, qu'il est naïf. C'est adorable ... une voix ténue me rappelle que je n'ai jamais connu ça. Personne ne m'a jamais dit qu'il me vengerait. Si je n'étais pas plus bas que terre, si Illness était encore en vie, elle s'en sentirait flattée. Après tout, c'était une chose magnifique à dire à une Lady - qu'on la vengerait.

Le sol de béton s'éloigne encore. J'ai l'impression d'être un avion qui décolle, ses ailes raides inertes dans ses manches noires. Je nage dans le manteau. La casquette est trop grande aussi. Mais ce n'est pas ce qui m'inquiète pour le moment : ce que je crains, c'est ce sol qui s'éloigne. Jusqu'au bout, je crois que c'est une ruse infecte, comme ils savent si bien les faire. Je crois qu'il va me jeter brusquement à terre, me larder de coups de pieds. C'est obligé, sinon, à quoi ça rime ?

Mais la chose inconnue en moi, qui vient d'apparaître, reste solide. Elle plie, se redresse. Étrangement, cette fois elle ne se détruit pas. Comme si elle sentait que le vent tournait.

Le vent ... je sens soudain autre chose que l'air stagnant de mon monde noir. L'air bouge. Tout bouge, en vérité. Les murs étroits s'éloignent. Je vois le plafond s'étendre, la porte se rouvre et je me vois en dépasser l'encadrement. Aurais-je passé la porte ? Je pense d'abord à une hallucination visuelle. Parfois, la douleur m'emportait, et j'ai vu des choses abominables. Des ombres qui ont essayé de me tirer à elles, des lumières bien plus dangereuses encore, qui m'ont fascinée. J'ai résisté jusque là. Mais pas cette illusion-là. Pas l'illusion de sortir.

Ensuite, je pense à une autre hypothèse. C'est peut-être à nouveau une technique de torture. Quelque chose de psychologique. J'y ai eu droit aussi : la musique en permanence, l'impossibilité de dormir. Pourquoi pas me faire croire que tout était fini ? Ce n'est pas très complexe mais ça serait efficace. Je sais que ça le serait. Les tremblements reviennent. Ce ne sont pas des tremblements de froid.

J'entends vaguement Nathan aboyer sur un garde. Le tintement d'un ascenseur. Un autre flash éclate devant mes yeux : une entrevue, dans une cabine de ce genre. Le temps s'était suspendu à l'époque ... étrange, aujourd'hui, c'est comme s'il repartait.

Les portes se rouvrent. Je m'accroche un peu plus. Ce n'est plus le moment de retrouver le sol. Je commence à avoir moins mal ; ça n'en rend que plus insupportable la perspective d'avoir mal à nouveau.

L'air change à nouveau. Il est glacé, il me frappe comme une feuille de givre. Je prends pleine conscience de l'utilité du manteau. Un peu de froid enveloppe mes pieds nus, mes mains trouvent rapidement refuge dans les manches larges. Le manteau est définitivement gigantesque ; le ministre me paraît d'un coup bien grand. Je reste immobile, comme pétrifiée. Serait-ce enfin ...

On m'assoit sur une surface dure. Du bois, peut-être un banc. Une main prévoyante me garde les yeux en sécurité, je regarde docilement vers le bas : c'est bien un banc. Puis on m'autorise enfin à relever la tête. Je vois les nuages, je vois des gratte-ciels, des oiseaux esseulés. Et c'est le déclic.

Cette image toute simple me fait suffoquer. Elle est grandiose. Je me rends compte que je suis encore en vie. Je respire longuement, profondément, le plus rapidement possible. Le plus d'oxygène possible ! Tellement d'air partout, c'est vertigineux ! Viennent ensuite les bruits, des voitures, des passants. Ils doivent me trouver bizarre, chauve avec ce chapeau ridicule et ce manteau trop grand. Certains se sont peut-être rendus compte que je suis nue dedans. Que se disent-il ? "Encore un couple à la sexualité détraquée". Je ris vraiment, cette fois, comme une idiote. C'est rauque, c'est déréglé, je me fais peur. Mais c'est un rire.

La banquette du taxi me déstabilise. Je tâte le cuir moelleux, déroutée. J'ai l'impression de découvrir un corps étranger. Une surface sur laquelle on ne se casse rien. L'intérieur de la voiture me fascine. J'observe tout, tel un enfant qui vient de naître. Tout est neuf. Tout a une saveur, une signification.

Je tiens toujours le bras du ministre. Je suis à peu près sûre qu'il est ministre, maintenant. De plus en plus de réminiscences viennent préciser les zones d'ombre. Mais je les ignore, ou je ne les prends pas à leur juste mesure. Elles paraissent futiles. Et j'ai peur de retourner en cellule à l'instant ou je le lâcherai. Il est un ticket pour le monde où les choses bougent, une condition sine qua non de ma présence parmi les vivants. Je n'ai pas encore abandonné ma régression mentale ; je commence tout juste à en avoir conscience.

Je commence aussi à sentir l'épuisement. Combien de temps n'ai-je pas dormi sans avoir peur d'être réveillée à coup de taser ? Et si encore, tout cela n'était qu'une farce ! Oh, Darkwood en aurait été capable.

- On n'y retournera pas. N'est-ce pas ? Vous me le promettez ... on ne retournera pas à ...

Je ne parviens même pas à nommer l'endroit. Je l'ai quitté si brusquement, mon cube gris. Les décors, les couleurs se mélangent devant mes yeux fatigués. Je me sens obligée de les fermer. Je vacille, ma tête tombe mollement sur l'épaule de mon sauveur. Quelques larmes roulent encore sur mes joues. J'en ignore la cause réelle.

- Pourquoi êtes-vous venu ?


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Nathan S. Suzaku
Ministre de la Censure et de la Propagande
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Mar 26 Nov - 13:35
Suzaku tentait de se tenir droit, dans cette voiture où le chauffage était mis à son maximum. Le trajet ne serait pas long, il le savait, de toute façon, il n'avait pas d'argent pour payer le chauffeur, n'ayant pas ses papiers. À ce moment, il n'avait pas non plus pensé, sans doute, à la manière dont il s'y prendrait pour ouvrir sa porte. Ses clefs et tous les papiers étaient sans doute dans le manteau confisqués par la résistance, il fallait espérer que ses collègues eurent la bonne idée de lui en faire des doubles. Nathan lança de nouveau un regard à Illness, complètement noyé dans le regard de cette femme. L'océan marron de ses yeux était si hypnotisant qu'il n'en décollait pas, la petite main d'Illness accrochée à lui comme s'il était une bouée de sauvetage ; il n'en revenait pas. Sur son visage était collé un masque de sérieux. Il avait attrapé la main d'Illness comme si, plus que tout, il désirait la réchauffer, l'emprisonnant dans ses deux grosses mains aux droits maigres et plus habitués à tenir une plume qu'aller sur le terrain.

Il la voyait, elle avait peur, et qui n'aurait pas eu peur, après ce qui venait de lui arriver ? Lui-même avait passé un mois en détention, mais à ce moment, il se rendit compte à quel point ce qu'elle avait dû vivre était pire que ce que lui avait vécu. Que même les mafieux qui l'empêchaient de dormir sont moins pires qu'un Arashi Darkwood motivé pour gâcher votre vie. Il le jurait, qu'elle n'y retournerait plus, dans ce sous-sol sordide, il le jurait, tout en serrant fort sa petite main. Il n'avait plus conscience de la réalité, Nathan, il avait l'impression d'être dans un rêve, la tête d'Illness posé sur son épaule. Ce qui l'en détacha, ce fut une violente et soudaine crise de toux, bousculant la Lady et le faisant se plier en deux, un début de larmes aux yeux.

Un peu de sang resta dans sa main, collée à sa bouche, il eut du mal à reprendre son souffle.

« Par...pardon...non...plus jamais, plus jamais...Ce n'est...ce n'est pas juste, ce qui vous arrive...je les ferai virer, le plus possible. Pourquoi je suis venu ? Mais c'est parce que je...je...c'est parce que c'est ma faute, c'était une erreur... »

Il aurait pu lui dire directement à quel point il aimait, ç'aurait été plus simple, mais il n'en avait pas le courage, pas encore. Il parvenait assez difficilement à reprendre son souffle, tandis que le taxi volait vers son quartier, que le monde entier s'agitait. Nathan se foutait du monde, se foutait de son travail, puisqu'elle était là, elle. Elle qu'il pouvait toucher, qu'il pouvait estimer, elle. Il était en train de la regarder de nouveau, de se plonger dans son regard marron profond lorsque le taxi s'arrêta et que la voix du chauffeur leur arriva aux oreilles. « Les amoureux, remettez-vous, ça fera... », le nombre de Kilars importaient peu et Suzaku s'entendit dire quelque chose comme « Mettez ça sous le compte du ministère de la censure et de la propagande ». Le chauffeur eut un petit rire et dit quelque chose comme « Ha oui je vois, le guignol qui est passé sur Youtube, haha !!! J'ai bien ri ! », faisant s'immobiliser Suzaku. Pas de violence, il était malade, il était avec Illness. Respirer, respirer tranquillement.

« Monsieur, je ne rirai pas d'un homme qui a le droit de vie ou de mort, moi. On ne sait jamais ce qu'il pourrait vous arriver. »

Et sortit aussi sec de la voiture, laissant le type un peu hébété et soutenant Illness en lui passant un bras derrière le dos pour l'aider à marcher. Il habitait au rez-de-chaussée, dans cette résidence assez luxueuse, ils n'auraient donc aucun ascenseur à prendre...très bien, Suzaku n'aimait pas vraiment les ascenseurs, surtout quand ils étaient lents et facétieux. Il se trouva vite devant sa porte d'entrée et se rappela de ce problème de clé...les clés...les clés...Il regarda Illness de nouveau, se demandant si ses collègues avaient eu la bonne idée de les mettre dans ses poches.

« Pardon mais...je vais devoir... »

Se rapprocher, il était collé à elle, et plongea la main dans la première poche : rien. Dans la deuxième, quelque chose qu'il remonta à la surface, non sans avoir heurté de la main la cuisse de la Lady. La première chose qu'il ferait après être entré, ce serait lui montrer la salle de bain et lui donner certains de ces habits, jaunes, qu'il n'avait acheté que pour elle : pour une fois que ceux-ci pouvaient servir, lui n'allait certainement pas les mettre. Suzaku se détourna d'elle, pour, cette fois, rentrer la serrure dans le trou, tourna. Il se sentait de plus en plus mal, le ministre, comme si la morphine et l'adrénaline du moment commençait peu à peu à s'estomper. Au moment d'entrer dans la première pièce, un grand salon pas vraiment décoré – il ne vivait pas ici, mais dans son bureau, au quartier général – Nathan Suzaku fut repris d'une crise de toux, encore plus violente que la normale, et courut jusqu'au téléphone, contactant le numéro d'un médecin qu'il avait déjà été voir, lui demandant de venir à son adresse le plus vite possible pour une patiente. Puis raccrocha, s'assit, fatigué, sur le canapé.

« ...La...la douche...la douche est là-bas... », dit-il en montrant la salle de bain du doigt, d'un air las.

Pourquoi fallait-il qu'en ce moment où Illness pouvait être enfin à lui, où il devait se montrer fort et protecteur, son corps le lâche ? Cheshire se serait bien moqué de lui, il pouvait déjà entendre son rire inquisiteur, tandis qu'il parvenait de moins en moins bien à distinguer les détails du visage meurtri de I.

« Je...je vais vous...vous apporter des....des vêtements... »

Il se leva, mais s'écroula directement sur le sol.





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Mer 27 Nov - 0:13


Ça y est, c'est dit, je n'y retournerai plus. La nouvelle me soulage tellement que j'en oublie de respirer. L'histoire de culpabilité, derrière, je n'y prête même pas attention. Dans la glace, je peux voir le regard perplexe du conducteur. Il ne se cache même pas. C'est vrai que nous devons former un étrange duo. Lui, dehors par ce temps sans même un manteau, et moi, qui justement ne porte qu'un manteau. Et encore, l'homme ignore d'où nous venons. Il l'aurait su, son regard n'aurait pas été juste perplexe. Mais je m'en moque. Je n'ai jamais vraiment prêté attention à ce qu'on pouvait penser de moi ; ça ne va sûrement pas commencer aujourd'hui. Aujourd'hui, je suis seule sur Terre. Je fais ce que je veux - ce qui ne me fera pas mal.

Quoique ... seule ? Pas vraiment. Je m'accroche toujours à ce ministre. A moins qu'il ne s'accroche à moi. Difficile à dire ; sa main serre très fort la mienne. Je ne peux m'empêcher de trouver ça vaguement étrange - si mes souvenirs sont exacts, il n'était pas aussi tactile avant ... mais est-ce que je peux encore me fier à des souvenirs ? Ma caboche a vécu tant de choses. Je préfère ne pas trop y penser : la migraine guette toujours. Et je ne veux pas gâcher le moment. C'est agréable, cette banquette moelleuse, cette présence à côté de la mienne. Même si ma joue a quitté son épaule, contrainte et forcée.

Pourquoi tousse-t-il autant ? Je ne l'avais pas remarqué. A ma décharge, je n'étais pas en état de remarquer grand-chose. D'ailleurs, maintenant que je le vois, c'est avec un certain détachement, comme un homme ivre qui regarde son ami se noyer sans réagir. Les dernières semaines m'ont terriblement abêtie. Je me sens ailleurs, à côté du monde auquel on m'a ramenée. Ma contemplation est celle d'un alien en circuit touristique. Je trouve des choses belles, d'autre ne me plaisent pas, mais je ne sais plus au nom de quels canons. Et d'autres choses encore me paraissent étranges. Comme cet homme qui tousse à côté de moi.

On s'arrête. Le chauffeur chante une histoire de vidéo, de guignol. Je ne sais pas de quoi il parle. Ça a dû se produire dans le mois et ça n'a pas l'air important. De toute façon, j'avais même oublié ce qui était important. Nathan me sort de l'habitacle, le froid revient. Je sens le bitume glacé sous mes pieds sales ; ce contact me fait frissonner et me réjouit. Combien de temps n'ai-je pas marché ? Certes, je ne marche pas encore pas tout à fait. Il doit me porter, me traîner presque, sinon je sais que je m'effondrerais. D'abord parce que mes jambes sont atrophiées par le manque de mouvements, ensuite parce que j'utilise mes dernières forces pour rester éveillée. Je remercie le ciel d'avoir une âme charitable pour me soutenir, puis je me dis que finalement, je devrais le remercier pour beaucoup plus.

Je ne réagis pas quand il commence à fouiller le manteau. Une brève image me revient à l'esprit : Illness qui hurle, juste après ce baiser malencontreux du ministre de la censure. Le pauvre, qu'est-ce qu'il s'est pris à l'époque. Un léger sourire étire mes lèvres. De l'extérieur, ça doit plus faire penser à un rictus qu'à autre chose. Sourire doit être une des rares choses qu'avec toute la volonté du monde, je ne parviendrai jamais à bien faire.

Il me lâche dès que nous sommes rentrés. Je me sens perdue aussitôt. Surtout, j'ai peur de me réveiller dans le cube aveugle. J'agrippe la première chose que je trouve - la table de l'entrée. Je baisse les yeux dessus ; seul un vide poche joyeux comme un enterrement y est posé. Le meuble ne sert à rien. Un simple regard circulaire me dit que c'est l'ensemble du salon qui ne sert à rien. Il y a un peu plus de meubles que dans le monde que je viens de quitter, des fenêtres ; mais à part ça, peu de différences avec la cellule. Je reste là, la main sur cette table banale. Je ne sais trop où me mettre. Mes jambes tremblent dangereusement, le manteau est pesant. Il faudrait que je puisse m'assoir, m'allonger ... une douche ?

J'écarquille les yeux. D'abord parce que je ne me souviens pas de ce mot, ensuite justement parce que je me rends compte de ce dont il s'agit. Redevenir propre.

Je suis le doigt du ministre, hypnotisée, et m'apprête à me lancer dans cette direction, sans même savoir si j'arriverais à traverser le salon sans m'étaler lamentablement. Probablement pas, d'ailleurs. Et je me moque de l'idée d'avoir des vêtements après. Tant pis. La douche est devenue vitale.

C'est du moins ce que je pense jusqu'à ce que Nathan tombe au sol.

Je reste un moment à le fixer, toujours attachée à ma table. La lâcher reviendrait à lâcher le bord sans savoir nager. J'y étais prête il y a deux secondes, mais c'était pour une douche.

Ce n'est pas grave, tout de même ?

Je lâche la table.

Mes premiers pas sont catastrophiques. Je tombe deux fois, étouffe un cri de douleur - j'ignore combien j'ai de fractures. Ce n'est pas le moment d'y songer. Il a appelé le médecin, le médecin doit venir bientôt. Mais quand j'atteins enfin mon bienfaiteur, cette dernière pensée m'effraie soudain.

Deux minutes. Le médecin doit venir bientôt ... que trouvera-t-il ? Moi, légèrement vêtue et censée être en prison, à côté d'un semi-cadavre. Mon Dieu mon Dieu mon Dieu.

Le quelque chose en moi, encore très faible, gonfle d'un coup. L'adrénaline envoie le sang à mes tempes. Pour la première fois depuis une éternité, mon cerveau s'irrigue normalement. C'est la dernière ligne droite, je le sens. Après ça, ce sera une semaine dans le coma. Après. Pour le moment, il faut réfléchir. Une main sur le front du ministre me suffit à comprendre : il est brûlant. Je le secoue doucement, au cas où, on ne sait jamais.

- Ce n'est pas le moment ... s'il vous plaît, je ne sais pas quoi faire ...

Mon annulaire cassé craque encore. Je serre les dents et me relève. Un peu trop brusquement ; la tête me tourne, je manque de me cogner contre le buffet rustique. Du calme ! Pas un faux pas. Je ne me relèverai pas si je prends encore un coup. Suzaku est malade. Quand on est malade ... des médicaments.

Je vole vers la salle de bain, glisse sur le carrelage, me rattrape au lavabo. La pharmacie est dans les salles de bain, dans les maisons conventionnels. Et si me souviens bien, il n'y a pas plus conventionnel que le ministre de la propagande. Le miroir est aussi une porte ; à l'intérieur du tiroir, des rangées et des rangées de boîtes. Je ne me décourage pas - je panique. Tout est en japonais ; les gribouillages des pharmaciennes cachent la moitié des instructions anglaises. Je maîtrise la langue, pas les noms de médicaments. Je me faisais livrer les miens d'Angleterre, pour ne pas traumatiser mon système immunitaire. Et les noms ne me renseignent pas du tout sur ce que ces cachets sont censés traités.

Je m'attaque aux listes de symptômes, écrits trop petit ; mes yeux fatigués cillent, se remplissent de larmes. Je n'arrive pas à me concentrer. Quelque part, je crois voir le mot "fièvres" et "inflammation". Ça me suffit. J'attrape les boîtes, le verre près de la brosse à dent, le remplit, puis repars. Tel Ulysse retournant à Ithaque, je frôle la mort une dizaine de fois en dix mètres, et le voyage me paraît interminable. Une idée fixe me tient debout : ne pas renverser l'eau. Il faudrait faire un voyage supplémentaire ... ne pas renverser l'eau.

J'attrape la tête de Suzaku, sans trop de douceur ; l'urgence rend mes mouvements précipités. Je m'en veux de ne pas le ménager comme lui l'a fait pour moi, mais je n'ai pas le choix. Quel est le dosage de ces saloperies ? Je n'en ai aucune idée. En désespoir de cause, je lui en fais boire un de chaque. L'eau roule hors de ses lèvres, trempe ses cheveux. Tant pis, il se séchera après.

Le verre reposé, je respire à fond. Il faudrait l'allonger dans le canapé, au moins. Je ne m'en sens pas la force. Cependant, je m'acharne. Bon sang, qu'il est lourd ! Heureusement qu'il ne faut pas le mener loin ... quelques secondes plus tard, le voilà dans une position étrange, un bras pendant vers le sol. Disons que c'est suffisant. Combien de temps me reste-t-il ? Combien de sursis mon regain de force veut-il encore me laisser ? Il va falloir ouvrir au médecin, lui expliquer ... pas dans cette tenue. C'est la deuxième partie du programme.

Je me relève de nouveau. Déjà, mes pieds ont renoncé à se plaindre. Sur le trajet, je me débarrasse du manteau, souffrant le martyre pour le déboutonner ; la casquette est tombée près du malade.

Les carreaux gris qui tapissent la douche se transforment en lignes floues lorsque je dérape. Mon dos heurte la paroi de la cabine. L'eau déferle. Elle s'écrase sur mon crâne lisse. Elle est trop chaude, mais je ne le sens même pas. Un rire éraillé irrite ma gorge, j'avale des pleines gorgées d'eau bouillante. Elle est propre, elle me rend propre. La vapeur semble emporter les souillures avec elle. Je me crois en plein rêve ; je serais restée ainsi des siècles, des millénaires, si la situation n'avait pas été urgente.

Sortie difficile. Presque à genoux, en s'aidant de la porte. Je dois avoir l'air pathétique, mais personne ne me voit après tout. Mon regard hébété cherche quelque chose à se mettre. Les vêtements, qui avaient complètement disparu de mes préoccupations, reviennent soudain au premier plan. La tête, c'est encore assez simple : une serviette enroulée, il ne cherchera pas à savoir s'il y a des cheveux en-dessous. Et pour le reste ...

La sonnette de la porte retentit. J'arrache une robe de chambre noire à son crochet et l'enfile en me remettant à courir. Mauvaise combinaison - je m'étale sur le tapis du salon. Tout tangue autour de moi. J'ai l'impression de m'enfoncer six pieds sous terre.

Deuxième sonnerie. Je vois du coin de l’œil Suzaku étendu sur ce canapé ; je me relève. Dernière vérification de la serviette, bien fermer la robe de chambre. J'ouvre la porte à la volée. Le médecin est là, propre sur lui, avec sa mallette. Il semble réprimer un mouvement de recul en me voyant. Les cicatrices et les ecchymoses ne sont pas parties avec la douche. Je reprend mon souffle sans me démonter. Tout est parfaitement normal, la situation est parfaitement normale.

- Il faudrait que vous ... vous occupiez de monsieur le ministre. Il vous a appelé pour moi, mais ça va.

A qui est-ce que je veux faire croire ça ? Je dois avoir l'air de tomber de la Lune.

- Il est fiévreux, c'est urgent. Je lui ai fait prendre quelques ...

Quelques quoi ? Je ne sais même pas ce que je lui ai fait ingérer. Si ça se trouve, ça ne va faire qu'empirer la situation. L'angoisse n'arrange rien. A bout, je désigne les boîtes sur la table basse, d'un geste vague.

- J'ignore si c'est efficace.


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Mer 27 Nov - 13:59
C'était un médecin qui n'avait pas encore le dos courbé par l'effort et les années de pratique. La quarantaine passée, déjà quelques cheveux blancs sur le sommet de son corps, il ressemblait à ce que l'on pensait des docteurs en général, et ça tombait bien puisque le docteur, c'était lui. Il avait reçu un étrange appel alors qu'il se trouvait à son cabinet de cet homme appelé Nathan S. Suzaku. Aussitôt, il sut qu'il devait s'y rendre en urgence, le concerné étant ministre. Il avait suivi les informations, ces derniers temps et si il n'avait pu reconnaître la voix éraillée et rauque du ministre, il savait que celui-ci avait été retenu captif par les rebelles depuis près d'un mois. Alors comme ça, ils avaient réussi à le faire libérer ?

Il s'était vite déplacé jusqu'au bureau...non, jusqu'à l'appartement du ministre, dont il avait l'adresse dans ses petits papiers. Il faisait fi du scandale sur le net à son sujet, tout simplement parce qu'il ne le trouvait pas vraiment scandaleux, et que lui trouvait plutôt rassurant que ce ministre rigide ait eu le droit à une enfance...plutôt normale. Il ne mit pas tellement de temps à arriver à l'appartement, mais fut bloqué par quelques bouchons qui accordèrent à Illness le temps nécessaire pour se laver et également mettre Suzaku sur le canapé. À son arrivée, il remit bien son manteau et sonna.

Pas de réponse.

Il entendit un espèce de bruit de chute, là-dedans, comme quelqu'un qui avance avec difficulté, et enfin, on lui ouvrit la porte.

Si le ministre n'avait pas été retenu captif pendant un mois, il aurait pu croire qu'il frappait sa femme – car à cet instant, il prit Illness comme sa femme, et comment envisager de la prendre pour quelqu'un d'autre ? Elle se trouvait avec le ministre, dans son appartement et...Son visage était complètement abîmé. Il la regarda un peu, la scrutant du regard pour tenter de trouver une zone qui n'était pas abîmée, mais cela semblait être délicat.L'écoutant, il tourna la tête vers le canapé, y trouvant Suzaku...il s'y précipita, se disant qu'un patient évanoui était plus urgent à traiter qu'un patient tenant debout...pour le moment, car il s'occuperait de I plus tard.

Il ouvrit la chemise de Suzaku et procéda à toute une série d'examens, en passant de la prise de tension au stéthoscope, puis à celui de sa gorge, en piteux état, semblait-il. Il semblait qu'il avait encore un peu de fièvre, la prise de médicaments étant beaucoup trop récente, ses cernes montraient également dans quel état il devait se trouvait. Il entendait également son patient respirer douloureusement, comme si quelque chose bloquait sa respiration, sa peau était complètement hérissé comme s'il était mort de froid et lorsqu'il vérifia sa tension, il constata que celle-ci était beaucoup plus basse que la normale. Il vit également que Suzaku avait des traces de bleus un peu partout sur le corps, mais ceux-ci pourraient se soigner avec une simple crème, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus grave.

« Je dois lui prendre du sang, pour faire des examens...sans ça, nous ne pourrons pas le soigner comme il faut, si c'est que je pense. »

Professionnel, il prit soin de remonte la chemise du ministre et le piqua dans le creux du coude, le perforant et récupérant un peu de son sang. Il veilla à appliquer par la suite un pansement et un coton sur la plaie.

« Je vais lui prescrire de l'amoxicilline. Nous n'avons pas vraiment d'examen sanguin pour le moment, mais je vous ferai communiquer les résultats d'ici la fin de la matinée. Le ministre a une forme de pneumopathie infectueuse assez bénigme, mais il faut la soigner. C'est contagieux, alors je vous demanderai de porter un masque. », il lui en tendit un. « J'irai chercher les médicaments tout à l'heure, ils sont par voie orale, et je vous donnerai la prescription. »

Il fit ensuite s'asseoir Illness et constata du désastre ambulant qu'était son corps. Coups en tout genre, il se permit même d'ouvrir le peignoir pour mieux constater de l'ampleur des dégâts. Il rajouta mentalement qu'il faudrait qu'il demande un bon paquet de pommades, éventuellement des rendez-vous chez le psy pour cette pauvre femme. Il referma le peigneur, secouant la tête.

« Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, madame, mais ceux qui vous ont fait cela ne sont pas humain. Je vais chercher les médicaments et je reviens. »

Il y avait une pharmacie en bas qu'il avait vu précédemment, alors il vint chercher les médicaments et revint aussitôt, deux sacs bien remplis en mains, posant les factures sur une table. Il savait que Suzaku était un homme d'honneur et qu'il n'oublierait pas de payer.

« Vous trouverez la prescription dans le sac, deux matin, midi et soir. Commencez par un seul, vu la quantité de médicaments que vous lui avez fait ingérer, il risque un ulcère s'il en absorbe trop à la fois. Si ça s'empire, appelez immédiatement le SAMU. Pour vous, j'ai ramené dans médicaments contre la douleur. Vous avez besoin de dormir, ici, il doit y avoir des couvertures dans sa chambre, je pense. Il y a également des crèmes, dans le sac. Avez-vous une question ? »
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Jeu 28 Nov - 23:05

Le bonhomme a l'air digne de confiance. C'est déjà ça. Je sais, se fier à la première impression n'est pas toujours une bonne approche. Pas toujours. Mais je suis dans une position peu propice à une analyse poussée. Je suis peu propice à quoi que ce soit. La sonnerie retentit encore dans ma tête quand le docteur entre. Tout d'un coup, l'adrénaline retombe. Je m'accroche de justesse à la poignée de la porte et la referme dans la foulée, pour faire mine d'avoir contrôlé le mouvement. La main est transmise à quelqu'un de compétent, j'ai fait ma part du contrat. Avec un fond de culpabilité, je me dis que le contrat est bien déséquilibré : je lui ai fait boire quelques cachets et j'ai ouvert une porte. Ce n'est quasiment rien à côté de ce que le ministre a risqué.

Je me traîne jusqu'au fauteuil près du canapé et m'y affale. Mes côtes craquent ; à force, c'est devenu une formalité. J'ignore à quoi ressemble mon squelette maintenant, mais je ne veux pas le voir non plus.

J'observe le praticien, silencieuse, comme si je comprenais quoi que ce soit à ses gestes. Il y avait des gens, à la Wammy's, qui s'y connaissaient aussi en médecine. Je crois m'en souvenir. Mais ça ne m'a jamais beaucoup intéressée, la médecine physique. J'avais fini par exceller en théorie psychologique et psychiatrique, au fil des visites imposées. Elles m'avaient suivie durant toute mon enfance et toute ma scolarité, comme une matière, au même titre que l'histoire ou les sciences. Mais la médecine du corps, je n'y suis pas calée du tout.

Je tique en voyant l'aiguille se planter au creux du coude de Suzaku. Des miasmes morbides sont encore nets dans mon crâne, où ils voyageaient en terrain conquis ces derniers temps. Mes parents, l'héroïne. Je secoue brièvement la tête.

Lorsque je regarde cet homme manipuler le ministre, c'est avec l'inquiétude d'une profane. Je n'aime pas beaucoup ça.

L'inquiétude monte d'un cran quand le bonhomme commence à énumérer les prescriptions, les symptômes. Je fronce les sourcils en prenant le masque qu'il me tend.Pneumopathie ? Ça ressemble à pneumonie, non ? Bénigne, je n'y crois qu'à moitié. On ne m'embobine pas comme ça.

- Enfin, il est inconscient ...

Mais le médecin n'a pas l'air d'y prêter attention. Pire, il se dirige vers moi. Je me recroqueville imperceptiblement. Je n'ai pas envie qu'on me regarde. Ni qu'on m'ausculte. Ça va encore craquer de partout, je vais m'évanouir, et j'ai un ministre à soigner.

Finalement, il est plus doux que je ne le craignais. Un léger soupir de soulagement m'échappe. Je l'écoute sans vraiment le regarder, trop occupée à essayer d'enregistrer le maximum d'informations. Malheureusement, le vieux ne sort rien d'exploitable. Pas humains ? Ah surprenant, moi j'avais bien aimé. Tu crois peut-être que je n'avais pas remarqué ? Boulet. Ces docteurs et leur fausse empathie ... Syndrome du psychiatre.

N'empêche qu'il s'y connait toujours plus que moi. Je l'attends donc patiemment pendant qu'il achète ses drogues. Le masque dans les mains, le regard sur le canapé, puis le sol. Je ne me sens toujours pas à ma place dans ce salon d'humain - très froid mais d'humain malgré tout.

L'horloge murale émet un son particulier. Entre l'angoissant et l'irritant.

Le vieux revient enfin. J'amorce un mouvement pour me lever, lui serrer la main. Histoire de dire "Je suis sociable, je me souviens encore de comment l'être !". Mais la tentative rate. Je n'ai pas de question. Alors il pose le paquet, et je me contente de l'accompagner pour refermer à clé derrière lui.

- Tenez-moi au courant des évolutions ...
- Oui, oui. Merci.

Je reviens au milieu du salon. Bon, maintenant, m'habiller. Où est-ce que sa chambre peut bien être ? Après avoir erré dans le couloir en boitillant, et m'être demandée à quoi diable servaient autant de portes, je choisis celle du fond. Je n'ai pas la force de faire un voyage pour rien. Cette obligation de pondérer toutes mes distances m'irrite ; avant, avant, je ne comptais pas les kilomètres.

J'ouvre la porte.

La surprise m'empêche de faire un pas de plus. Je contemple le spectacle, pétrifiée. Tout est ... Jaune. Les murs, les meubles, les objets, le tapis. Les rideaux jaunes teintent même la lumière. Il n'y a pas de soleil dehors ; le soleil s'est caché ici. J'ai l'impression d'entrer au paradis - ou de rentrer chez moi.

Je m'avance de quelques pas incertains. Pas un grain de poussière sur les bibelots. La pièce est rangée avec une rigueur maniaque. Une tablette longe le mur, sur laquelle sont alignés ... Qu'est-ce que c'est ? Une pile droite de mouchoirs usagés, pliés à la perfection. Deux gobelets en plastique, eux aussi utilisés. L'un deux porte une trace de café séchée. Là, un chewing-gum roulé en boule dans un écrin à bague ; plus loin, trois cheveux sous une plaque de verre, comme un échantillon pour microscope. Je fixe ses trois cheveux longtemps. Leur coloration est celle que j'utilisais, à l'époque. Juste à côté, au centre de la table, un stylo plume. Le mien. Je me souviens soudain clairement le lui avoir donné, lors de notre dernière rencontre.

Je recule, étourdie, mais heurte un autre meuble ; je crains déjà ce que je vais voir en me retournant, je n'ai pas tort.

Le mur est tapissé de photographies, de coupures de presse, et je me vois soudain en des dizaines d'exemplaires. Au Cavalier, hors du Cavalier, lors de rencontres officielles, d'inauguration de rubriques. Les reportages que j'ai gracieusement rédigés sont découpés avec un soin d'écolier. Tout est daté, annoté d'un mot pense-bête.

Fou. Cet homme est un malade.

Le meuble en question est un secrétaire. Les ciseaux et la colle sont là, avec les post-it. Plus gênée le moins du monde, j'ouvre les tiroirs. Toute la paperasse administrative qu'il m'a fait parapher est là, dans l'ordre chronologique. Parfois le reste du document est consciencieusement déchiré, laissant en évidence ma signature.

Mon regard s'arrête sur une grande armoire sculptée, dans un coin. Je frôle le malaise. Il n'a quand même pas ...

Et si. Les tailleurs s'alignent, plus lumineux les uns que les autres. D'une main fébrile, j'effleure les tissus précieux, la soie finement brodée, la mousseline sobre. Les lignes sont classiques, les courbes fluides. Je sors tout, les jette sur le secrétaire, sur le divan jaune. Ils sont à ma taille. Et je crains même qu'ils ne m'aillent à merveille. Je crois en reconnaître deux identiques à ceux que je possédais. Pourquoi les a-t-il achetés ? Ils n'ont jamais été portés : les étiquettes de marques prestigieuses pendent aux cols. L'inspection des autres compartiments de l'armoire révèle son autre lot de surprises. Sous-vêtements - mon dieu, il connait mes mensurations ? - et bijoux se bousculent. L'inquiétante collection semble ne pas connaître de fin.

Je pense à sortir d'ici, tant qu'il en est encore temps. Je pense à appeler la police, avant de me rendre compte que je viens justement d'y échapper par miracle, et que c'est grâce à ce fanatique qui dort sur le canapé. Et puis, où irais-je ? Mon logement doit être condamné à l'heure qu'il est. Imaginer tous mes comptes bancaires gelés me donne la nausée. Il ne me reste plus rien.

La fierté s'incline. Timidement, je me saisis d'un tailleur. Le plus simple, mais celui qui a fait ma gloire : le mythique Chanel couleur soleil. Je l'enfile comme dans un état second. Les gestes sont machinaux, l'habitude surpasse bientôt les semaines d'obscurité. Mes doigts meurtris retrouvent leurs marques.

Bientôt, tout est en place. Je passe une main dans mes cheveux par automatisme, avant de me rendre compte que cheveux il n'y a plus. Mes lèvres tremblent. Ce n'est pas comme avant. J'ai toujours mal, le rendu n'est pas le même. Un cadavre vivant en Chanel, quel intérêt ? Ce crâne blanc, presque translucide, que je le hais ! Et je hais ce ministre, ce grand échalas névrosé et pervers qui m'a ramenée chez lui comme un trophée ... qui a besoin de moi, au juste ? Qui m'aurait aidée par amitié, amour ? Certainement pas Beyond Birthday. Et les autres ... les autres, je n'en ai pas besoin.

Ma tête va exploser. Je me la prends à deux mains, et me regarde longuement dans la glace de l'armoire. C'est immonde. On dirait un squelette habillé. Je songe vaguement à m'ôter cette image pour de bon ; faire une corde avec tout ce tissu ne devrait pas être compliqué, un tabouret, ça se trouve. Personne n'ira me chercher.

Soudain, un coin de soie attire mon attention. Je connais ce coin-là. J'ouvre le petit tiroir. Au chaud, y repose un foulard somptueux. L'étoffe brille comme un astre. Je me rappelle cet objet immédiatement. J'avais perdu mon carré d'Hermès lors d'une réunion interprofessionnelle. Ce jour-là, Suzaku avait prétexté une affaire urgente pour fuir avant la fin. J'avais pensé qu'il ne voulait surtout pas être mêlé à la foule. Je ne m'étais rendue compte que plus tard que je n'avais plus rien au poignet. Le carré s'était dénoué. Je ne l'avais retrouvé nulle part.

Je prends la soie. Elle glisse entre mes doigts avec la fluidité d'une eau de source. Alors, un peu maladroitement, je commence à faire des essais devant la glace. En diagonale, en bandana ... je finis par en faire un couvre-chef à peu près potable.

Je me contemple. "Très Grace Kelly", me dis-je dans un réflexe qui me surprend. Retrouverais-je mes goûts de mode ? Cette pensée m'apaise et me rassérène. Encore un petit ajustement ... les épaules, voilà. On se redresse. La lumière jette le nimbe qui manquait sur le tout.

Une femme reprend forme devant moi. Je l'inspecte quelques minutes, la teste. Quelque chose est de retour. Le jaune est là ; l'Impératrice se réveille. L'émotion en est très profonde. C'est la gorge serrée que je me détourne de la pièce dérangeante, et reviens dans le salon. Suffit de s'admirer. Je tombe de sommeil.

Dormir dans le lit du ministre sans qu'il soit au courant me déplaît. Et puis, je compte bien le surveiller. Je n'aimerais pas qu'il lui arrive quelque chose de grave, malgré la folie que je viens de lui découvrir. Que peut-il y avoir de pire que ce à quoi il m'a arrachée ? Il a fait preuve de plus de courage que quiconque, courage auquel je ne m'attendais pas du tout de sa part. Il mérite qu'on prenne soin de lui. Au moins qu'une personne s'en charge.

Je jette un œil au masque médical abandonné sur la table basse et l'ignore. Ces machins manquent cruellement d'esthétisme. C'est donc le plus discrètement possible, pour ne pas le réveiller, que je me fais une place sur le canapé près de lui. Chose aisée : nous sommes tous deux proches du poids plume. Comment a-t-il réussi à me porter jusqu'à la sortie, d'ailleurs ? Je me souviens vaguement que lui aussi a été capturé, lors de cette foire - la cocotte Fate m'en avait parlé. Je saisis l'image fugitive de quelques bleus sur sa poitrine. Ma propre poitrine réagit par une douleur. Je frissonne. Si je commence à être empathique, je suis bien partie pour devenir psy. Tout mais pas ça.

C'est ma dernière pensée avant de m'endormir. Enfin.


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Nathan S. Suzaku
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Sam 30 Nov - 4:04
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Il était mal, mal, très mal. Chaque instant où il tentait de respirer, il toussait maladroitement, ayant l'impression de s'étouffer à chaque fois qu'il faisait l'acte, très humaine, de la respiration. C'est pour cela qu'il tombait dans les pommes, son cerveau manquant d'oxygène, ses muscles étant fatigués par les conditions de détention qu'il avait subies. Rien d'autres, enfin presque. Il serait sans doute mort si sa seule respiration était en jeu, mais le hasard en décida autrement. Suzaku se sentit tomber par terre, brutalement, soudainement. Son épaule heurta le sol en premier, et après, un voile noir se déposa devant ses yeux, et il quitta la scène pendant une petite demi-heure. Était-il conscient, ne l'était-il pas ? Parfois, il avait l'impression d'entendre des bruits, des onomatopées ou des sons incertains autour de lui. Il eut l'impression d'être tout d'un coup soulevé et eut un peu le vertige, comme s'il faisait les montagnes russes.

Suzaku avait toujours haï les montagnes russes. La seule fois qu'il s'y était rendu, enfant, il avait donné un spectacle pittoresque de lui, plié en deux dans un wagon, les cheveux dressés et tout vert. Il avait rendu son dîner quelques minutes plus tôt, et avec la gravité, le vomi lui était retombé dessus : c'était des épinards à midi. Curieusement, Suzaku ne conservait pas de cette drôle d'expérience un très bon souvenir, et s'était toujours gardé de ne plus monter dans une de ces attractions de la mort, même pour le travail...à propos de travail, c'était d'ailleurs un exploit qu'il soit là, pour cette maudite foirexpo, mais son job n'était point de servir de guide. Il gardait, soigneusement, le dos tourné par rapport aux attractions.

Avait-il toujours été ainsi ? Peut-être que non, en fait. Peut-être qu'à un moment, Suzaku était un enfant, joyeux et sournois. Lui ne s'en souvenait pas...mais sa mère aurait sans doute pu raconter des histoires de bébé qui riait et de gamin qui grandissait. Il ne parlait pas beaucoup, mais dès qu'il commença l'école, il comprit que ce qui était de plus important au monde : les notes, le classement. Les élèves de sa classe comme ceux de toutes les écoles japonaises étaient triés par ordre de notation, chaque trimestre, et Suzaku se faisait toujours un devoir d'être le premier. Ses parents s'occupaient d'une ferme, la famille n'avait jamais vraiment eu de bûcheur dans la famille. Il était le premier, mais, d'après lui, le seul à avoir compris que les notes, dans ce monde, étaient la clé de tout. Suzaku avait passé des nuits, des journées à travailler. Il s'était transformé en véritable machine, cette seule obsession ancrée fermement dans son cerveau...et puis il avait vu Illness...Illness qui l'avait réveillé, Illness qui l'avait fait quelque peu renier son devoir, qui l'avait modéré, Illness qui...

Qui...

...Suzaku ouvrit avec peine les yeux, sentant qu'il revenait. Ses paupières collaient l'une à l'autre, il sentait qu'il avait du mal, sa bouche était pâteuse et son nez était bouché. Il avait l'impression d'avoir pris quelques dolipranes en trop et de ressentir les effets d'une drogue inconnue...mais au moins, il n'avait plus mal. Quelle heure était-il, que faisait-il ici ? Il lui fallut un peu de temps pour comprendre ce qu'il s'était passé, remettre les évènements dans leur contexte, sa libération, Illness, tout ça. Il réagit vraiment lorsqu'il comprit qu'il n'était pas seul sur le lit...dormir, canapé, que...et qu'il sentit la silhouette chaude de sa Lady collée contre lui...oh, qu'elle avait de beaux vêtements, tous jaunes, qui lui allait vraiment bien. Le ministre de la censure ne comprit pas tout de suite, en effet, qu'elle avait trouvé la pièce, celle sur laquelle elle devait irrémédiablement tomber, bien sûr, si elle se mettait à habiter ainsi, mais pas tout de suite, il n'était pas prêt. Pas prêt, en effet. Il avait encore bien sommeil, il ne pensait plus depuis longtemps ; son bras droit se déplaça sur le petit corps de son Aimée et il l'en entoura. Illness était si petite, si fragile, elle avait tellement besoin d'être protégée. Un sourire aux lèvres, il ferma de nouveau les yeux et se rendormit, comme une masse.

Dehors, le temps devait poursuivre son cours. Suzaku était crevé, exténué, il n'avait pas pu dormir normalement depuis quelques semaines, et ce devait également être le cas d'Illness. Le ministre resta les paupières closes pendant environ dix heures, pendant lesquelles, Illness se réveilla peut-être, mais il n'en sut rien. Il avait besoin de dormir, et ici, ils étaient tous les deux au chaud et en sécurité. C'était comme un espèce de rêve éveillé, avec Illness sous le bras et la liberté.

Une dizaine d'heures plus tard, Suzaku ouvrit les yeux, sans trop de difficulté, cette fois-ci, une vague envie de vomir au bord des lèvres...Il fit attention à ne pas bousculer Illness, ne pas la bousculer, elle qui semblait avoir pris son bras comme oreiller, ou vice versa. Un silence respectueux habitait l'appartement...le soleil perçait, des nuages, aussi put-il voir un stock de médicaments sur la table ; très bien, le médecin qu'il avait dû appeler un peu plus tôt dans la journée avait dû venir et les ausculter tous les deux...il eut confirmation de cela en regardant les devis et ordonnances, prenant note des médicaments qu'il devrait personnellement absorber ces prochains jours. Il avait hâte de se débarrasser de cette saloperie qui le gênait pour bosser...vraiment. Il se tira un verre d'eau et absorba les cachets.

Son regard revint alors vers Illness. Tranquille, belle, elle était allongée sur le canapé. Sa petite silhouette n'en prenait même pas la moitié, alors, il se dit qu'il allait lui chercher une couverture pour la réchauffer un peu...mais...mais c'est alors qu'il remarqua ce détail qui, jusque là, ne l'avait pas frappé. Lorsque Illness était arrivée ici, elle était nue...nue...et maintenant, elle avait des habits jaunes...sentant son cœur battre à la folie, les yeux pris de panique, Suzaku se dirigea presque en courant vers Cette pièce : il recompta tous les vêtements, les détails jaunes, les choses qu'il avait annotées avec soin et comprit qu'il en manquait, qu'elle avait découvert cette pièce. Fini, c'était fini, maintenant, elle allait le renier, le traiter de fou, de maniaque, le voir comme Darkwood, peut-être même penser qu'il l'avait attirée ici pour lui faire subir des choses encore pire. Pourquoi fallait-il que quelque chose comme cela arrive ? D'abord le baiser, qui s'était transformé en quiproquo si embarrassant, et puis ça, pire que tout. Suzaku s'appuya à la porte pour respirer avec peine, complètement pris de panique, mais revint, pas à pas vers le salon.

Il s'assit sur la moquette, face à Illness, essayant de réfléchir à ce qu'il pourrait bien lui dire. La vérité semblait être une bonne idée...mais Suzaku n'aimait pas trop ce que les médecins du travail disaient au sujet de son mental, il trouvait cela vraiment insultant.

Se calmer, se calmer. Complètement pris de panique, il commença à marmonner des articles de lois diverses, souvent par rapport à la protection de la vie privée, dans leur ordre d'apparition dans le Code civil.





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Lun 2 Déc - 0:00


Ce n'est pas la douleur qui me réveille, cette fois. La sensation est inhabituelle : j'ai mal, certes, et sans doute que j'ai déjà trop mal pour le commun des mortels. Mais mon échelle de tolérance à la douleur s'est sensiblement rallongée ces derniers temps. Alors ce matin - ou ce soir, je n'ai pas trop mal. Ce qui est déjà énorme. Trop de bouleversements pour trop peu de temps.

Ce n'est pas la douleur qui me réveille. Quelque chose bouge, je perds un appui bien confortable, j'ai froid tout d'un coup. Puis vient un murmure constant, comme un bourdonnement. Pas forcément désagréable, mais suffisant pour que j'ouvre péniblement un œil. Sentir le canapé vide m'oblige à ouvrir le deuxième. C'est une crainte singulière qui m'étreint la poitrine : je n'ai encore replacé aucun repère, je ne me suis située ni dans le temps ni dans l'espace, mais j'ai déjà peur d'être seule. Combien de temps ai-je dormi ? De longues heures sans doute. J'en avais besoin, et mon tailleur est un peu fripé. M'a-t-il laissée ? Puis le souvenir de la pièce me revient.

Tout était si jaune que je suis tentée d'espérer que ce n'était qu'un rêve. J'ai dû tomber endormie juste après avoir raccompagné le docteur. Mais avant même de la développer, je sais que cette théorie ne tient pas. D'où viendrait le tailleur dans ce cas ? Même si je ne me suis pas changée seule, il a bien fallu qu'il sorte ces vêtements de quelque part ...

Cette pensée me fait frémir. Mes vieux réflexes refont surface, périodiquement. J'imagine ses mains sur moi ; j'imagine que ce pervers m'a vue nue. Qu'il m'a touchée nue. Ce taré collectionnait tout ce que je laissais derrière moi. Comment j'ai pu ne pas m'en rendre compte à l'époque ? A peine éveillé, mon cerveau s'emballe. Si j'ai réagi aussi paisiblement hier, c'est parce que la fatigue m'a mise à l'état de légume. Je me sens mieux maintenant, je raisonne plus logiquement. Il faut que je me tire d'ici. Ce type ne m'a pas aidée par courtoisie : je ne suis que le trophée ultime dans sa collection jaune. Il est pire que tous ceux qui m'ont molestée jusque là. Si je ne pars pas maintenant, je risque de ne jamais repartir.

Je tente de me redresser. Les crampes, les os brisés me remettent à terre. Maintenant que le cerveau s'est rebranché, la douleur redevient réelle. Je ne peux décemment plus bouger normalement dans mon état. J'ignore par quel miracle j'y suis arrivée hier.

Je me souviens que c'était pour l'aider, lui. Comment pouvais-je savoir à quel point il était dérangé ? A ce moment-là, l'adrénaline m'a portée comme sur des réacteurs. La nécessité de rendre au ministre ce qu'il m'avait offert, même dans une infime proportion.

C'est le moment de la retrouver, cette adrénaline. Allez, ma vie en dépend ! Mais bizarrement, cette fois, mon corps ne semble pas se presser.

Le bourdonnement continue. Je tourne la tête, et tombe nez-à-nez avec Suzaku. Bah, ma tentative d'évasion n'aurait pas été discrète. Je peux me rendormir sans regrets. Cependant, le sommeil ne vient plus. Aurais-je assez dormi ? Je n'en reviens pas. C'est dans un état de pur ébahissement que je contemple le ministre, écoute ses élucubrations juridiques. Elles me bercent, elles m'empêchent de sombrer à nouveau. On m'aurait montré un certificat le diagnostiquant autiste Asperger, que ça ne m'aurait pas surprise. Mais en le regardant, j'arrive à me calmer.

Le visage du ministre calme. Il est dur, pâle, comme taillé dans une roche blanche. A l'époque, rien que de le voir, je m'ennuyais. Aujourd'hui, l'ennui m'est devenu précieux comme l'or ; et avoir simplement à regarder le ministre de la censure pour m'apaiser, c'est un comble.

Je sais qu'il ne devrait pas m'apaiser, le ministre de la censure. Pas après ce que je viens de découvrir, pas après ce que je viens de comprendre. Ses paroles dans le taxi - un autre monde, il me semble - résonnent dans mon crâne. De sa faute. Tout se tient : c'est lui qui a rédigé les listes pour les rafles à la foire. Il y a apposé mon nom. Je me souviens vaguement m'en être moquée. Je pensais qu'il l'avait fait pour rétablir son ego blessé. Quand on est un type de ce rang et de ce caractère, on n'écrit pas un nom parce qu'on le trouve joli. Mais le fait est là. Au-dessus de tout, je ne serais plus là sans lui. J'aurais été broyée comme un moucheron par les machines de Kira.

Je renonce à essayer de me redresser. Me voilà clouée au lit, pour ma plus grande honte. Je murmure alors, histoire de lui confirmer que je suis réveillée.

- Vous êtes debout depuis longtemps ? ... le médecin est passé. Enfin, tout est écrit. Je me suis permise de me servir dans votre ... la pièce jaune. Désolée, c'est indiscret.

Et c'est moi qui m'excuse. C'est le bouquet. Illness n'aurait pas apprécié du tout de se faire ainsi stalker et de devoir rendre des comptes après. Mais Illness est partie. Il reste peu de gens là-dedans.

- Vous avez l'air d'aller mieux. Ça me rassure. Vous êtes tombé, j'ai eu peur.

Une crampe atroce me retourne l'estomac. Je grimace. Impossible de me rappeler mon dernier repas. La nourriture est depuis devenue un concept abstrait. Mon esprit épuisé avait occulté les besoins physiologiques ; je ne dois même plus avoir de quoi fabriquer de la bile. Mais j'ai honte. Je ne veux plus rien lui demander. Il en a déjà trop fait. Et je m'acharne à parler, à vouloir clarifier des détails. A force, ma voix reprend le chemin de son timbre normal. Je redécouvre mes propres intonations, ma propre hauteur.

- Juste ... pourquoi cette pièce ? Et pourquoi avoir écrit mon nom ? Je respectais le cahier des charges, je crois. Et vous m'aviez assuré ... que je n'y serais pas. Dans la liste.


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Nathan S. Suzaku
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Mer 4 Déc - 0:00
La pharmacie. Si Illness y avait vu autant de médicaments, c'était tout simplement parce qu'ils lui avaient été prescrits par divers médecins, pour le prétendu syndrome dont il souffrait. Il pouvait vivre seul car son handicap n'était pas assez fort pour l'empêcher de se nourrir, de gérer son argent, et tout le reste, mais régulièrement, il y avait bien un ou deux médecins qui insistaient sur le fait qu'il n'était pas...normal. Ils lui prescrivaient alors toute une batterie qu'il rangeait, méthodiquement, dans son armoire. Il y avait un ordre, un classement, les prescriptions, il les avaient cachées dans le meuble de la salle de bain, sous les serviettes comme si, inconsciemment, il avait honte d'être considéré comme un malade mental par la société.

La loi, la loi, elle avait le mérite de rester stable. Il se souvenait de tous les articles, apprenait les nouveaux par cœur. Les mots, eux, ne bougeaient pas. Il y avait les numéros, les gens de lois, le reste, la définition. Tout était dans un jargon juridique pratiquement impossible qui aurait endormi le premier venu, mais Suzaku était un homme de travail : il apprenait les articles de loi aussi bien que de la poésie, et n'en oubliait pas un seul morceau. Curieusement, tandis qu'il se récitait ces articles pour se calmer, il buta sur certains mots, passant à d'autres paragraphes dont il se souvenait mieux. Suzaku avait toujours la peur au ventre, il était terrifié. La peur qu'Illness, tout d'un coup parte de chez lui en pensant qu'il ne valait mieux qu'Arashi, la peur qu'elle dise qu'il était complètement malade.

Pris au milieu du filet de ces articles, il ne vit Illness se lever, ni se placer devant lui. Il releva la tête tout d'un coup, en entendant ses paroles. Sa voix était plus claire, dormir avait l'air de lui avoir fait du bien. Elle portait toujours ces habits qu'il lui avait achetés, lui, Nathan S. Suzaku, un des ministres du gouvernement réputé pour son intransigeance et son sérieux. Nathan eut aussi un regard pour son visage, ses yeux qui semblaient plus calmes, plus guéris qu'auparavant...il en était sûr, le sommeil lui avait fait du bien, mais combien de temps allait-elle mettre pour guérir de toutes ces blessures, aussi bien physiques que mentales ?  Elle ne peut visiblement se mettre debout, il va falloir qu'il rappelle ce médecin...il ne voit de bandages nulle part, il ne put croire qu'il l'ait que ausculté lui, et qu'il ne lui ait pas accordé plus d'attention. Sait-il seulement ce qu'Elle a vécu ?

Non, il ne sait pas. Il ne sait pas ce qu'il se passe dans les cachots, ou alors le scandale éclaterait au grand jour, il ne sait pas que les prisons officielles sont pires que celles des résistantes et, au besoin, feraient passer ces dernières pour des salons de thalassothérapie. Suzaku n'a pas eu la vie facile, ce dernier mois, mais, sans cette maladie, il aurait pu dormir convenablement et aurait eu la vie plus facile...elle, tout ce qu'elle a eu, pire que lui, a été provoqué par Arashi Darkwood ou par ses hommes. Suzaku savait ce dont ils étaient capables, il en avait déjà été témoin, lors des rafles qu'il organisait, autrefois. Alors Suzaku regarda le corps maigri et mutilé de I, se mordit les lèvres.

« La...la pièce jaune... »

La vérité, il devait lui dire la vérité, être honnête avec elle, mais accepter la vérité, c'était accepter sa condition, et il ne pouvait supporter les boniments des médecins qui étaient incapables de faire leur travail comme ils auraient dû le faire.

« Vous devez me prendre pour quelqu'un de pire que lui, Darkwood, maintenant...je...Je vous ai toujours admirée, en fait...je vous trouve formidable, j'ai toujours voulu vous le dire mais...pour ce jour, au Cavalier Noir, je...je suis désolé. »

Il se renfrogna, sachant que par la suite, il allait devoir aborder la délicate question de la Liste. Suzaku eut une toux assez forte, mais toujours moins que celles d'avant. Comment lui parler de la liste sans lui parler du reste, en lui disant que c'était une erreur, une grossière erreur. Lui avouer qu'elle avait été condamnée sur la base d'une erreur et qu'elle aurait très facilement pu éviter ce massacre. Suzaku ne soutint, pour une fois, pas son regard, il avait honte. Oui, ce ministre de la censure et de la propagande, maintenant qui se retrouvait devant la manifestation de son erreur, il était mort de honte.

« Comment dire, la Liste...Je...c'est une erreur, j'ai fait une erreur. Je...je n'avais pas dormi depuis trois journées, j'étais malade, et j'ai parlé de vous au Capitaine Harlaown, dans un mail...et...et, un peu distrait, j'ai écrit votre nom sur le fichier Excel avant de l'envoyer au ministère de la Justice. »

Tout d'un coup, il se demanda si elle avait faim. Ils devaient dormir depuis un certain temps, et il n'y avait pas vraiment de nourriture ici, les rares aliments qui demeuraient dans son frigo étaient des surgelés, le reste, il l'avait jeté, la derrière fois qu'il était revenu car les légumes commençaient à pourrir. Suzaku n'osa pas se lever ; il était toujours en train de regarder à côté de Illness, là, pour ne pas trouver ses yeux si inquisiteurs, si marron. Sa respiration était lente, rapide, à chaque fois qu'il inspirait, il avait l'impression de déranger l'énorme couche de mucus de sa gorge. Il ne savait pas quoi faire, définitivement, pire, lui, l'homme statue, le ministre rigide, il était complètement en panique.

« Par...pardon...C'est...ma faute...Vous n'êtes coupable de rien. C'est ma faute si...si tout cela est arrivé. Alors si je vais mal, ce n'est pas grave...ce n'est rien par rapport à vous...je...Dans la cuisine, il y a de la nourriture, vous devez avoir faim, mais s'il vous plaît, ne partez pas comme cela, parce que je vous répugne. Vous êtes la seule chose de bien qui me soit arrivée dans ma vie...la seule...la seule qui ne me traite pas de malade mental...pas encore. »

La vérité, l'entière vérité, l'exacte vérité.

For the greatest good.





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Mer 4 Déc - 1:16

Ouh là ouh là, trop d'informations en trop peu de temps. Que faire ? Qu'enregistrer, que retenir, qu'écarter ? La migraine se redresse. J'étouffe un gémissement et presse ma main rachitique sur mon front. Le soulagement est bien faible. Avec tout ça, je n'ai même pas regardé ce que le docteur a prescrit. Il doit y avoir des cachets pour moi, je me souviens qu'il y a beaucoup de pommades, en tout cas. Mais l'idée d'appuyer sur les ecchymoses pour imprégner le baume me fait peur. Je ne veux plus appuyer sur mes plaies. Mes os souffrent toujours terriblement.

Je ne sais pas quoi lui répondre. C'est pourtant exceptionnel que le ministre s'ouvre autant, je le sais. D'ailleurs, c'est aussi cela qui me pétrifie. Cet homme a l'air humain tout d'un coup. Je n'y suis pas habituée. Dans mes souvenirs, je me suis toujours frottée à un roc noir et blanc, informe, dur. J'ai toujours dû composer avec des paroles tranchantes. Il était plus froid qu'un iceberg. Jamais un sourire, jamais un mot d'homme. Des formules de politesse, au mieux. Et cet état des choses m'allait très bien. Je vivais chacune de nos rencontres comme une bataille psychologique à affronter. Toute ma relation avec Suzaku s'est construite sur une structure de lutte.

Et voilà que cette structure s'effondre. Nous ne sommes plus deux esprits antagonistes combattant âprement pour des causes contraires. Nous sommes deux âmes perdues dans le même filet.

Ce que j'aimerais me rendormir. Et ne plus me réveiller, si possible. Tout a si peu de sens maintenant. Moi, en tant que personne, je ne compte plus. Je ne me sens plus la force de valoir quoi que ce soit. Mais lui m'en empêche. Il me parle trop, soudainement. Je ne suis pas encore apte à tout encaisser.

Oui, il est pire que Darkwood - c'est ma première pensée. Ce type bat des records de folie compulsive. C'est plus malsain, plus larvaire que Darkwood. C'est à la limite du nauséeux. Bon sang, comment peut-on collectionner la vie de quelqu'un ? Je me sens violée une énième fois. La bile me remonte aux lèvres : ça doit également être à cause de la faim. Son histoire de frigo n'arrange rien ; mais le problème est secondaire. D'autres détails m'occupent. Le mot, le terrible mot, à la fois simple et incisif, frappe mon crâne comme un marteau lourd.

Erreur.

Une erreur. Tout ça, cet enfer, ce monde gris de huit mètres carrés, l'humiliation quotidienne, la perte de la parole, de la dignité, l'obscurité - tout cela, c'était une erreur ? Comment ... comment est-ce imaginable ? Y penser me donne le vertige. Ca n'arrange pas ma nausée. J'ai maintenant l'impression que le canapé fait cinquante mètres, que je suis une idole fragile qui menace d'en tomber. Je me sens à la fois mieux et très mal. Tant d'humanité après le vide total des sentiments, ça me déstabilise.

- Arrêtez. Pause ... s'il vous plaît.

Une erreur, une erreur. Quelle buse ! Je le tuerais de mes mains, si j'en avais la force !

Mais ses derniers mots me retiennent. "Malade mental", tiens ? Aurais-je trouvé une âme jumelle ? Ce n'est pas la première fois. Mon ange ... lui, l'ange destructeur, il était malade aussi. Profondément. J'y ai participé, je le reconnais aujourd'hui. J'ai fait de lui le fléau aux yeux rouges qu'il est maintenant. Où est-il en ce moment ? Je lui ai conseillé ... Paris, c'est ça. Il n'y est certainement pas. Je secoue la tête, serre la mâchoire. Ne plus penser à lui. Tout revient en rafale. La douleur atroce, le cœur serré dans un étau imaginaire.

- Je ne vous trouve pas malade. Enfin si ... vous avez un gros rhume.

Un rire étranglé m'échappe. C'est bien Illness : tout dédramatiser. Je crois que je tiens ça d'Irma. Elle a dédramatisé toute son enfance. Ce n'était pas forcément la meilleure stratégie à adopter, maintenant que j'y pense. Je revois toute l'histoire de la chose qui occupe ce corps pathétique. Mon Dieu, qu'est-ce qu'elle a pu endurer. Finalement, l'erreur vient-elle juste de Suzaku ? Quelque part, j'ai de plus en plus le sentiment que c'est moi, l'erreur. Je l'ai toujours eu. On n'a fait que me le révéler.  

"Un monstre...une violeuse...une erreur de la nature...tu es pire que moi, Irma."

Je ferme les yeux, les rouvre. Tout mais pas cette voix. Penser à autre chose ... répondre, par exemple. A cet homme. Je dois, je veux lui répondre ! Quelque chose arrive dans mon esprit. Peut-être la fin de la cécité. Monsieur me trouve "formidable". Il m'admire ? On ne m'a jamais dit ce genre de choses. Et il a peur. Je le vois qui se mord les lèvres, me demande - me supplie ? - de rester ici, dans ce salon froid. Il est froid depuis qu'il a quitté le canapé. Comment peut-on vouloir que je reste ? En général, c'est mon départ que les gens souhaitent ardemment. J'en ai toujours eu parfaitement conscience, j'en ai joué. Assimiler tout cela me met dans un drôle d'état. Nerveux, mais dans le même temps ... je ne sais pas. C'est étrange.

- Je ne bougerai pas d'ici. Vous m'avez vue ? ... je ne peux pas, Monsieur Suzaku.

J'essaie d'esquisser un sourire. Ca doit être à la fois abominable et pitoyable. J'abandonne vite la tentative.

- Ne vous inquiétez pas. En matière de folie, je suis calée. On me balade de psy en psy depuis ... le début. Je vous pardonne pour tout. Vous vous êtes racheté. Surtout, ne vous faites pas de soucis. Il faut juste que vous guérissiez.

Ce nouveau comportement à mon égard fait naître une nouvelle douceur dans ma voix. Je m'en étonne moi-même, mais ne m'en formalise pas. Ce n'est pas désagréable. Et ça me permet d'oublier mon estomac torturé.

- Je ... je n'ai pas faim. Ca va aller.

Énorme mensonge. Je baisse la main qui gardait mon front, la voyant au passage. Elle est blanche comme la neige. Ma vision se trouble. Moi qui ai toujours carburé au glucose et à la caféine, je réfléchis difficilement à sec. Dans ma cellule, ça ne m'était pas utile. Mais ici ... il faut que je sois à la hauteur. Je n'ai pas envie qu'il me jette.

- Ne me mettez pas dehors tout de suite, je vous en prie. Juste ... quelques jours, je vais dormir, m'en sortir. Je repartirai et vous n'entendrez plus parler de moi. Je vous ai déjà causé ... assez de soucis. Je vais me dépêcher, Monsieur. Quelques jours. Je vous demande seulement quelque jours. Pas tout de suite ...

Je ne remarque même plus que je suis en train de supplier un homme que j'ai toujours haï. Ce n'est plus le même homme - il est devenu un homme. Je suis habituée aux cerveaux. Pas au hommes. Et surtout pas à ce Suzaku-là.





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Nathan S. Suzaku
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Sam 7 Déc - 23:38
Il la dévorait toujours et encore du regard, comme si elle risquait de s'en aller brusquement, de partir. Et puis il comprenait que, quoiqu'elle pensait de lui, ses jambes ne tenaient plus : il allait falloir qu'il la rende plus forte, qu'il lui donne à manger. Il n'aurait pas cru le dire, mais à ce moment, il était celui des deux, malgré sa maladie et son séjour prolongé parmi les gens de la mafia, qui était le plus en forme. Il voyait son petit corps et savait qu'il allait devoir se venger d'une façon à laquelle il n'aurait jamais pensé auparavant : Nathan Suzaku, le ministre qui était le plus accro aux ordres, il était prêt à rompre avec tous les principes qui étaient les siens pour la venger. Il était rassuré, du fait qu'elle le sache, qu'elle pense qu'il n'était pas fou, comme le pensaient les médecins, comme on lui disait tout le temps. Nathan eut un soupir, un demi-sourire, comblé.

« C'est vous...vous êtes moins folle que moi, assurément. Vous avez vu tous ces médicaments dans cette armoire : ils m'ont tous été prescrits, au fur et à mesure des années. Je les range méthodiquement, je les jette quand ils se périment, mais je ne m'en sers jamais. Ils restent juste là, fantômes indélébiles de mon passé... »

Tandis qu'il parlait, son ton de voix baissait, elle devenait de plus en plus inaudible comme s'il ne se parlait qu'à lui-même. Lui, le petit ministre qui était capable de n'importe quelle action, pourvu qu'elle soit justifiée par le protocole et ratifiée d'au moins deux responsable. Il se remit sur ses deux jambes, ne lâchant pas Illness du regard, elle et ses deux yeux d'un marron si profond qu'il s'en serait damné.

« Vous avez faim, vous avez besoin de reprendre des forces, je suis peut-être gentil, mais vous n'avez pas le choix. Je vous offre l'asile volontiers, autant de temps que vous en avez besoin. »

Ce qu'elle était maigre, ce qu'elle semblait avoir perdu, comme poids. Suzaku savait très bien combien de kilogrammes elle faisait avant ce désastre, et désormais, elle ne semblait plus être que la moitié d'elle-même...et une moitié bien érodée. Il mit soudainement un genou à terre, prit une de ses mains, trop blanche, à la peau fine, aux ongles trop courts, comme si un bourreau qui prenait du plaisir à cela les avait coupé un peu trop courts...Il posa ses lèvres sur le dos de la main, ne la quittant des yeux, ce regard qui lui faisait avoir des palpitations au cœur et à l'estomac. Ensuite, il savait ce qu'il devait faire, et espérait vraisemblablement qu'il ne trébucherait pas pendant cette action.

Alors, il, doucement, refit ce qu'il avait déjà fait dans la prison. Il la prit dans ses bras, conscient que cette fois-ci, Illness était plus elle-même, plus apte à bouger car plus reposée, et cela le fit aussi être plus attentif au moindre de ses mouvements, aux bruits qu'elle faisait. Il la surveillait comme s'il avait un chaton dans les bras et, de pas en pas, il se rendit dans la cuisine avec elle dans ses bras, faisant attention à chaque pas, chaque objet qui se trouvait potentiellement devant lui soigneusement évité. Enfin, ils y étaient, et il posa Illness sur une chaise, se demandant si par hasard, elle voulait une couverture pour réchauffer ses genoux, étant donné que l'endroit était un peu froid.

...Il secoua soudainement la tête, cassant le lien qui le reliait à Illness pour allumer le chauffage de la cuisine et fermer la porte : comme ça, ça irait beaucoup mieux. Il se retourna ensuite vers ses plaques, ses fourneaux et commença à ouvrir les placards pour en sortir toute la bouffe qu'il pouvait trouver : dans l'immédiat, il n'y avait pas grand chose...des légumes en conserves, des bocaux d'asperges, de choses plus ou moins inidentifiables qu'il ne savait pas vraiment identifier...il réussit néanmoins à trouver un steak ou deux dans son frigo, et avait encore du riz dans ses placards. Si nous étions dans un film et qu'une petite musique accompagnait chacune des actions de Nathan, elle aurait été comique : le ministre chercha pendant quelques temps un livre de recette...il en feuilleta ensuite longuement ses pages, avant de choisir une recette qu'il pourrait réaliser, en ayant à peu près tous les ingrédients.

La suite fut encore plus drôle : il y eut Suzaku qui, un par un, pesait, réchauffait, fait cuire toutes les quantité nécessaires à la réalisation de ce plat. Il était tout simplement incapable de s'écarter du sentier battu, d'improviser. La recette, c'était son guide suprême, il ne ratait de toute façon jamais une recette, mais elle n'avait pas d'âme, elle n'était pas bonne comme celles des grands créateurs ou des gens un peu passionnés : juste une copie, comme pour le reste. L'odeur de son plat, quelque jour identifié comme étant japonais, commençait à se répandre dans la pièce et il se rendit compte qu'il avait lui-même faim. Son ventre fit un curieux bruit qu'il n'avait l'habitude d'entendre, il posa la main sur son estomac, un peu choqué.

« Servez-vous...je n'ai pas l'habitude de cuisiner, d'habitude, je vais au restaurant, c'est plus rapide. »

Il s'assit à son tour, fatigué par tant d'efforts.

« J'ai rencontré Cheshire...je l'ai un peu agressé, il n'arrêtait pas de me narguer à votre sujet, en me disant que j'étais fou, que je m'étais entiché de vous. J'ai tiré ses lunettes et je les ai lâchées. Il a semblé avoir assez mal. »






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Sam 4 Jan - 20:38

Deuxième fois que le ministre me porte. A nouveau je quitte le sol ... à moins que ce ne soit l'étourdissement dû à la faim. Mon esprit volette quelque part dans des limbes jaunes. Les mots de Suzaku résonnent faiblement. Tous ces médicaments, il est censé les prendre en permanence ? Quelle idée de shooter les gens à ce point ? Ils sont médecins ou dealers ? Je vois des visages, des meubles tournoyer autour de moi. Un masque blanc barbouillé de confiture fait son apparition. J'ai bien envie de lui crier "Tu es fier de toi ?", je veux le réduire en pièces, mais je n'en trouve pas la force. Et je ne veux pas que ça arrive devant lui, mon sauveur. Jésus ne m'a pas aidée autant que lui ; alors avec un pragmatisme laconique, je reconnais que Suzaku surpasse maintenant Jésus. Je croise les bras autour de son cou, m'y accroche de toutes mes forces. Il a peut-être mal. Et si je l'étouffais ?

Tant pis. Si je le lâche, je suis morte. Le sol est bien trop loin ; mes os se briseraient sur le parquet, ma cervelle éclabousserait les murs. Après être sortie d'une histoire pareille, ce serait une mort idiote.

Mais le ministre me serre un peu plus fort contre lui. Tout mon squelette proteste, je n'en ai cure. Ce ne sont pas des pommades qui me soigneront - il me faudrait un séjour à l'hôpital, des examens, des plâtres. Je devrais passer des semaines allongée à cicatriser. Seulement, j'ai déjà perdu tellement de temps. J'ai sacrifié Illness. J'ai oublié la notion de confiance en soi, de dignité. Ce n'est pas pour faire la planche à peine sortie.

J'ai du mal à rester assise. Ma tête plonge sur le côté. Je vacille sur le tabouret, et en posant nonchalamment les coudes sur la table, j'essaie de m'y accrocher. Le bois froid rappe l'étoffe. Comment a-t-il compris que j'avais faim ? Cet homme lit dans mes pensées. Ou alors il a simplement vu mon teint.

Je le regarde s'activer devant son plan de travail. Il sait cuisiner ? Ah, il sort sa recette. Une ombre de sourire s'étire mes lèvres. Plus psychorigide que Suzaku, impossible. Si un jour il se retrouvait en Tanzanie, il mourrait de faim faute de notice. Et même en le moquant, je le suis des yeux. Ses gestes sont précis, calculés. Tout s'anticipe. Le ministre défie le hasard à chaque seconde. Peut-être est-ce à cause des vertiges, mais je trouve quelque chose de presque divin à la préparation de ce riz.

Ce n'est rien à côté de ce je ressens quand l'assiette est posée devant moi. Le fumet est exquis. Même s'il ne l'est pas, il l'est pour moi. Je prends la fourchette avec mille précautions ; on me l'a plantée dans la main, une des rares fois où j'ai eu le droit à un plat.

Je serre cette simple fourchette entre mes doigts rachitiques. Mes épaules tremblent. Les souvenirs reviennent. La nourriture, un sujet sensible. Ils m'ont déjà jeté un gruau par terre. Lécher le béton n'a pas été une partie de plaisir. J'ai eu droit au potage assaisonné à la javel. J'ai craché mes tripes le reste de la nuit. Et là, une fourchette ! Une fourchette de taille normale, rien que pour moi ...

Je plonge le couvert dans le tas de riz. Les dents de fer effritent la montagne blanche. Quelques grains roulent, telles de petites pierres ovales. Je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon de toute ma vie. C'est un orgasme pour les papilles, un véritable septième ciel. Oh, ça aurait pu être un hamburger ou des raviolis en boîtes, j'aurais réagi de la même façon.

Les larmes me montent de nouveau aux yeux. La gratitude le dispute à la honte, encore et toujours. Je mange goulûment. Tant pis pour les manières de lady. Je mâche à peine désormais, j'en ai mal à la gorge.

- C'est délicieux, arrivé-je à articuler entre deux bouchées gargantuesques. Divin ! J'en mangerais toute ma vie.

Les forces reviennent. Je me redresse quelque peu et m'attaque au steak. Les idées se bousculent dans mon esprit.

- Il faut que j'appelle Day. Je lui ai tout laissé beaucoup trop brutalement, c'est une brave fille.

Je relève les yeux, les plante dans les siens. Bleus, quelque peu brillants, comme une banquise au soleil. Encore une fois mon opposé.

- Mangez, s'il vous plaît. Pour me faire plaisir. Vous êtes très pâle.


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Nathan S. Suzaku
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Lun 6 Jan - 23:36
Nathan Suzaku fixait Illness comme s'il n'avait jamais rien vu d'aussi charmant au monde. Ses yeux, ses cheveux, tout ce qui faisait ce qu'elle était. Sa peau, trop blanche pour le teint qu'elle avait normalement, ses ongles trop court, sa bouche, ce sourire écaillé, le reste. Elle paraissait si fragile et si elle à la fois. La baignant de son regard bleu froid, il s'apercevait avec merveille que les vêtements qu'il lui avait achetés lui allaient bien, plus que bien, même, car la marionnette qu'il avait récupérée dans les sous-sols semblait être animée d'une seconde vie. Elle le convia à la table et Nathan lui sourit.

Il s'était produit un changement considérable, chez ce ministre obsédé par la censure, par le travail. Tout d'un coup, il paraissait vouloir changer, il n'était plus fixé par une rigidité digne de sa hiérarchie. Il prenait des risques, aimait comme un humain. Et l'amour lui faisait du bien, à Suzaku : sous les conseils de celle qu'il considérait comme son âme sœur, il s'était assis en face d'elle. La scène faisait tant « la belle et le clochard », excepté qu'à la place d'une assiette de nouilles, il y avait du riz. S'il y avait bien un ingrédient qu'un japonais avait malgré un mois d'absence, c'était cela. Il se releva aussitôt, s'apercevant qu'il lui manquait une fourchette, pour lui, et commençait à piquer par si et par là de la nourriture.

Les fourchettes s'entrecroisaient, parfois, s'entrechoquaient et à ce moment-là, Suzaku lançait des « désolé », un peu confus. Il avait grogné lorsque Lady Illness avait évoqué la jeune journaliste : bien sûr, il savait qui était Day, bien sûr, il la détestait. Il n'approuvait pas cette jeune incompétente qui ne savait pas comment rédiger des articles ou diriger un journal. Il n'avait pas encore lu de Cavalier Noir datant d'après l'enlèvement d'Illness, puisque lui-même était aux frais, mais il ne doutait pas du fait que leur contenu était sans médiocre.

« C'est une petite impertinente. Elle ne méritait pas cette place, elle n'est même pas qualifiée. », dit-il, retrouvant son sérieux et son antipathie habituels pour tout ce qui était humain.

Il ne s'en était pas vraiment aperçu avant, mais en mettant la première bouchée dans sa bouche, il comprit à quel point la bonne nourriture lui avait manqué. Celle qu'il avait préparé était bonne, mais par rapport aux écuelles tous juste dignes des chiens qu'on lui avait lancées ces derniers temps, ce repas était digne d'un festin. Il se tenait remarquablement, cependant, ne se jetant pas sur l'assiette pour la vider tout d'un coup : même s'il avait fait, il savait qu'Illness avait subi des conditions pires que les siennes...il profitait donc de la nourriture, mordant lentement les morceaux, faisant durer l'instant. Parfois, il dépliait ses longues jambes, un peu stressé par la situation et, parce que la table était petite, il heurtait celles d'Illness et les repliait aussitôt, rouge et mal à l'aise. C'était assurément une situation inconvenable, et il était mal à l'aise...Suzaku se rappelait de ce baiser fortuit, de tout le reste, de ce qui en avait suivi et de cette nuit, dans les rues de Tokyô.

« Je ferai de nouveau à manger si vous avez encore faim. Nous avons tous les deux été privés de nourriture pendant un certain temps, alors nous devons faire attention et manger petit à petit pour réhabituer nos estomacs à la nourriture. »

De sa voix automatique de robots, il énumérait les conséquences qu'il avait vu – sans doute sur une vidéo – de la trop rapide libération des camps de concentration. Nathan tomba brusquement sur un grain de poivre et grimaça, fort peu habitué à autant de piquant dans sa vie, toussa un bon moment après, assez déstabilisé. La nourriture le faisait recouvrir ses esprits, son sens pratique hors du commun et le reste...et se faisant, il pensait à tout ce qu'il faudrait qu'il fasse, dès qu'ils le pourraient. Se rendre à l'hôpital, tout d'abord car les blessures d'Illness nécessitaient des radios et autres mesures préventives, puis au ministère pour rattraper ces journées de travail et mettre à jour ses dossiers...celui de Hadès, en particulier. Il était particulier fier de lui, car en captivité, il avait pu laisser échapper des rumeurs sur son compte. Enfin, le plan « chasse au chat » allait se mettre en route.

« Pour revenir à Day...je souhaite que vous repreniez votre place au Cavalier Noir et sachez que je ferai tout pour. Williams m'emmerdera peut-être un peu, avec ses médicaments et le fait qu'il me prend pour son cobaye officiel, mais il n'a pas intérêt à mettre son nez dans ces histoires. Vous êtes la seule qualifiée pour diriger le journal et il est sans doute ce qu'il y a de mieux dans cette ville. Je ne sais pas ce que je risque en vous aidant, sans doute le pire, mais votre arrestation était une erreur, Kira comprendra, j'en suis sûr. »

Nouvelle bouchée de bouillie, lentement. La sauce soja qu'il avait mise n'allait pas avec le reste, il s'en apercevait maintenant. Elle donnait à la nourriture une dimension tellement immonde que n'importe quel humain l'aurait aussitôt recrachée, mais pas eux. Même si la recette était pourrie, même si les frêles mains de Suzaku s'étaient plantées dans le mélange – il était pourtant sûr d'avoir respecté les doses au milligramme près – ils mangeaient, eux, comme deux amants, l'un en face de l'autre, ce grand échalas et cette petite crevette jaune, très habitué à la nourriture pour animaux pour cesser de manger.

« Je ne cuisine jamais, d'habitude. Je sais pourquoi, maintenant. »





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Dim 19 Jan - 19:59

C'est une plaisanterie ? Qu'est-ce qu'il me chante ? Je pose mon front dans ma main, à la fois sous le coup de la fatigue que sous celui de l'affliction. Cet homme est ministre, pourtant. Même si son ministère n'est pas vraiment lié à celui des affaires étrangères, un minimum de diplomatie serait nécessaire, non ? Les hautes fonctions nationales exigent de savoir parler. Oh, parler, il sait. C'est le contenu lui-même qui est à côté de la plaque. J'aurais pourtant imaginé qu'on lui avait appris. Si le tact n'est pas inné, au moins qu'ils prennent des cours. Mais non. Même ça, on ne leur a pas inculqué. Elle est belle, l'équipe gouvernementale. Un psychopathe sadique, une pseudo-Catwoman, une actrice de films X refoulée, une réalisatrice qui sait à peine à quel poste elle se trouve, un anti-médecin et ... lui.

Lui, qui me parle de camps de concentration alors que je viens de vivre quelque chose de semblable. Il faut voir les choses en face - je n'ai jamais été dans le déni : qu'est-ce, lorsqu'on vous tond comme un mouton, qu'on vous impose un uniforme crasseux, qu'on vous transforme en squelette ? Vous devenez un numéro. Une formule de Hannah Arendt, vue quelque part à la Wammy's, me revient à l'esprit : "ils fabriquent des cadavres vivants".  

Et lui, lui - toi ? Dois-je m'adresser à toi ? - me parle toujours. Il crache sur Day, une gamine adorable, que je n'ai que trop houspillée par le passé, alors qu'elle a toujours eu à cœur de faire les choses bien. Et qu'est-ce que je leur demandais, à mes employés, si ce n'est de faire les choses bien ? Je ne réclamais pas la lune. Si je l'avais réclamée, ça aurait été pour la beauté du métier ; et je suis sûre que Day aurait foncé tête la première en orbite pour aller la décrocher.

Mais le ministre de la censure ne sait rien de tout cela. Il ne voit les gens qu'à la surface - et encore, il les survole à peine. Il les lorgne un instant de son regard torve, et pense tout de suite lire dans leur âme. S'il avait vu la mienne, ha ! Il serait déjà loin. Il ne sait rien. Il est plus âgé, bien mieux loti que moi, sans doute connait-il énormément de secrets d'Etat pour lesquels mes collègues se damneraient. Il a passé les dernières heures à me couver comme si j'étais sa petite nièce malade. (Je ne sais pas si les oncles couvent leur petite nièce malade, je le suppose. Je n'ai jamais eu d'oncle et si cet oncle avait été comme mon père, alors je suis bien contente de ne jamais en avoir eu.) Pourtant, là assis devant moi, il m'a soudain l'air très jeune. Il parle comme un enfant : il est encore puéril, il pense qu'on peut tout ramener à des documentaires glauques ou à de la sagesse populaire.

Tais-toi, tu n'as rien compris. Tu ne comprends toujours rien.

Je serre les dents, le regrette aussitôt. Ma mâchoire est déjà assez mise à l'épreuve comme ça ; manger m'est difficile. Et la grande bringue n'améliore rien. Je me retiens de penser à mal. Un peu plus et je m'auto-flagellerais ... car malgré tout, je lui dois la vie. L'insulter est devenu une habitude, un réflexe salvateur lors des visites importunes du ministre, du temps où j'étais encore puissante. Puissante mais sous sa coupe. Comme j'abhorrais cette situation, comme je l'abhorrais lui, pour son statut supérieur, pour le pouvoir qu'il avait sur mon institution fragile. Je l'ai tour à tout haï puis méprisé, ce fonctionnaire robotique, machine imperturbable. Il me rappelait Czentovic, ce redoutable tacticien du Joueur d'échecs de Stefan Zweig. Doué mais vide.

Alors, le voir ainsi, mal à l'aise, me trouble. Il me promet une réinsertion, c'est plus que je ne pouvais rêver - mais justement, c'est trop. C'est beaucoup trop ...

Kira connaît son nom.

Je pose ma fourchette (c'est devenu la mienne, sentiment plus délicieux encore que le plat). Soudain, je me sens un peu mal. D'où me vient cette inquiétude ? Je l'ai déjà ressentie quand il s'est effondré, terrassé par la fièvre. Il va mieux maintenant. Mais pour combien de temps ? Ce n'est pas la maladie qui me fait peur. C'est désormais cette autre entité, plus haute et plus répugnante encore. Je fixe Nathan ; la folie de son acte me frappe comme une gifle.

- Kira comprendra ?

Le dire ne fait qu'ajouter à l'absurdité de l'idée. Ma voix est de nouveau nerveuse. Lentement mais sûrement, je reviens à moi. "Kira comprendra", mais bien sûr. Et il t'offrira des petits gâteaux aussi ?

Pauvre fou ! Dans quoi s'engage-t-il ? Je croyais qu'à défaut de suivre une idéologie, il s'était au moins assuré la sécurité en se cachant derrière Dieu. Mais là ? Me remettre à la tête du Cavalier, ce  serait pris comme un affront. J'ai vaguement l'impression de deviner quelle est en général la réaction de Kira aux affronts directs.

- Il faut que j'appelle Day. C'est une fille honnête, vous ne la connaissez pas. Elle mérite des nouvelles. Je ne reviendrai pas avant quelque mois, le temps que l'affaire se tasse.

Je ne peux plus manger, une nausée me prend. C'est un comble.

- Faites-vous petit au gouvernement. M'héberger, c'est déjà trop ... je me suis trompée sur vous. Vous êtes quelqu'un de bien. Écrasez-vous, par pitié. Kira ne comprendra pas. C'est Kira.

Et toi, je ne veux pas te perdre.


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Nathan S. Suzaku
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Mer 29 Jan - 23:00
Nathan Suzaku n'était pas très doué pour dire les choses. Il était sincère, certes, il parlait avec son cœur, mais pour tout ce qui concernait le politiquement correcte, il pouvait toujours se rhabiller. Le ministre était un handicapé social, incapable de jongler avec les mots aussi bien qu'avec les relations humaines. Dans un orphelinat comme la Wammy's House, il aurait été littéralement bouffé par les petits génies le composant, ici, il avait su se démarquer en restant obsédé par le travail. Certains ministres le redoutaient même car il les obligeait à rester plus tard au travail. Elle avait arrêté de manger, il ne pouvait quitter du regard la forme de ses mâchoires trop maigres, trop brisées par tant de semaines, trop, d'emprisonnement et de contraintes. Si seulement il n'avait pas été capturé, elle n'aurait jamais eu à subir cela car il l'en aurait délivré d'autant plus vite, si les rebelles n'avaient jamais existé, tant de « si » pour que Lady Illness soit sauve. Elle, son visage, toutes ses habitudes qui faisaient d'elle la beauté qu'elle demeurait.

Son cœur rata un battement lorsque Illness douta de Kira, douta de lui. Kira comprendrait ? La question s'insinua insidieusement dans son cerveau, le faisant douter. Kira allait-il comprendre ? Kira était un amoureux de la procédure et même si Illness était innocente, il n'avait rempli aucun formulaire, aucun fichier avant de la tirer de cette prison inhumaine. Sa main s'est égarée sur la table, elle recherche à tâtons cette autre main pour la serrer. Elle la trouve et les deux mains s'unissent pendant un instant, celle du ministre recouvrant la petite et ravagée main de la femme en jaune, la confortant, la réchauffant. Il ne veut pas qu'elle ait peur, il ne veut pas qu'elle pense qu'il lui arrivera malheur...après tout, Kira est un homme bien, il leur a toujours voulu du bien. S'il travaillait bien et qu'il accomplissait toutes ses missions, Kira ne leur ferait pas de mal. Il lui expliquerait ce qu'il se passerait, sans proférer aucun mensonge et il comprendrait tout, il en était sûr.

« Kira comprendra. »

Il était catégorique, aussi catégorique que l'était sa décision de haïr Day par pure jalousie. Kira comprendra, et c'était le début de sa dévotion en tant que ministre. Suzaku était un homme droit, qui ne se permettait de pensée qui sortaient du chemin. Si il avait pensé, et pensait toujours, en voyant Illness, que les méthodes d'Arashi Darkwood allaient vraiment trop loin, il savait que Kira n'y était pour rien dans le traitement des dossiers de ses ministres. Lui-même n'avait pas de contact avec lui, alors il ne savait si Darkwood en avait lui-aussi. Suzaku poussa un soupir, ne pouvant tout de même se permettre d'ignorer les compliments de Illness à son égard qui ne faisait que le rendre plus amoureux d'elle qu'il ne l'était en réalité.

Ses lèvres tremblaient, et les mots qu'il aurait voulu prononcer pour la rassurer, la calmer ne voulaient pas se former. Il y aurait eu des personnes a priori normales qui auraient déjà prononcé un sermon, jurant qu'elles ne risqueraient leur vie. Suzaku, lui, était muet. Il demeurait à cette place complètement immobile, ses seuls yeux étant ultra expressifs et témoignant à quel point il était bouleversé de savoir que la femme de sa vie commençait à l'apprécier. Gêné, son autre main reprit la cuillère pour la plonger dans le plat. Il eut de nouveau le loisir de goûter à cette exécrable cuisine, mâcher les aliments, gêné par le silence, regardant toujours I comme si elle était un alien.

« J'ai...j'ai...j'ai un téléphone, vous pourrez appeler Day, mais je préférerai que vous n'en fassiez rien. Vous devez récupérer et avant que quelqu'un d'autre sache que vous êtes en vie, j'aimerais régler toutes les formalités administratives qu'il existe à ce sujet. Si un article sort à ce sujet sur le Cavalier Noir, je ne donne, en effet, pas cher de ma place de Ministre car Kira pourrait trouver intéressant de me faire remplacer, étant donné que j'abuse de mes fonctions. »

Son ton était redevenu froid et pragmatique, comme si cela aidait Suzaku à supporter, d'une quelconque manière, le fait que quelqu'un s'intéresse à lui. Les situations qu'il envisageait étaient extrêmes, mais il ne doutait pas du fait que, si on faisait trop de bruit à leur sujet, le gouvernement risquait de se fâcher. Suzaku était ministre de la censure et non des prisons, qui, elles, étaient plutôt le ressort de Darkwood.

Il la voit comme son soleil, comme son astre, alors la perdre de nouveau, Suzaku ne peut l'imaginer. Sans elle, il se perdrait. Elle est son fil d'Arianne, cette Antigone sans qui Hémon ne peut pas exister, elle est tout le reste de son monde, un monde restreint mais remarquable par les couleurs qui le tapissent. Il ne savait pas si, même si I le voulait, elle, si il parviendrait à l'embrasser un jour. Toucher sa peau pour la soulever de prison lui semblait maintenant être presque un sacrilège, quelque chose de hautement irréalisable. Même sa main, sa main...Nathan s'empressa de la retirer, la mettant soudainement sur ses genoux, sous la table. Il tremblait.

« Ne me prenez pas pour quelqu'un d'autre que je ne suis. Je suis juste indigné par les méthodes de Darkwood. Ne vous attachez pas à moi, vous n'y gagnerez rien. Mes collègues de bureau pourront vous dire à quel point je suis haïssable et susceptible. Et surtout, ne vous inquiétez pas pour moi. »





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Sam 8 Mar - 23:04


Que la gêne aille au diable. J'ai tellement faim. Tellement faim de nourriture, bien sûr, mais aussi tellement faim d'air, de mouvement, de force. Il me faut de la force, la force de mes jeunes années en Tanzanie, quand j'égalais les bulldozers que je gérais. Cette force qu'on m'a enlevée, telle une lance à son torero. Il me faut retrouver de la vigueur pour marcher droite de nouveau. Plus jamais je ne dois m'allonger, si je m'écoutais, plus jamais je ne devrais dormir. Fini le noir et l'espoir du sommeil éternel ! L'espoir, espoir ... ridicule.

J'empoigne ma fourchette comme une arme et m'attaque de nouveau à la citadelle blanche. Le riz disparaît à vue d’œil. Je ne sens plus la sauce mal choisie, la viande me ressuscite.

Que disait Sénèque, déjà ? "Quand vous aurez désappris l'espérance, je vous apprendrai la volonté". Brave vieillard. Il faut respecter les vieillards. Surtout quand ce sont de vénérables romains. Même les vieillards perdent leurs valeurs de nos jours. Certains participent même à des émissions de télé-réalité. Monde, ta décadence est sans limites.

Je mâche avec application. Le trop-plein d'émotions menace de déborder, mes lèvres frémissent. Suzaku a un téléphone, refuse de me le demander - surprenant ... j'aurais dû m'y attendre. L'image de la chambre jaune refait surface. Au final, peut-être que je suis ici dans une seconde prison. Peut-être qu'il me voulait pour sa collection d'objets, peut-être que je ne suis qu'une chose qu'il s'est attribuée. La nausée revient. Je m'obstine, je mange. De grandes bouchées, comme pour défier mon organisme. "Tu as passé un mois à crever de faim, tu ne vas pas te plaindre maintenant".

Qu'il se taise. Mais qu'il se taise, le ministre. Kira comprendra ! Bien sûr que non ! Mais ça, il faudrait qu'ils le comprennent au gouvernement. Ils refusent de comprendre. Kira ne comprend pas lui, et c'est par choix. Ses petites fourmis ne comprennent pas parce qu'on ne leur a pas appris à comprendre. Suzaku ne s'en rend pas compte. Il est finalement aussi démuni que ses collègues, malgré sa supériorité professionnelle indéniable. Une machine plus perfectionnée, mais à laquelle il manque toujours un programme humain fondamental : la pensée autonome.

"Je me suis trompée sur vous", "Vous êtes quelqu'un de bien" ... sait-il ce que ces mots m'ont coûté ? Reconnaître que je me suis trompée, reconnaître que cet homme de marbre est quelqu'un de respectable, et lui ! Lui qui me rejette ! Pas encore, pas comme ce soir-là, au restaurant ... je suis tombée bien bas. Me voilà rembarrée par le ministre de la censure. Quelle honte.

Sa main se retire - c'est le coup de grâce. Ils ont tous peur de me toucher. Quand ils me touchent, c'est toujours pour me faire mal. Je sais que c'est toujours pour ça. Je le sais maintenant.

Trop de choses se sont produites ces dernières heures. Les larmes débordent enfin, roulent comme des perles salées. Je me passe une main tremblante dans les cheveux. La crise de nerfs n'est pas loin ; mes muscles, mes os me font un mal de chien. Je sanglote comme une petite fille devant le plat de riz. Il faudrait que j'aille à l'hôpital. D'urgence. Et qui m'y emmènerait ? Cet étranger face à moi.

- Vous vous moquez de moi, vous aussi. Vous avez complété votre collection, vous êtes content ?

Je fais des efforts. Je parviens à calmer ma respiration. Mais le parallèle est trop dur. Une table, un couple face à face - couple qui n'en est pas un, n'en sera probablement jamais un. Je ne sais pas aimer.

- Tant pis pour vous. Je vous suis redevable, je vous dois tout et je vous donnerai tout. Tant pis ... pour moi, finalement.

Je m'affaisse sur ma chaise, la fourchette retombe sur l'assiette. J'ai mangé ma moitié. Maintenant, il faut que je m'allonge. Et que je garde tout dans mon estomac rétréci. Une nouvelle épreuve.


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Nathan S. Suzaku
Ministre de la Censure et de la Propagande
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Localisation : Sur la Toile
Ven 28 Mar - 19:04
Un quiproquo, c'était si facile. Il suffisait que des mains s'enlèvent brusquement, par pudeur, par respect, et l'atmosphère qu'il avait mis tant de temps à construire s'évaporait comme s'il n'y avait rien eu. Et pourtant...et pourtant, Suzaku ne put pas s'en rendre compte. Il était toujours en train de l'admirer, elle, celle-là même qui était devant lui. Il l'admirait, et il la craignait en même temps, tout comme il craignait le fait qu'elle s'évanouisse tout d'un coup, juste devant lui, alors que tous deux étaient enfin réunis. Il y avait en lui plus du garçon intentionné pour la fille qu'il aime qu'un sociopathe autiste. Et puis soudain, son monde se brise totalement : une pierre brise le verre d'illusion qu'il s'est forgé.

Nathan Suzaku voit Lady Illness en larmes.

Elle qu'il a vu nue, elle qu'il aime, elle qu'il pense forte et qui résiste à tout, elle pleure. Ses larmes sont émouvantes et lui qui entend ses propos se lève tout d'un coup, extrêmement gêné. Ses mains bougent dans tous les sens, il veut se pencher vers elle, l'empêcher de pleurer, l'empêcher de douter, mais la table l'interrompt dans son inutile mouvement : il a juste l'air d'un clown trop grand. L'un de cess clowns pâles, qui font des gestuelles compliquées et triste...Suzaku renverse l'assiette, tombe à la renverse, tâche ses vêtements, son costume si bien plié, si bien blanchi que ses collègues lui ont donné... « pour rembourser votre incarcération ».

Le ministre de la censure eut du mal à se relever. Il fut pris d'une toux assez forte, même si elle ne battait pas celles qu'il avait pu avoir avant, s'appuyant au pilier de la table et manqua de la renverser par terre, à son tour. Oh, qu'il ressemblait à un pauvre épouvantail, là, par terre, les cheveux mal coiffés et les vêtements sales. Tous deux, que ce fut Illness ou Nathan, leur place était ni plus ni moins à l'hôpital. Lui parce qu'il devait avoir le résultat de ses analyses et se faire soigner dans un lieu approprié, avoir une bonne dose de repos, elle parce qu'elle le devait, tout simplement, et tout son corps, des pieds à la tête, le clamait.

Il peina, mais il réussit à s'asseoir sur les fesses. Les yeux embués par les larmes – plus à cause de ses pleurs à elle que parce qu'il était tombé et avait eu une nouvelle crise de toux – Nathan s'exprima avec difficulté.

« Je ne vous veux pas de mal, Illness...je tiens à vous, plus qu'à n'importe qui. Je vous aime. Je vous aime, comprenez-vous ? Vous êtes ma seule raison de vivre en ce monde et, sans vous, j'aurais sûrement abandonné depuis longtemps. C'est pourquoi je vais faire ce que je veux faire...je ne vous veux pas de mal, Illness, mais...mais je ne suis pas un ignorant. Je sais des choses sur les cachots, j'écoute les conseils des ministres. Pardon Illness... »

D'un pas chancelant, Illness put le voir se relever et sa grand main blanche tâter et s'appuyer contre le mur comme un ivrogne le ferait. Si Illness avait mangé plus de la moitié de sa portion, lui n'avait pratiquement rien avalé, à part quelques bouchées bien remplies, et encore. Suzaku marchait en direction du téléphone. Pas vite, autant que son corps le lui permettait, mais son allure était plus rapide qu'aurait pu l'être celle de la femme en jaune si elle s'était décidé à le doubler. Sa main s'empara du combiné et ses gros doigts composèrent le numéro à deux chiffres, presque à l'aveuglette. Il avait l'impression que sa main tapait à dans le vide, il avait le sentiment de ne plus rien sentir. Mal, il entendit une voix lointaine sortir de sa bouche et articuler des mots qu'il savait être siens.

« C'est une urgence. J'ai ici une femme dans un état de santé déplorable. Elle a été torturée pendant un mois...faites venir une ambulance...deux brancards, je dois aller à l'hôpital. », la voix à l'autre bout du fil demanda une précision. « Suzaku. Nathan Seito Suzaku. Je suis ministre. »

Nathan Suzaku raccrocha avec l'impression d'avoir trahi Illness. Et puis il s'assit sur le canapé, sans rajouter un seul mot à l'intention de celle qu'il adorait...non, c'était trop pour lui. Il attendit que la sirène retentisse et que les infirmiers n'arrivent en courant dans l'appartement.

Puis il se relâcha et s'évanouit de nouveau. Sa semaine de congé avait bien commencé.





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