Pitié et allégeance à toi, Kira ! La foule s'inclina en silence, respectueusement devant cette idole masquée et inconnue.
 
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[France] I am the god of hell fire and I bring you!! [pv Asahi]

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Beyond Birthday
Mort et enterré
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Dim 13 Oct - 15:44
Spoiler:
 

Le voyage avait été long, très long. B avait soudainement eu envie de partir du Japon, plus envie de voir Illness, celle qui lui avait gâché tant et tant de fois la vie. Il était monté dans un bateau, la nuit. Ses vêtements noirs lui permettaient de passer relativement inaperçu, et B savait comme s'y prendre, pour ne plus être vu. Il s'était caché parmi une des caisses de la livraison : la France, le bateau allait en France, c'était écrit là. Fragile, France. Lorsqu'il l'avait vu et qu'il lui avait crié dessus, Lady Illness lui avait conseillé d'aller en France...rien que pour émettre un avis contraire au sien, Beyond Birthday aurait choisi l'Allemagne, les États-Unis, l'Angleterre. Pas la France. Il s'y rendait pourtant, dans les cales de ce paquebot depuis des semaines. Par chance, il se trouvait dans une caisse où était entreposée de la nourriture, alors, il ne mourrait pas de faim. De temps à autre, il se permettait une ou deux petite sorties, pour l'eau, là. Il n'avait pas encore tué mais s'était permis de voler un couteau en cuisine, là, pendant que tout le monde dormait.

Le voyage se passa considérablement bien. B n'avait pas besoin d'être sociable pour vivre, il resta dans son coin, au calme, sans que personne à ce jour ne réussit à percer le secret de son existence : il vivait juste, là, en paix, presque. Il n'y avait pas de confiture à bord de ce bateau, aussi était-il dans un état assez catastrophique. Nous n'avions en effet pas parlé du tangage du bateau, ni du froid qui régnait dans ces cales. B avait bien volé une ou deux couvertures, mais il s'était retrouvé dès le deuxième jour avec un rhume carabiné qu'il n'avait qu'à moitié soigné. D'après ses calculs, le bateau s'arrêterait au Havre pour faire sa livraison, et c'était d'ailleurs là qu'il comptait descendre : il se débrouillerait ensuite pour prendre un quelconque autre transport et rejoindre la capitale, après des jours et des jours de transport. Il se réjouirait assurément de ne plus être dans ce satané pays où Kira régnait en maître et de ne plus voir ces bridés jaunes à tous les coins de rue...B commençait à en être malade, surtout qu'au dessus de leur tête, ce n'était pas des lettres qui apparaissaient, mais des katakana. Il avait eu un mal de chien à apprendre le japonais, et les tuer était l'une des choses les plus énervantes qu'il avait trouvé.

Une fois descendu à terre, B trouva rapidement un bus remontant sur Paris. Il le paya des quelques euros qu'il avait réussi à escroquer à une vieille femme au seuil de la mort rencontrée près d'une boulangerie, s'acheta deux ou trois médicaments en plus et de la confiture. Ainsi, il s'assied tranquillement, enveloppé de ses deux ou trois confitures au fond du bus...tranquillement, presque trop, peut-être, il réussit à s'endormir et ne se réveilla que lorsque le bus arriva à destination. Alors qu'allait-il faire, dans la capitale ? B lui-même ne le savait pas. Il savait juste qu'il désirait bouger, il n'en pouvait plus du Japon. Kira l'avait piégé et ce piège semblait déloyal, il détestait qu'on l'ait comme ça. Par ailleurs, il se sentait lui-même un peu...maladroit d'avoir fait pleurer Illness et il y avait un sentiment sur lequel il ne parvenait pas à remettre le doigt qui l'avait harcelé tandis qu'il lui parlait. Lequel ? Pourquo ?

Après quelques jours de vagabondages, de tueries plus ou moins incertaines, plus pour sa survie personnelle que par devoir, B se trouva un coin où dormir : c'était un quartier relativement proche de la Tour Eiffel, cette madame qui se dressait d'un air insolent. Ces maisons haussmanniennes semblaient pratiquement abandonnées, et avant lui, d'autres squatteurs y avaient sûrement établi leur domicile : B avait pu retrouver quelques ordures, des traces dues à la résidence de chiens dans le secteur. Le criminel avait meublé l'endroit où il vivait du mieux possible, sans se faire repérer, mais B restait toujours B. Le même, inchangé. Il sortait de nouveau la nuit pour guetter, d'un air averti ceux pour qui leur heure arrive. Et lorsque celle-là arrivait, il les isolait dans un coin pour leur faire subir le pire sort possible...déjà, les journaux parlaient de ces crimes qui rappelaient ceux du tueur de Los Angeles.

« Sinistre mise en scène dans le quartier des docks », titrait le Parisien ;

« L'affaire des poupées de paille semble être imitée. Affolez-vous ? », criait le Figaro ;

« On a retrouvé l'Homme qui rit », en riait Libération, fier de la comparaison.


Et quand B ne errait pas dans les rues de Paris, planifiant ses prochains meurtres – 4 à ce jour, le premier ayant un « K » de gravé, le deuxième un « I », le troisième un « R » et vous aurez compris quelle lettre était gravée sur la tête du quatrième – il se reposait, dans cet endroit. Il n'y avait pas de douches, aujourd'hui, ses mains étaient gluantes de sang et de confiture. Il se reposait à sa manière, la respiration irrégulière, les yeux à demi-clos.

Et lorsqu'Elle entra dans « sa » maison, B était allongé sur un lit de fortune, en boule. Ses cheveux étaient sales, comme le reste de son corps. Il ressemblait à un chien qui ne s'était pas nettoyé depuis des mois, les aboiements en moins.




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Ven 1 Nov - 21:21

- Coupé ! Bande de boulets !

Le "bande de boulets" était devenu systématique au point de faire partie des expressions d'usage. "Bande de boulets, action !", "Pas comme ça, bande de boulets !", "C'est du bon travail, bande de boulets !", "Pause café, bande de boulets !". Chaque semaine, la patronne changeait de tic de langage. Comme ça, les acteurs révoltés pouvaient renouveler leurs sujets de moquerie.

Ils disaient tous haïr cette petite femme avec son mégaphone au bord du plateau. Elle ne restait pas enfoncée dans son siège pliable comme tout réalisateur qui se respecte ; elle se levait sans cesse, hurlait fréquemment, faisait les cent pas en observant les scènes. Certaines étaient si hilarantes que les techniciens manquaient d'en lâcher leurs appareils. La seule qui ne riait pas, c'était Sun.

Elle était enfin chez elle : sur un plateau de tournage. Peu importait le pays ou les circonstances. Elle se moquait bien de ce qui était en train de se passer au Japon. Le fiasco de la foire, le visage perdu de Day, la vidéo tordante des photos d'enfance de Suzaku, l'enlèvement de Suzaku. Ils le rachèteraient, elle en était certaine. Et pour ce rachat, sa présence n'était pas requise. Alors elle avait réussi à décrocher une permission urgente, quelques semaines à Paris, en abandonnant Asahi. Elle avait un tournage à finaliser et son producteur commençait à trépigner. Le propriétaire de l'immeuble haussmannien où ils tournaient ne leur avait offert la place que pour éviter les squatteurs. L'endroit allait parfaitement à Sun. C'était lumineux, haut de plafond, vintage.

Sun ne riait jamais quand elle portait la casquette de réalisatrice. Quand elle était ministre, pas de problème. Pas réalisatrice. On ne plaisantait pas avec le travail.

- Vous jouez comme des trilobites. Vous mériteriez mieux votre salaire si je vous payais à faire des nouilles.

Lucy Ferrier, le rôle principal, grimaça. Son petit nez se retroussa adorablement. Actrice chevronnée, elle avait joué pour des dizaines de chefs ; mais les scénarios de Sun la pliaient à chaque fois. Impossible de rester concentré plus d'une réplique.

- Mais Sunny, ça fait six heures qu'on n'arrête pas ...

La réalisatrice balança son mégaphone sur le fauteuil pliable. Sa voix ne perdit rien en  puissance ; elle avait un accent japonais prononcé, et mélangeait l'anglais avec des bribes de français.

- OK, vous avez gagné. On fait une pause, bande de boulets.

Elle regarda sa montre - ou plutôt un poignet nu de toute montre. Il s'agissait bien d'un instant de solitude, mais elle l'appréhenda avec un flegme royal. Evidemment, tout était calculé. C'était pour faire genre.

Quelques rires retentirent sur le plateau. Les employés la charriaient en permanence, elle le leur rendait au centuple. Mais dans le milieu, il était notoire que tous ses collaborateurs la respectaient, sinon l'adoraient. On ne travaillait pas avec un mythe vivant tous les jours. C'était une occasion en or pour ceux qu'elle repérait.

- Disons neuf minutes. Pas une de plus, peut-être une de moins. Au boulot !
- Au boulot ? remarqua un cameraman.
- Faites-la bien, cette pause. Comme si c'était la pause de votre vie ! Allez, dégagez. Je ne veux plus vous voir, vous m’écœurez.

Tandis que les comédiens se détendaient en grommelant, la jeune femme quitta la pièce, les mains enfoncées dans les poches de son jean. Son t-shirt rouge était un peu froissé, à force de sauter à répétition hors de son fauteuil. Elle passa aux toilettes. Le miroir lui renvoya son image habituelle, une peau pâle, des lèvres rehaussées de rouge, de légers cernes sous les yeux. Elle n'avait pas dormi suffisamment cette nuit, l'avion n'était pas très confortable. Elle n'avait même pas songé à se renseigner un minimum sur ce qui se passait à Paris en ce moment. Peut-être que si elle l'avait fait, elle aurait eu vent de cette histoire de serial killer. Et elle ne serait pas passée pour une inculte devant le chef opérateur.

- Purée, c'est flippant cette histoire de psychopathe, tu ne trouves pas ?
- Hm ?

Elle tenta de recoiffer sa tignasse écarlate, après avoir jeté un œil à son collègue. Young était encore scotché à son smartphone.

- Un type tue des innocents dans la ville. Il se planque quelque part. Il en a éliminé quatre et leur a écrit "Kira" dessus.
- Sur chaque ?
- Non, une lettre par front.
- C'est ce que je disais. Sur chaque.
- "Sur chaque" ne veut rien dire, Sunny. Tu crois qu'il a un truc à revendiquer où qu'il fait juste ça pour brouiller les pistes ?
- Si ça se trouve, il l'a écrit pour toi. Il t'a toujours aimé. Il viendra te chercher cette nuit.
- Très drôle. Je t'attends sur le plateau, je veux encore terminer ma barre de céréales.

L'homme un peu enveloppé passa derrière elle et se dirigea vers la porte ; Sun tripotait toujours ses cheveux, histoire de leur donner du volume. Rêve, utopie, quand tu nous tiens. Young sourit.

- Toujours ce shampoing ... tu pues la fraise à vingt mètres. Ils ont dû tous mourir d'asphyxie au gouvernement.
- Je n'ai pas le temps d'en manger, ça diminue ma frustration. Ta barre de céréales t'attend, mon gros.

Son ami la gratifia d'une insulte fleurie avant de s'éclipser. Elle se redressa, se disant qu'elle devrait peut-être avaler quelque chose, elle aussi. Son casse-croûte était dans le camion, en bas. Elle soupira ; la pause durerait plus de neuf minutes.

La jeune femme prit l'ascenseur - remis en service pour l'occasion - et sortit, satisfaite, avant de se rendre compte qu'elle n'était pas dans le hall. Avec un froncement de sourcils, elle se souvint avoir appuyé sur le bouton d'en-dessous ; trop tard. Les portes s'étaient refermées, la laissant dans une pénombre totale. Elle se trouvait dans les caves. Un couloir interminable desservait de petites remises à la porte écaillée.

Squatteurs et autres junkies, votre paradis est ici, songea-t-elle.

Sun n'avait étrangement aucune envie de s'attarder en ce lieu charmant. Elle tâtonna pour trouver le bouton d'appel, ne ramassa que de la poussière. Ca valait bien la peine de s'être lavé les mains deux minutes auparavant. Un détail attira alors son attention : une des portes n'était ni condamnée, ni fermée. Son cadenas gisait sur le sol de béton nu. Tous les ingrédients y étaient pour un incipit de film d'horreur. Sun n'aimait que modérément les films d'horreur.

Un mélange de peur et d'adrénaline s'installa au creux de sa poitrine. Et si ... il y avait quelqu'un ?

Va vérifier si ça t'intéresse. Moi je me casse, décréta la partie raisonnable de son cerveau.

Sun lâcha le mur comme un frêle esquif lâchait ses amarres, et s'approcha de la porte. Elle hésita un long moment, mais elle savait déjà que sa curiosité naturelle triompherait. Au terme d'un faux dilemme éprouvant, la jeune femme entrouvrit un peu plus le battant.

On n'y voyait pas plus que dans le reste de l'étage. Aucun bruit non plus. Elle crut même que la remise désaffectée était déserte, et pensa rebrousser chemin. Cela avait été son grand frisson du jour.  

Un bruit la pétrifia sur place. Elle crut que son cœur avait manqué un battement.

Il y avait bien quelqu'un.

- Excusez-moi du dérangement. Je venais ... rien,  je repars. Je vous demande pardon.

Sun resta pourtant plantée sur le pas de la porte. Sa maudite curiosité l'empêchait de prendre ses jambes à son cou. Peut-être qu'une canalisation avait simplement grincé, et quelle parlait toute seule comme une parfaite attardée. Elle se prit à attendre que sa vue s'habitue à l'obscurité. A quoi ressemblait-il, ce "quelqu'un" ?
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Beyond Birthday
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Sam 2 Nov - 22:27

Et la porte s'ouvrit. Un grincement, long, prouvant au commun des mortels qu'elle devrait assurément être huilée. B releva légèrement la tête, secouant sa couverture. Il avait une crampe à la jambe : ce fut la première chose qu'il nota. Il s'aperçut ensuite que les températures ambiantes avaient vraiment descendu, car il avait froid et l'air semblait glacé. Mais là-bas, la porte demeurait entre-ouverte. Peut-être sentait-il ce début de courant d'air, sans doute était-ce parce qu'il n'était pas bien chaudement vêtu. Il n'avait sur lui que ces vêtements noirs donnés par Illness, l'argent volé aux morts, il s'en servait pour manger. Sa peau lui collait aux os, il avait le teint plus blanc que jamais. Si l'un de ces journaux avait titré quelque chose comme « Un fantôme tue les gens », alors il aurait pu s'inquiéter. Mais en l'occurrence, ce n'était pas encore le moment : B tuait les gens de manière très propre, et n'avait pas pris de risques aussi gros que les derniers, lorsqu'il en avait tué en direct à la télévision. Quand il avait appris que sa dernière victime, Sena Seigi travaillait pour un des enfoirés de Light Yagami, il en avait quasiment fait une crise. Mieux : si il n'avait l'étrange certitude qu'elle était décédée, maintenant, il serait sûrement allé chez elle pour se venger.

Des pas. Des pas dans le noir. B se leva soudainement pour se reculer jusqu'à l'une des fenêtres...condamnées. Il souffla sur ses mains, peu soucieux de ce qui allait se passer maintenant. Il n'y avait pas assez de bruit pour qu'une escouade de flics aient découvert son refuge. Et puis il entendit une voix, drôle de voix. C'était une voix de fille, ça, il en était sûr. Étrangement, il était sûr et certain d'avoir déjà vécu cette situation. Comme s'il avait oubliée, comme si elle était là avant, pour entièrement s'en aller. Il eut un espèce de demi-sourire incertain, pensant au couteau qui dormait sous la couverture, à ses mains gelées. Elle avait parlé en anglais, avec quelques morceaux de français qui semblaient plus être du patchwork quelque chose. Au vu de cet accent ridicule, Beyond Birthday en déduisit vite qu'elle devait être japonaise...pourquoi fallait-il que ces sales niaks le suivent de partout ? Il eut un petit grognement, avant de donner un grand coup de pied à la fenêtre et dégager les planches qui l’obscurcissaient.

Pourtant, il était choqué. Il se souvenait, lentement mais sûrement, il se souvenait. Cette réminiscence du passé était si douloureuse qu'il avait du mal à bouger, à parler. Il ne se souvenait même plus de son nom, à cette fille.

Mal à la tête.

« Urgh. »

Un halo de lumière l'encercla et se répandit rapidement dans toute la pièce, si bien qu'il eut à se frotter plusieurs fois les yeux pour tenter de distinguer quelques choses. Pour lui qui était emmitoufler dans sa couette depuis des heures, c'était un exercice pour le moins éblouissant. Il resta là, totalement immobile, à contempler la petite midinette qui s'offrait à lui. Plus jeune, il se serait sûrement jeté dessus – avec un couteau, bien sûr. Maintenant qu'il était un peu plus âgé, B se contentait de réfléchir. Elle ne faisait pas partie de son plan, et elle détestait les imprévus. Les prochaines victimes au programme seraient probablement au nombre de sept « FEAR YOU »...ou quelque chose comme cela. Maintenant qu'il n'y avait plus L et que Kira était overbooké avec toutes ces affaires du gouvernement, les différents pays du monde étaient plus ou moins indépendants.

C'était une petite femme aux cheveux pourpres...à moins qu'ils ne fussent rouges ? Ses traits confirmaient la certitude qu'il avait eue en l'entendant parler : elle était japonaise, et elle se tenait là debout, devant lui. Avait-elle peur ? Et pourquoi cette tragédie-là lui revenait-elle en tête ?

« Que fais-tu là, Petite Femme ? », il avait parlé en japonais. B était un génie. Il n'avait pas eu vraiment de mal à apprendre cette drôle de langue. Successeur de L...Et ses fesses...il les tuerait tous. « Tu es chez moi. À moins que tu ne veuilles que discuter, mais je te l'assure...tu n'as pas vraiment envie de me mettre de mauvaise humeur. »

Il s'assit par terre, au beau milieu de ce rayon de lumière qui rendait plus gris ses cheveux corbeaux, qui le rendait encore plus translucide que prévu. Il révélait également le fait qu'il était sale, pas lavé depuis longtemps et qu'il devait puer...le sang, la confiture de fraise, il ne savait pas trop quoi, mais de toute façon, rien ne sortait de cette pièce. Sans doute pas même cette femme, qui avait scellé son destin en le faisant.

« C'est drôle...je pars du Japon et voilà sur quoi je tombe...Le Cavalier Noir, Kira...tout ça commençait à me lasser sacrément. Tu es ? »





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Mar 12 Nov - 20:30


Elle resta plantée là une éternité, dans l'encadrement de cette porte écaillée. Elle avait enfin trouvé la lumière. Les chefs de chantier avaient eu la bonne idée de mettre l'interrupteur à quelques mètres de l'ascenseur. Sans blague ; c'était comme si des gens normaux avaient conçu l'immeuble, et qu'ils avaient laissé leurs jumeaux diaboliques fabriquer le fond des tréfonds. Peut-être était-ce l'un de ces jumeaux qu'elle voyait là.

De qui, de quoi s'agissait-il au juste ? Bête ou homme ? La chose ressemblait à un pantin désarticulé et ridiculement rachitique, aux yeux trois fois trop grands, poisseux de ... de rouge. Du sang ?

Sun réprima un rire nerveux. Voilà qu'elle se laissait avoir par des effets spéciaux aussi cheap. Elle utilisait cette supercherie depuis sa tendre enfance ! Du ketchup, de la fausse hémoglobine, tout y passait. Elle avait même déjà utilisé de la confiture de fraises. Ah ... une minute. C'était sans doute ça ! D'ailleurs, ça sentait un peu la fraise. Ou alors, c'étaient ses propres cheveux qui embaumaient le cagibi.

Elle n'avait toujours pas bougé. Que faire. Elle ne pouvait pas fuir maintenant, ce serait ... si, elle pouvait fuir maintenant. C'était peut-être même maintenant ou jamais. Pourquoi son cerveau avait-il déjà occulté cette issue de secours ?

L'individu avait les yeux rouges.

Elle ne put en détacher le regard. Des lentilles, probablement. On n'avait pas les yeux rouges naturellement. Sauf maladie grave, ou alors cela rejoignait sa théorie du pantin. Il ne devait tout simplement pas être naturel. D'ailleurs, on aurait dit que son visage avait été peinturluré d'une couleur brunâtre, séchée. Tout de même sacrément soignés, les effets spéciaux. Mais déjà, la théorie des effets spéciaux se désagrégeait dans son esprit en plein déni.

En effet, que serait allé faire un cosplay aussi poussé dans un sous-sol parisien abandonné de tous ? Et si l'équipe avait voulu lui faire peur ... oui, mais personne ne l'avait guidée au sous-sol. Elle y était tombée purement par hasard ; techniquement, l'intrigue ne tenait pas.

Ils étaient plus rouges que des rubis.

La chose parla. En japonais ? Une blague, pour sûr. On nageait en plein délire ...

Un type tue des innocents dans la ville. Il se planque quelque part.

Tout concordait. Sun se l'était dit : pour parvenir à rester caché aussi longtemps, ce type devait être très intelligent. Assez intelligent pour parler plusieurs langues et repérer les accents, pourquoi pas - ce n'était pas comme si le sien passait inaperçu. Elle avait un accent à couper au couteau ... la pensée du couteau lança comme une décharge électrique dans son cerveau.

Il en a éliminé quatre et leur a écrit "Kira" dessus.

Sun n'était pas un génie, elle. Un génie du cinéma possiblement, mais pas un génie universel. Pas de ceux qu'on croisait à la Wammy's House, structure dont elle avait très vaguement entendu parler au gouvernement. Bref, elle n'était qu'une humaine normale, et ce qu'elle avait, elle, c'était une intelligence vive pour sa survie de base. Seulement là, quelque chose - une chose flottante dans le silence terrifiant - annihila même cette intelligence.

Le rouge de ces yeux la pétrifiait.

Elle reprit en japonais, sans se presser, sans trop choisir ses mots non plus. Elle avait l'impression qu'un automate se chargeait des tâches rationnelles pour son compte.

- Sun. Je suis réalisatrice et je ne suis pas petite. Un mètre soixante-sept, je vous prie. Et vous ? ... vous savez que c'est humide, ici ? Vous risquez de prendre froid.

Cette dernière phrase la consterna. Elle faillit lever les yeux au ciel - tant pour montrer son affliction que pour prier. Ferme-la, ma grande. Là, ne dis plus rien. Ça vaudrait mieux pour toi.

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Beyond Birthday
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Dim 17 Nov - 23:00

Sun ? Vraiment ? Ce court nom, ce tout petit nom résonna pendant une demi-seconde dans la tête de Beyond avant qu'il ne se décide à regarder ce qu'il y avait en haut de la tête de « Sun ». Sun, ce n'était un nom, pas non plus un prénom, peut-être un surnom. En tout cas, ce n'était pas japonais, mais c'était un mot de sa langue de naissance. Ils étaient nombreux les résistants à choisir un nom en anglais sous le simple prétexte que c'était classe, court. B les détestait, ceux-là, ils n'avaient aucune idée de ce qu'était l'Angleterre, et ce pauvre petit soleil, là, elle allait essuyer le prix de ses rancoeurs hivernales. D'ailleurs, Sun ne s'appelait pas Sun ; Asahi Kure. C'était ce qu'il y avait marqué sur sa petite tête, tandis qu'une odeur de fraise emplissait l'atmosphère...les pots qu'il avait achetés sentaient-ils aussi fort, ou avait-elle également une quelconque dépendance à ce fruit ?

Asahi Kure, ce nom lui disait quelque chose. Des caractères qu'il avait déjà eu le plaisir de voir quelque part, que ce soit pour ou contre lui, et lorsqu'il se souvenait de quelqu'un, B savait que c'était rarement bien. Asahi Kure, Asahi Kure. Mais où avait-il bien pu déjà entendre ce nom de malheur ? Il ne lisait pas le Cavalier Noir – papier de merde – alors il se doutait bien que ce ne devait être par rapport à un article...Où, où ? Où, bon sang ? Il était en train de réfléchir et en même temps désespérer car les dates de mort ne correspondaient pas du tout à ce qu'il avait prévu, lorsqu'un éclair de génie lui rendit la vue. Mais bien sûr, évidemment ! Cette fille-là, elle faisait partie du gouvernement ! Il avait vu son nom dans une fille officielle ou il ne savait quoi ! Asahi Kure, une ministre de...il ne savait plus quoi, d'ailleurs. C'était peut-être la culture, à moins que ce ne soit la propagande, B s'en foutait, de toute façon. Le seul ministre avec qui il avait déjà eu à faire était Arashi Darkwood, et leur petite entrevue ne s'était pas vraiment bien terminé. Ce jour-là – à moins qu'il ne s'était agi d'un soir – B avait tant crié que sa voix s'en était éraillée. Il avait avoué des faits qui n'étaient pas vrai, juste pour avouer quelque chose.

« Sun ? Je ne pense pas. Je ne vois de Sun nulle part, moi, seulement Asahi Kure. Il y a une ministre japonaise qui s'appelle comme ça, avec les mêmes caractères. Je ne connais pas vraiment de Sun, mais je ne crois pas aux coïncidences. »

B pencha sa tête, pas vraiment décidé pour le moment à lui faire du mal ; la situation l'interloquait trop pour cela. Il avait l'impression qu'il avait déjà vécu ce moment, que la vie se répétait, comme si il...revivait une scène du passé. À un moment, il eut l'impression qu'au visage de Sun se superposait une figure fine, aux cheveux longs, des lunettes et un air effrayé. Il était sur point de prononcer son nom, mais déjà, l'image s'en allait aussi vite qu'elle était venue. Son nom, son nom. B tendit le bras pour l'attraper, ce nom. Il avait l'impression qu'il le connaissait, il était proche, très proche. Ses pupilles ouvertes en grand, tout grand, il avait la bouche à demi-ouverte, produisant un espèce de gémissement bizarre.

Et puis, comme le vent souffle sur les feuilles, il partit. B se retrouva là, debout, à deux centimètres de Kure, la main tendue vers son visage ; pour autant, il ne la toucha pas, toujours pris d'une respiration haletante, comme s'il ne parvenait pas à s'échapper du cauchemar dans lequel il était pris.

« Merde, merde, merde. »


Il retourna à sa place, là où la lumière arrivait en abondance comme l'aurait fait une bête sauvage : furtivement, vite. B était sauvage, et malgré tout ce qu'il pouvait dire à Sayu Yagami dans les mails qu'il lui adressait, il se plaisait dans cette solitude, où personne n'aurait à endurer le monstre qu'il était. Il tenta de se reprendre, faire une pirouette pour mieux retomber sur ses pattes. Trouver quelque chose à dire que ne soit pas trop désobligeant, pour ne pas faire fuir cette fille aux cheveux rouges.

« Ha oui, le chantier, là-bas. Je dois vous dire que j'ai appelé la société pour l'électricité à votre nom. Vous allez avoir un supplément dans la facture...mais bon, si vous êtes ministre, vous aurez bien le moyen de le payer...vous avez peur de moi ? Peur de mes yeux ? »

Ils étaient nombreux, ceux qui étaient effrayés par les iris de Beyond Birthday. C'était pour cela que, d'habitude, il les cachait grâce à des lentilles mais, cette fois-ci, il était en panne, sur les rotules, plus ou moins recherché pour ses meurtres même s'il était bien placé pour savoir que, cette fois-ci, il n'avait pas laissé le moindre petit indice, à part si ce crétin de Matt se faisait un plaisir d'alerter les autorités françaises.

« Vous me faites penser à quelqu'un, Kure. Croyez, voyez que ce n'est pas très agréable...vous avez quelqu'un de votre famille qui est mort, récemment, une...une brune. Avec des lunettes. »
, ajouta-t-il non sans émotion dans sa voix. « Appelez-moi Aristide. Je suis anglais. »




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Dim 24 Nov - 18:38

Sun ne tiqua pas lorsque l'étrange personnage lui parla de la facture d'électricité. C'était bien la dernière chose qui l'inquiétait en ce moment-même, pour être honnête. De toute façon, ce n'était pas elle qui payait les frais d'installation mais le producteur. Elle, elle était là de huit heures à vingt heures pour donner ses instructions, puis partir. Là était son métier officiel. Ce qui était déjà plus passionnant et diversifié que sa casquette de ministre. La dernière fois qu'on avait eu besoin d'elle, ça avait été pour couper un ruban et faire genre qu'elle vivait le plus beau jour de sa vie dans cette foire gigantesque. Les foires l'avaient souvent inspirée pour des films. Mais pas pour des discours d'inauguration propagandistes. Bref, elle s'égarait ; c'était le signe que son cerveau rechignait à faire face à la réalité.

Elle comprenait bien pourquoi. Qui aurait envie d'affronter une situation pareille ?Cette ... personne - il fallait bien s'en convaincre - était malade. Mentalement dérangée. Elle parlait comme une bête traquée, rapidement. Sun ne comprit pas la moitié de ses délires. De quelle femme parlait-il donc ? ... une fille avec des lunettes ? Personne n'avait de lunettes dans sa famille, ou alors il s'agissait d'un membre inconnu, ce qui revenait au même. Et surtout, personne n'était mort dans son entourage proche récemment. Le type avait fumé de l'amiante, pendant son séjour dans sa cave.

- Je ne sais pas pourquoi vous essayez de vous la jouer mystique, mais rien de ce que vous dites n'est vrai. Cette histoire de filles à lunettes, là. C'est faux.

Elle croisa les bras, parfaitement consciente qu'il s'agissait d'une gestuelle de défense instinctive. Il suffisait d'ouvrir un journal féminin proposant de "décoder les gestes de votre homme", pour le savoir. Non pas que Sun lisait ce genre de magazines. Voyons, elle était quelqu'un de bien plus sérieux. Elle lisait ... des livres sur le cinéma, tout à fait. Très sérieux, avec des images en noir et blanc. Ceux qui ne distraient pas.

Sa propre conscience ne crut pas à sa justification intérieure et elle préféra reprendre.

- Aristide ? C'est très peu courant, comme nom. On dirait un pseudonyme. Vous avez deviné, j'ai un pseudonyme. Enfin, ce n'est pas non plus très compliqué ... on me voit régulièrement dans les journaux. Je suis sur un film, en ce moment. Je réalise.

Un sourire amusé étira ses lèvres. Le jeune homme était charmant, à vouloir se donner un air mystérieux. Mais il en fallait plus pour l'impressionner. Tout ce qu'il lui avait dit sur son nom se constituait d'informations très accessibles. Cette histoire de "voir" et de "caractères", c'était pour elle de la parlotte. Pour peu qu'il eût lu quelque chose à son sujet récemment, le tour était joué, et il pouvait lui faire le coup de Madame Irma façon fête foraine glauque.

La révélation frappa alors la réalisatrice. Voilà, c'était là qu'elle le voyait ! Dans une fête foraine étrange, un autre genre de foire, de celles qui traînaient en Amérique à l'époque du dust bowl. plus sombre, avec des lampions poussiéreux. Des baraques en bois, un cirque dans un chapiteau miteux, une grande roue branlante ... c'était dans ce style de décor que Sun imaginait l'inconnu. Pas forcément dans un rôle de monstre. Il aurait même fait un très bon Monsieur Loyal, s'il s'était tenu droit, ses cheveux gominés ... l'espace d'instant, la jeune femme l'imagina, rayonnant au milieu d'une piste de sable, paré d'une rutilante veste rouge à épaulettes. Rouge comme ses yeux, une veste couleur rubis. Le roi d'un étrange cortège. Ainsi le voyait-elle soudain, hors du monde et du temps.

Cette image fugitive fut d'une telle puissance qu'elle étourdit un peu Sun, qui resta un moment immobile, les bras croisés. Quand elle parla de nouveau, c'était dans un murmure. Finalement, était-il le fameux tueur en série recherché par la police française ? Tout cela aurait même été trop rocambolesque pour un film ...

Et Aristide, par-dessus le marché ! Quel meilleur prénom pour un chef de fête foraine. Le son était à la fois chantant et intriguant, un peu aristocratique. Aristide pouvait être un torero, un poète maudit, un scientifique brillant. Aristide convenait à tous les gens de courage ou de valeurs, il portait d'infinis fantasmes.

- Mais vraiment, Aristide. Vous êtes sûr que vous ne m'avez pas donné un pseudonyme, vous aussi ? Nous serions quittes.

Son ton était pensif ; elle semblait presque parler pour elle-même, et le regardait sans trop le voir. Il était en bien piteux état. Aristide ou pas, pour le moment il ne ressemblait même pas à un être digne d'un prénom. Le rapprochement nauséeux lui revint à l'esprit. L'Homme qui rit, Monsieur Loyal se fondirent en ce visage pâle et émacié devant elle.

- J'ai peur de vous, je crois. Mais pas de vos yeux. C'est certain.


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Beyond Birthday
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Mar 3 Déc - 11:57


Cette histoire de filles à lunettes ? Mais de quoi parlait-il, déjà ? B eut soudainement l'impression d'avoir oublié quelque chose qu'il venait de dire quelques secondes auparavant, comme si la raison elle-même partait automatiquement de son crâne. Il la regarda, elle, Sun, fronçant les sourcils, les cheveux toujours aussi ébouriffés qu'au début. Il n'avait, en effet, pas vraiment l'air sain d'esprit, ou même en bonne santé. Il dégageait de sa personne une espèce d'aura inqualifiable, pas tellement saine qui faisait que jamais personne saine d'esprit ne s'amusait à l'approcher de trop près. Une fille avec des lunettes, une fille avec des lunettes...étonnamment, ça lu disait quelque chose. Elle ne la connaissait pas, donc, elle ne connaissait pas ce visage flou qui, là, lui revenait tout d'un coup. B hocha la tête, lentement mais sûrement, restant où il était, ses mains tremblant un peu sans qu'il ne s'en aperçoive.

Il se rassit, songeant à ce que cela pouvait bien dire, à sa vie, à tout le reste, l'écoutait parler, tant qu'elle le pouvait encore. Curieusement, il n'avait pas envie de tuer Sun, pas encore, du moins. Tout d'abord, il y avait ces chiffres sur sa tête, eux lui criaient qu'il ne pouvait pas, et qu'il ne devait pas non plus... B avait beau être un petit psychopathe, il respectait les règles établies. Lorsqu'un chiffre arrivait à son terme, c'était que c'était le bon moment, ça aurait contrarié les règles du monde qu'il ne le fasse pas. Sinon...sinon il pouvait la laisser, de toute façon, s'il tentait de la tuer, elle finirait bien par se barrer il ne savait trop comment : il avait déjà essayé avec Sena Seigi. Aristide, Aristide. Contre son gré, il sourit, l'entendant prononcer ce prénom...Ha...Aristide, ce cher A. C'était une lettre à laquelle il tenait, le A : pas comme le I, tiens. De ce cher A, il ne lui restait que des souvenirs flous, d'un enfant un peu trop doué, un peu trop influençable. Il s'était pendu, et tout le monde l'avait oublié, sauf lui.

Il se surprenait ainsi à reprendre son pseudonyme et le rendre de nouveau vivant, comme si A le pouvait. D'ailleurs, récemment, il avait entendu des rumeurs sur le Japon, à propos des actions d'un dénommé A...B s'était mis en colère, avait au moins tué deux personnes, ce soir-là. Il trouvait cela dégueulasse, qu'on prenne le pseudonyme de son ancien ami pour en faire n'importe quoi, croyaient-ils tout pouvoir faire, ces résistants ? Alors, alors B avait envoyé un message audit Alpha, l'avait menacé comme il savait bien le faire. Ça, c'était dans son domaine de compétence, menacer les gens. Reportant son attention sur Sun, il ouvrit les yeux un peu plus grands, étonné, lorsqu'elle lui dit qu'elle n'avait pas peur de ses yeux. Ses yeux...elle n'avait pas peur de ses yeux ? B en fut un peu choqué, pensant à son père qui le battait à cause de cela, à sa mère qui avait terriblement peur de lui. À son arrivée à la Wammy's House, on lui remit des lentilles : « Tu comprends, B, il ne faut pas effrayer les autres enfants, ce n'est pas normal ». Depuis toujours, B avait donc pensé que ses yeux étaient une source de frayeur : il était l'enfant de Satan, il avait été maudit, faisait le mal. Qui avait été vraiment étonné quand ils avaient appris qu'il avait pris le mauvais chemin.

Alors, B se rapprocha lentement de cette jeune biche qui n'avait pas peur de ses Yeux. Lui toucha les cheveux, si rouges, si comme la fraise, toujours aussi lentement. Elle n'avait pas peur de ses yeux, mais il voyait qu'elle avait peur de lui, de son comportement. Il était vrai que de l'extérieur, ce ne devait être très rassurant de se tenir seule avec un homme au comportement douteux. Non pas que B était un pervers sexuel, au contraire, mais qu'il pouvait à n'importe quel moment s'emporter et commettre un meurtre : B était comme cela, prompt à s'emporter, pas rassurant. Ses cheveux étaient gras, sa figure était sale. Ses mains étaient froides sur ses joues propres et chaudes, mais il lui souriait.

« Pas de mes yeux...C'est rare, vous savez...certains ont essayé de m'exorciser, m'ont insulté pour cela, à cause de mes yeux. Et pourtant, ils ont toujours été là. Les albinos ont les yeux rouges, et pourtant on leur fiche la paix. À moi, on n'a cessé de répéter que j'étais le fils de Satan. »

Il passa son autre main au-dessus de la tête de Sun, touchant presque son nom et sa date de fin de vie, rigolant comme un nouveau-né s'amuse avec de nouveaux jouets. Sauf Billie, pour l'instant, lui faisait à peu près confiance, et encore, il ne doutait pas du fait qu'elle cesserait de le faire très bientôt, dès qu'il accomplirait sa mission ultime, en fait. B était comme ça, à se faire des promesses qu'il ne pouvait tenir, mais un jour, il les tuerait tous, les successeurs de L. Après avoir réussi son ultime mission, il finirait sûrement par se suicider, n'ayant plus rien à faire dans ce monde, mais pour le moment, il n'avait pas réussi, n'en avait pas eu un seul qui fut vraiment important.

Son sourire était triste et curieusement doux.

« Je ne peux vous dire mon vrai nom, Asahi. Il y a une différence entre vous et moi. Vous êtes une femme qui vit dans la lumière, je suis un homme de l'ombre. Et encore, un homme...même ce mot me paraît exagéré pour parler de moi après qu'elle soit... »

Qu'elle soit quoi ? Que disait-il, à ce moment-là ? Pendant un instant, il se souvint de l'impact des balles, des cris dans la gare, de sa propre folie. Ne comprit pas, pas sur le moment. Il se vit comme s'il était à l'extérieur, sa tête, ses yeux écarquillés, les larmes. Pourquoi ? Pourquoi tenait-il un cadavre dans ses mains comme si il y était vraiment attaché ? Pourquoi ça ? Il n'avait jamais pleuré après un meurtre, jamais. Si cette femme était morte, c'était sûrement que son heure était venue, alors pourquoi...pourquoi à côté d'elle, il voyait cet homme...

...L.

L était présent dans son songe, L le regardait avec l'air horrifié, choqué.

B releva les yeux vers Sun, en larmes. Sa main droite était toujours posée sur sa joue.

« Pourquoi...pourquoi L. Pourquoi L était là ? Pourquoi ? Je...je suis un monstre...je suis un monstre, j'ai tué quelqu'un, je l'ai tuée et je l'aimais, je crois ! Et L...L...Il ne m'a même pas arrêté ! »





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Dim 26 Jan - 2:29

La jeune femme frissonna des pieds à la tête sous les mains du clochard. Du clochard, du serial killer, de l'âme perdu, de Monsieur Loyal ? En vérité, elle ne savait trop. En tout cas il l'effrayait. Elle n'allait pas faire comme s'il n'y avait rien : Sun était humaine. La plus humaine qui puisse exister. Elle se souvint vaguement d'un criminologue qu'elle avait rencontré, lors de ses recherches pour un satire policier. Oui oui, vous croyez qu'on s'écarte du sujet, attendez un peu. Le monsieur était un vieux professeur des universités, coiffé comme Einstein en moins élégant, avec un vieux pull tricoté à motifs norvégiens. Un bon gars. Attendez, j'y viens, j'y viens. Donc, ce professeur lui avait expliqué, avec son accent scandinave, la différence entre un comportement illicite et un comportement déviant. A l'époque, Sun avait pris des notes distraites, en jeune assoiffée de savoir qu'elle était. Et c'était toujours le cas, elle n'était toujours pas contre un apprentissage à chaque minute, chaque instant. Mais cet entretien avec le criminologue, elle l'avait quelque peu oublié jusque cet instant, dans ce sous-sol crasseux.

"Imaginez. Vous êtes seule dans un endroit sombre, le soir, et un inconnu vient vers vous. Sa démarche est titubante, il crie. Vous pourrez appeler la police pour dénoncer un état d'ivresse dans un lieu public - et ça, c'est un comportement illicite. Mais peut-être que l'inconnu est simplement atteint d'une pathologie neurologique sévère. Et dans ce cas, les policiers ne pourront l'inculper de rien : c'est un comportement déviant."

Déviant. C'était exactement le mot qu'elle cherchait pour caractériser l'individu. Tout déviait chez lui. Ses mains déviaient vers ses joues fraîchement passées à l'eau. Son regard déviait au-dessus de sa tête, vers quelque chose qu'il était le seul à voir, et qui ne laissait aucun reflet dans ses yeux fous. Et ses paroles déviaient, gravement même. Pourtant, il n'avait encore rien fait jusque là, rien d'illicite. Il ne lui avait encore rien fait de mal. Pourquoi alors, attendait-elle ce mal comme une sentence ? Quelque chose d'inévitable ? Cela ne lui ressemblait pas de rester plantée comme un piquet devant un danger.

Il pleurait maintenant. Elle rougit. Ce n'était pas de sa faute, bien sûr. C'était la faute d'une lettre, qu'il répétait ad nauseam. L. L, cela lui disait quelque chose, bien sûr. Elle était adolescente quand le célèbre détective avait fait les gros titres, en défiant directement Kira. Quel coup d'éclat ! Elle se souvenait l'avoir admiré à l'époque. Et puis L était mort. La plupart des gens s'étaient alors résignés à rentrer dans le rang et à arrêter de jouer aux insurgés.

Aujourd'hui, il n'y avait quasiment plus de gens libres sur la planète. Tout simplement parce que les services d'état-civil étaient les seuls appareils présents dans tout pays, et qu'ils avaient remarquablement fait leur travail. Les Hommes étaient devenus des fourmis prises au piège de leur ingénieuse fourmilière.

Qu'est-ce qu'il restait de la liberté ? Des déviants. Comme cet être pathétique et sanglotant qui délirait devant elle. Sun ne lui avait rien demandé. Elle s'était juste trompée d'étage à la base. C'était à l'ascenseur qu'il fallait s'en prendre, pas à elle. La jeune femme voulait rentrer travailler. Porter son fardeau pour le bien de la société, comme la bonne fourmi rouge qu'elle était. Alors pourquoi ne fuyait-elle pas, bon sang ? Pourquoi ne se dégageait-elle pas de cette main sale, cette main froide qui rampait sur sa joue telle une araignée blafarde ? Il lui suffit de regarder tout droit pour comprendre.

Les yeux.

Les rubis aux mille facettes qui se posaient dans les siens. Ils semblaient y chercher un point d'amarrage, comme un imprudent tombé à l'eau, qui s'agrippe à ce qu'il trouve pour ne pas se noyer. Cet homme - c'était bien un homme - paraissait à la dérive. Sa trajectoire de vie ... déviait, comme le reste. Sun n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi déviant de toute sa vie. A nouveau, l'image d'un Monsieur Loyal hors du temps la frappa. Ce garçon, probablement avait-il commis des horreurs inimaginables ; des choses qu'elle-même n'aurait pas osé représenter par des effets spéciaux. La réalisatrice abhorrait les films gore. Et les films d'horreur en général. Mais ce garçon, cet échappé d'un cirque de monstres, elle le voulait.

Elle le voulait dans un court-métrage, pourquoi pas un long. Il avait un potentiel exceptionnel. La grande réalisatrice sentait ces choses-là. Elle en avait révélé plus d'un. Et c'était souvent en observant les gens dans les plus extrêmes des sentiments, qu'elle évaluait la puissance qu'ils pouvaient transmettre à la caméra.

Or Aristide en avait, de la puissance. Sa détresse avait quelque chose de surhumain : on aurait dit une bête mythique blessée. Le lion de Némée gémissant. C'était le genre d'acteurs qui dévorait la caméra ; un charisme bestial. Toute à son enthousiasme professionnel, Sun en oublia les antécédents que l'homme avait insinués. Combien de criminels avaient marqué l'histoire du cinéma ? Combien de Muses venaient du côté sombre ? L'Art se moquait du bien et du mal. L'Art ne voyait que la beauté. L'Art ne voyait que le rire.

Bon sang, ces yeux. Elle pourrait faire un bout de chemin avec lui. Oui, pas mal de chemin.

- Allons, allons. Si ça vous aide d'en parler ... je suis là. Je ne dirai rien à personne. Venez là ...

Elle le prit dans ses bras, un peu maladroitement au début, et sans trop serrer. Juste histoire qu'il puisse poser sa tête sur une épaule. Elle avait l'air bien sale, sa caboche, mais surtout bien lourde. Il sentait la sueur, la peur sourde, la confiture, et quelque chose d'autre, d'indescriptible. Depuis combien temps se cachait-il ? Des semaines, des années ?

La partie encore raisonnable de son cerveau lui hurla de lâcher le monstre et de fuir avant qu'il ne la scalpe. Mais Sun n'était pas raisonnable. Elle avait laissé la ministre de la culture au Japon. Elle lui murmura à l'oreille, d'un ton léger. Toujours être légère. Sun mettait un point d'honneur à ne jamais montrer un quelconque sentiment négatif. Sa réputation ne le lui permettait pas. Elle était réalisatrice, mais surtout actrice de son propre personnage. Et le personnage de Sun souriait et aidait son prochain.

- Fils de Satan, ce n'est pas si insultant. Tous les gens intéressants sont en enfer. Moi, j'espère y aller.
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Beyond Birthday
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Ven 31 Jan - 0:29
La femme inconnue l'avait pris dans ses bras. C'était une sensation étrange, Beyond Birthday n'en avait pas franchement l'habitude. Parfois. Parfois Illness le caressait. Parfois Illness le touchait, mais ce n'était pas de cette manière. Il ne pouvait ressentir la chaleur qui provenait de l'autre être humain et qui lui était tout spécialement destiné. Les gestes de Illness n'avaient aucune chaleur, ils étaient juste forcés, calculés. Il haïssait ces moments où elle interrompait momentanément sa vie et le touchait, c'est pourquoi le toucher d'Asahi Kure fut pleinement différent du reste et le dissuada de la tuer.

Il faisait de longs gestes, pas vraiment calculés, touchant ses cheveux roux. Asahi Kure était une poupée : une de ces choses qu'on se plaît à manipuler. Il était pour le moment triste et n'avait aucune envie de briser des membres, mais cela tombait bien. Beyond Birthday n'était pas un de ces tueurs qui le font pour de l'argent. Il n'était pas une péripatéticienne des bas-fonds. Ses bras s'étaient refermés sur le dos de la ministre et il la tenait, serrée contre lui, comme s'il la connaissait depuis toujours. Le souvenir, lui, s'était évaporée, mais il en restait des grains comme il reste de la rosée le matin sur les plantes. Qui était-elle, que faisait-elle, pourquoi vivait-elle ? Tant de questions se posaient dans la tête de Beyond Birthday sans qu'il puisse y répondre. Pendant un instant, il se demanda si L avait la réponse, s'il l'avait jamais su. Il n'y avait pas un fait que L ne sache pas, c'était justement ce qui était énervant avec cet homme. Homme. L avait-il été humain un jour ? Avait-il aimé, avait-il envisagé l'avenir ?

B bougeait encore, il n'était pas entièrement figé dans une étrange immobilité. Sa tête remuait bizarrement, de droite à gauche, comme si, même dans cet instant de confession, de calme, il avait besoin de s'exprimer d'une quelconque manière. Bestialement.

Les paroles de Kure résonnaient dans sa tête comme une mélodie réconfortante. Il n'était pas le fils de Satan, ce n'était pas si grave. Il allait survivre à cela, comme d'habitude. Elle. Elle était étrange, elle n'était pas comme les autres qui criaient, qui geignaient. Il avait cru que Sena Seigi était comme cela, du moins au début, avant qu'elle ne se comporte avec normalité. Asahi Kure était petite et influençable. Il aurait pu la briser de ses doigts s'il l'avait voulu, mais il ne le faisait pas. Il se souvint de la réalité et la lâcha ; leurs corps qui s'étaient unis pour quelques instants éphémères se séparèrent, il recula, lâcha prise. Il avait oublié à quel point le contact d'une autre personne pouvait faire mal physiquement, que ses blessures, ces brûlures au plus haut degré n'étaient pas toutes cicatrisées. Sous ses vêtements, juste là, sa peau le brûlait toujours comme si le feu ardent qu'il avait lui-même allumé était toujours là.

À ce moment-là, il voyait le regard de L, son air déçu, puis tout le reste.

« Tu ne peux pas le faire, Asahi Kure. Tu ne peux pas. Je suis un criminel recherché. Si tu ne le savais pas, maintenant, tu le sais. Je suis l'homme le plus recherché, par Kira et par la rébellion, celui qui connaît l'identité de Kira, celui qui pourrait faire pencher la balance. »

Sa voix était, malgré tout, calme, comme il ne l'avait jamais été. Elle avait les cheveux couleur rubis, il avait ses yeux. N'étaient-ils pas les pièces d'un puzzle qui pouvaient s'emboîter ? Alors, doucement, il se rapprocha de nouveau d'elle. La pensée qu'elle puisse être une pièce commença à germer dans son cerveau, des idées malsaines s'emparèrent de lui, lui firent saisirent une autre mèche tandis que sa main droite, celle aux ongles sales et trop longs, se posa sur sa joue. Ils rentrèrent dedans, la griffant, la faisant saigner. Le silence régnait, personne ne prononçait un mot, tandis que B semblait imposer une marque à Asahi. Une marque pour montrer qu'il la possédait, qu'elle était à lui, comme le premier sang d'une vierge.

Qu'avait-elle de si spécial, en fait ? Ses ongles s'égarèrent plus doucement sur la peau, la caressant là où il l'avait déchirée, passant sa main sur ses lèvres. Il savait qu'elle ne parlerait pas, qu'elle ne partirait pas, il le voyait dans ses yeux : Beyond Birthday était un de ces êtres sanglants manipulateurs, il n'était pas seulement dangereux parce qu'il tuait, mais parce qu'il parlait. Il parlait, et on se pliait à ses désirs, il parlait par l'intermédiaire de ses victimes et tous les journaux du monde se relayaient l'information.

« Jures-tu, Asahi Kure, que tu seras toujours avec moi, Beyond Birthday, pour le meilleur ou contre le pire ? Le jures-tu ? »


Sa bouche était si proche de la sienne, il s'était un minimum baissé pour cela, tandis que ses yeux la fixaient avec toute l'avidité dont il était capable. Si Asahi avait eu un doute sur son identité, maintenant, les dés étaient jetés. Elle n'en ressortirait cependant pas indemne.






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Lun 10 Mar - 23:21
Le sang coula en filet sur sa joue. Cette peau qu'elle tenait à rendre la plus douce possible avec des crèmes hydratantes, une absence de maquillage – elle ne savait pas vraiment se maquiller. Elle était plutôt contente de sa peau. Adolescente, elle se disait avoir de la chance à côté de certaines connaissances qui disparaissaient sous les boutons. Asahi n'avait jamais eu de problèmes avec sa peau. Alors la sentir saigner ainsi, aussi promptement, aussi injustement, cela la déstabilisa. Elle aurait compris si elle s'était blessée toute seule. Mais pourquoi la griffer ?

Pourquoi lui faire du mal ? Elle n'avait rien fait. Non seulement elle n'avait rien fait, mais surtout, elle voulait aider. Sun était ainsi. Il lui fallait toujours veiller au sort de son prochain. Dès qu'elle avait commencé à se faire connaître dans son milieu, elle avait soutenu de nombreux jeunes talents. Ça n'en a pas l'air comme ça, mais les jeunes talents ça court les rues. Le tout est de savoir quel talent deviendra grand. Asahi avait toujours voulu découvrir quelqu'un. Ou sauver son âme, le récupérer de la rue, ce genre de choses dignes de Tokyo Godfathers. Et jusque là, ces jeunes prometteurs, ils l'avaient remerciée. Elle s'était fait beaucoup d'amis ainsi, même si elle en avait aussi perdu beaucoup en devenant ministre.

L'ironie de tout cela, c'était qu'elle s'était aussi fait des amis au gouvernement entre temps. Impossible de ne pas respecter Sun, en vérité. Elle illuminait les couloirs les plus tristes, elle serrait les mains comme elle embrassait les coeurs. Sun faisait tout pour que ses collègues, qu'ils soient du cinéma ou du conseil, l'apprécient. Il fallait les faire rire. Elle avait une peur panique d'être détestée ; elle avait d'autant plus peur de ne pas faire rire.

Et soudain, comme l'entaille d'un ongle sur un tableau vierge … la griffure.

Cette griffure, c'était pire que douloureux. C'était une humiliation profonde. Elle avait l'impression que c'était sa fierté qui s'échappait avec son sang. Et si elle ne s'en rendait pas encore tout à fait compte, Sun était déjà en train de la perdre, sa fierté. Le piège se refermait sur ses épaules frêles. Elle se débattait encore comme un insecte malheureux. Elle tentait de trouver quelque chose à répondre, comme si elle pouvait encore modifier sa trajectoire, empêcher le radeau de dériver.

Sun ne faisait pas le poids face à Beyond Birthday. Là encore, elle n'en avait pas pleinement conscience – cela viendrait plus tard. Pour le moment, elle gardait une certaine naïveté. Elle ne se sentait en rien inférieure. Mais Beyond Birthday, tous ceux qui le connaissaient savaient. C'était un esprit destructeur, Belzebuth dans un corps vaguement humain. Il avait brisé des vies, comme seul Kira devait avoir le droit de le faire. Et maintenant, il disait connaître l'identité du Dieu. L'information pour laquelle toute la rébellion se serait damnée – et une bonne partie du gouvernement aussi, sans doute. Rien que ça.

Que pouvait faire une réalisatrice de comédies face à Belzebuth ? Rien. Elle n'était rien d'autre à ses yeux qu'un objet de curiosité, un petit bibelot dans cette remise crasseuse. Elle aurait pu ne pas se trouver là, il aurait reporté son attention sur autre chose. Les murs fêlés, le sol poussiéreux, l'air chargé de saleté, ou juste la pénombre salutaire. Il n'aurait jamais eu vent de son existence, elle non plus. Et peut-être que Sun aurait vécu heureuse.

Mais le destin est farceur, lui aussi. Son humour est très cruel. Et Sun se trouvait bien là, face à l'esprit frappeur. Elle continuait pourtant de le voir comme un Monsieur Loyal parfait. Elle voulait trouver quelque chose à répliquer au superbe toreador, pour en être digne. Plus elle séchait, plus elle se trouvait pitoyable et inférieure. Elle qui n'avait jamais vraiment douté de sa propre valeur, sentait son cœur se ratatiner devant un personnage trop immense. Déjà, Beyond Birthday écrasait Sun. Par sa prestance, la terreur qu'il dégageait. Mais Sun espérait encore que ce n'était qu'une impression. Sun luttait comme un papillon dans une toile. Plus elle luttait, plus elle s'engluait … pour un criminel abject.

Cette révélation lui donna la nausée. Elle passa une main sur sa joue, regarda sa paume ; dans l'obscurité, le sang paraissait noir. Elle recula brusquement. Son talon heurta un parpaing et elle trébucha. La jeune femme parvint à retrouver l'équilibre avec une figure assez ridicule, comme dans les cartoons. Ce mouvement brutal lui donna la nausée : elle avait l'impression de redescendre brutalement sur terre après un long séjour en altitude. Un haut-le-cœur lui enfla la poitrine. Elle crachota. Mais rien ne sortit. Elle n'avait rien mangé ce matin – d'ailleurs, elle était censée sortir de l'immeuble pour s'acheter une viennoiserie pendant sa pause. Sa pause … bon Dieu, c'était vrai, ils étaient toujours sur le tournage d'un film.

Drôle de film. Plus vrai que nature. Si seulement ça avait été une comédie.

La réalisatrice resta ainsi, appuyée contre le mur, un long moment. Elle imaginait le regard rouge sur elle. Cette avidité, presque cette faim … de quoi avait-il faim ? Peut-être de vie ? De normalité ? Elle pouvait la lui apporter.

Elle en avait sauvé d'autres. Elle pouvait sauver son toreador. C'était maintenant qu'il fallait le faire. Sun fixa un moment la porte, avec un mélange d'envie et de peur. Peur du regret. Il lui serait vital de fuir … mais jamais elle ne se le pardonnerait, si elle fuyait maintenant. Sun ne se rendait pas compte qu'elle ne comptait pas face au redoutable cerveau du tueur en série le plus recherché. Par contre, elle était déjà persuadée qu'elle pouvait lui être utile.

Alors, Sun commit l'une des plus fatales erreurs de sa vie. Elle se retourna et fit face de nouveau.

- Ça vous aiderait ? Je le jure si ça peut vous aider. J'ai toujours considéré qu'on pouvait aider n'importe qui. Tu as quelque part où dormir ? De quoi manger ? Je peux t'héberger. Je …

Son corps refusa une aberration pareille. Un nouveau haut-le-cœur la saisit. La pauvre fille rougit ; le sang coulait toujours.

- Ne fais pas attention. On peut se dire « tu » ? Ne fais pas attention, c'est l'air sans doute. Pas très bon à respirer. Et puis cette plaie, elle risque de s'infecter. Je n'aime pas l'idée. Pourquoi tu … ? Je n'aurais pas dû t'enlacer, c'est ça ? Désolée. Je n'aime pas voir les gens pleurer.
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Beyond Birthday
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Sam 15 Mar - 12:46
Que se passait-il dans la tête de Beyond Birthday pour être aussi indélicat, aussi violent...comment cela, quoi ? Il n'aurait pas su bien dire pourquoi il avait brusquement griffé la joue d'Asahi...non. Il l'avait fait sous un coup de tête, comme la majorité de ses actions, d'ailleurs. Il l'avait prise pour sa propriété, une chose qui ne pouvait pas bouger, pas parler sans qu'il ne lui en donne l'autorisation. En fin de compte, c'était triste, malheureux. Lui-même le regretterait peut-être dans les semaines à venir, mais ce qui était sûr, c'était qu'il n'analyserait jamais ce fameux geste : que ça lui paraîtrait toujours normal, comme normal était ce battement de cœur lorsqu'elle était entrée dans la pièce. Elle n'était pas ce fantôme, il n'avait plus de désir à proprement parler depuis qu'il s'était immolé, dans le petit appartement de cette femme, à Los Angeles, mais Beyond Birthday avait toujours ses obsessions...et elle était sur le point d'en devenir une.

Il était toujours là, tout prêt d'elle, sa silhouette rachitique trop proche de son corps. Pour le moment il avait choisi de ne pas bouger, mais qui savait ce qu'il ferait dans une, deux, trois minutes. L'esprit libre qu'était B pouvait décider de faire à proprement dire n'importe quoi : que ce soit la battre comme l'infâme connard qu'il était, ou rester là, sans bouger. Il l'écoutait. Sa voix était une belle voix, celle de Sun. Il n'avait jamais vu aucun de ses films, mais à ce moment, il se dit qu'il allait peut-être essayer...alors, il lui vint l'idée de rester avec elle, de la suivre partout dans chacun de ses déplacements...cela lui épargnerait également le souci de trouver un lieu pour vivre et la femme ne pourrait dire non, car...


...Car Asahi Kure était déjà perdue. Elle n'avait pas fui, elle avait fait quelques pas en arrière avant de se retourner vers lui. Son cerveau avait la faiblesse des êtres humains, pendant une demi seconde, serait-ce plus ? - elle pensa : « et si cet homme avait besoin de quelqu'un ? » Dès lors, elle fut perdue : elle revint vers lui et signa un contrat invisible à l'encre rouge.

« Rien, rien, je n'ai rien...tu peux me tutoyer si cela te fait plaisir... »


Sa voix était terrible, magnifique. Celle d'un homme qui avait gagné, celle d'un ténor. Sa main rouge de sang, le sang d'Asahi Kure, vint se poser sur la blessure et, cette fois-ci, caressa lentement la blessure, presque hypnotisée par le liquide couleur carmin qui en coulait. Il voulait être mystérieux pour elle, l'intriguer. On s'accroche plus facilement à un homme dont on ne sait rien du tout, on est plus fidèle à quelqu'un que l'on croit faible, quelqu'un qui a des blessures dans son cœur. B savait qu'elle allait le considérer ainsi, il était loin d'être fou. Il avait étudié, la théorie et la pratique, pendant longtemps. Si aimer lui était depuis longtemps étranger, il en connaissait remarquablement bien les subtilités.

Ses doigts passèrent de la joue aux cheveux de Kure. Rouge, il n'en parut presque rien, qu'une trace plus intense, une mèche plus vive. Il la trouvait bien, ainsi, cette petite femme confiture. Elle était le goût, la fraise personnifiée. Le jour où il s'en lasserait, ce serait sans doute violent de coups et d'insultes...mais B ne se lasserait sûrement pas, du jour au lendemain, du fruit qui avait bercé son enfance.

« Tu vas mettre du désinfectant. Ils doivent bien en avoir, dans la trousse à pharmacie de ton tournage. Ensuite, tu la panseras. Je pourrais le faire, si tu veux. Tu m'hébergeras en contre-partie. »


Il était là, infâme petit dictateur qui promettait de changer du tout au tout la vie de cette femme, la vie de Sun. Si seulement elle avait été plus fort, si elle avait osé dire « non », peut-être que quelque chose aurait changé...ou pas, car les hommes tels que B ont toujours des moyens bien persuasifs pour faire pencher la balance de leur côté.


Sa main quitta ses cheveux, elle vint la prendre par le poignet. La mena jusqu'à la sortie...avec lui, cette fois-ci. Il viendrait sûrement récupérer l'ordinateur portable avec lequel il avait contacté Billie, Sayu et tant d'autres gens. Pour le moment, il était juste avec Asahi, et tandis qu'il apprivoisait sa marionnette, un silence presque religieux régnait dans l'assemblée. Il fit quelques pas avec elle, la laissant les guider au fil des couloirs et des détours. Comment réussirent-ils à arriver à sa loge ? Il n'en sut rien du tout...il crut croiser quelques humains, employés au tournage, errants. Il ne leur adressa pas le moindre regard compatissant, continuant à serrer la main de Kure comme si lui-même était à la dérive, perdu dans un monde d'humains. La pièce close fut salutaire car enfin, plus personne ne la saluait, car enfin elle était à lui et plus aux autres. Enfin.

« Tu n'avais pas à leur répondre, à leur dire que tu allais bien. Tu es à moi, tu comprends ? Rien qu'à moi. Ce qu'il se passe entre nous, cela ne les regarde pas...ta blessure va guérir, et ce sera grâce à moi. Personne d'autre ne peut interférer. Pas même eux, surtout pas eux. »




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Dim 16 Mar - 0:06

Sun s'effondra plus qu'elle ne s'assit, sur cette chaise devant la coiffeuse. Les lampes qui l'encadraient jetaient une lumière crue sur sa peau diaphane. La traînée rouge, étalée par la main caressante de Beyond Birthday, rompait l'unité de son teint. Le coeur de la réalisatrice battait à tout rompre - un fou mélancolique qui jouait du tambour, seul dans un tombeau. Il enterrait les battements les uns après les autres. C'était douloureux. Sun se posa une main sur la poitrine et respira à fond. Ce n'était pas Kira qui venait mettre un terme à leur contrat de travail - du moins pas encore. La raison était beaucoup plus profonde, plus maladive.

De tous temps, elle avait été la seule ministre à toujours saluer ses collègues en passant dans les couloirs. Chaque fois qu'elle était là - à peu près les deux tiers de l'année, elle traversait les locaux du gouvernement avec un grand sourire aux lèvres. Et elle faisait la bise, elle serrait des mains, distribuait des sourires à la pelle. Tous, au gouvernement, connaissaient le sourire de la femme aux cheveux rouges. Certains connaissaient même son sourire mieux que sa fonction : "La ministre de la culture ... ah, la fille qui rigole tout le temps !". Il fallait dire que Nathan Suzaku, avec ses visites pour l'attribution de visas, empiétait beaucoup sur son porte-feuille ministériel. Elle ne s'en plaignait pas. Asahi n'aimait que peu son métier de pouvoir, elle l'avait accepté par commodité ; Suzaku, lui, semblait prendre un plaisir démesuré à tout faire à la place de tout le monde. On lui aurait demandé d'assurer la tenue de la voûte céleste, il aurait volontiers pris la place d'Atlas.

Et cela valait également pour les moi où Asahi devenait Sun. Sur le tournage, personne ne l'avait encore vue sans sourire. Les techniciens et les acteurs pariaient quotidiennement sur le nombre de blagues qu'elle lâcherait au quart d'heure. Dans l'ombre du plateau, installée sur sa chaise pliante, la réalisatrice savait inspirer ses collaborateurs avec virtuosité. Bref : tout le monde connaissait Sun comme méritant son nom. Un soleil au sourire rayonnant.

Ca n'avait l'air de rien, dit comme ça. Mais pour Sun, il s'agissait de sa réputation. Sa réputation dans le métier, sa réputation tout court. Pour une femme, la réputation était très importante. Une femme sans honneur était une femme souillée. Une femme sans sourire, que ce soit sur les lèvres ou dans le regard, c'était un tableau raté.

Et maintenant ils l'avaient vue. Ses collègues l'avaient vue passer comme un fantôme pâle, sans sourire. Ils avaient vu sa joue en sang, et peut-être que les plus perspicaces avaient repéré son regard égaré, sa bouche hésitante. Comble de l'horreur : elle n'avait rien dit de potable à personne. Pas de plaisanterie, le bon mot qui lui venait à l'accoutumée était resté coincé dans sa gorge. Sun n'avait soudain plus d'esprit. Horreur ! Elle, qui avait fait rire la terre entière, elle, Comédie personnifiée, voilà qu'elle s'était tue. Oh, si, elle avait lâché quelques mots. "La pause ? Bientôt finie", "J'arrive, attendez-moi. Répétez votre texte", "La joue ? Je vais bien, c'est la remise, je me suis trompée d'étage et il faisait noir", "Oui oui, j'ai eu le temps de manger", "C'est un ami, je l'ai croisé en allant acheter des croissants".

Explication ridicule, soit dit en passant. Où au juste l'avait-elle croisé ? En allant acheter des croissants d'accord, mais certainement pas dans une boulangerie. Ce genre de bougres squelettiques, poisseux de sueur et de stress, on les trouvait sur le trottoir. A peu de chose près, c'était bien à la rue que Sun avait trouvé Beyond Birthday.

Et pourtant, quand il lui avait pris la main pour l'emmener hors de l'obscurité, ce fut pour elle une sensation délicieusement singulière. Elle avait frissonné, pauvre victime qu'elle était ; car s'il n'y avait pas de mutilations, pas de coups, elle n'en avait pas moins été blessée mentalement. La jeune femme avait suivi. Docile, elle avait dissimulé ses grimaces lorsque, pendant qu'elle répondait à ses collègues, la main du tueur serrait douloureusement la sienne. Il était jaloux. Elle avait conscience que ce n'était pas une jalousie saine mais bien une jalousie noire, le genre de jalousie qui motivait les manipulateurs à isoler leur compagne. Ils l'enfermaient dans un écrin de velours rouge jusqu'à l'en étouffer, pour que jamais rien ne vienne ouvrir la cage.

Cela, Sun l'aurait parfaitement compris si elle y avait assisté de l'extérieur. Mais en l'espèce, la victime, c'était elle. Et déjà, le piège se refermait. La petite souris rouge ne voyait pas l'insanité de la situation.

Monsieur Loyal est jaloux, nota-t-elle avec tendresse, presque avec flatterie, et sa main quitta sa poitrine. La douleur au cœur était passée - elle n'était rien comparée à ce qu'elle pensait avoir gagné. Bon Dieu, sa voix. Quelle tessiture, quelle magnificence ! Il avait un timbre vibrant, son diable aux yeux rouges, môme fagoté comme l'orage ... elle avait eu raison d'y croire. Elle sentait que quelque chose naissait, là, au creux de sa poitrine.

Sun ne parlait plus depuis longtemps. Toujours assise sur sa chaise, elle écoutait Beyond Birthday parler et cela lui suffisait. Il lui disait de belles choses. Le genre de déclaration effrayante et obsessionnelle que font les amants de tragédies. Elle ne se demanda pas si c'était un peu trop rapide pour tenir des discours pareils. Pourtant, elle avait toujours été la première à distinguer les bons acteurs des amants sincères. Elle en avait dirigé pendant des années, des scènes de sentiments passionnés mais feints. Mais ici, pour elle, c'était forcément sincère. Il était brusque, mais le coup de foudre ne déstabilisait-il pas l'homme au coeur fier ? Ne précipitait-il pas la chute des plus grands assassins ?

"Narcisse, c'en est fait, Néron est amoureux."

Il parlait comme un acteur. C'était surjoué, mais bien surjoué. Il était déjà l'acteur préféré de son film personnel. La comédie prenait des allures carrément lynchiennes, mais Sun n'en avait cure. Elle voulait bien être à lui, elle voulait bien n'être plus qu'une ombre, tant que sa caméra pouvait suivre cette personnalité écrasante. La splendeur destructrice de Beyond Birthday faisait des ravages dans ce cerveau ouvert aux fantasmes, propulsé par l'imagination qu'était celui d'Asahi.

- Tu as raison. Ca va guérir ... mais panse-moi, s'il te plaît. La pharmacie est dans l'armoire.

Elle ne reconnut pas sa propre voix. C'était beaucoup plus doux, conciliant qu'à son habitude. Les modulations dansantes avaient pris en maturité. Il lui fallait d'ores et déjà compenser une tranquillité d'esprit que son triste sire n'avait pas.

- Dors chez moi ce soir. Il faut que tu manges, que tu te laves. Ensuite on verra.

Ensuite ... ensuite, il fallait qu'elle termine son film. Ils comptaient sur elle. Il fallait qu'elle comprenne pourquoi elle accordait l'asile à un tueur en série ... non, cela, elle ne le comprendrait jamais. Elle en avait conscience et ne voulait tout simplement pas y penser. Là sous la lumière crue, la réalisatrice le trouvait affreusement beau.

Les yeux de Sun rencontrèrent ceux de Beyond Birthday. Deux rubis la frappèrent en pleine poitrine, se fichèrent l'un dans son coeur, l'autre dans son oeil. Et comme Kay, la jeune femme ne vit plus rien comme avant. Ce n'était pas la Reine des neiges qui venait l'enlever sur son traîneau d'argent ; c'était le dieu des enfers en personne, aux rênes de son char noir.  Il allait ouvrir la terre et l'emmener très bas ; peu lui importait, elle avait déjà un pied au-dessus de la faille.
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Beyond Birthday
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Sam 12 Avr - 23:05
Une loge vide, juste avec eux-deux : B regardait d'un air vraiment malsain la cicatrice, le saignement à sa joue, à elle. Il avait vu ses collègues lui parler, il les avait vu le regarder comme s'il était un intrus, quelqu'un qui n'avait même pas sa place dans ce bas monde, et il n'en avait qu'esquisser un sourire satisfait : s'ils savaient à quel point ils avaient raison.

B s'était assis sur le fauteuil qui faisait face au miroir. Il regardait pensivement cette femme qu'il avait déclarée il y avait quelques minutes comme étant sienne. Avait-il déjà pensé au mal qu'il faisait aux gens, gratuitement, même lorsqu'ils n'étaient pas censés mourir ? Avant de partir, il avait enfermé une gamine désarmée à double tour dans une maison déserte. La gamine avait hurlé, elle s'était débattue, mais il l'avait tout de même fait.

Pas tuée, pas violée, pas abîmée. Il s'était juste contenté de ne pas pouvoir la faire sortir de là. De toute façon, elle mourrait dans très précisément une semaine, probablement de faim et de déshydratation : l'eau courante avait été coupée. B ne savait même pas pourquoi il avait fait ça...L'envie, certainement, une certaine passion pour la débrouillardise. Il était également curieux de voir si elle allait finalement trouver un passage secret, quelque chose qui fasse qu'elle pourrait s'enfuir de là. B hocha la tête en écoutant les paroles de Sun et se dirigea, un peu comme un zombie, vers l'armoire à pharmacie qui se trouvait non loin de là. Était-il un vrai méchant ? Un de ces méchants dont parlent les contes de fées et qui inspirent la peur à la simple évocation de leur nom ? Certainement. B était quelqu'un de ce genre-là.

« Que je dorme chez toi ? Ce n'est pas chez toi, ici ? Tu es hébergée dans un hôtel, je présume ; tu ne vas pas rentrer au Japon dans la nuit...et même, je dois te prévenir que je n'ai pas de papiers. »

C'était effarant, la manière qu'avait cette araignée pour tisser sa toile, pour hypnotiser sa victime. Asahi Kure semblait, d'un instant à l'autre, être prête à faire ce qu'il voulait, même le pire. Il aurait pu lui demander de prendre une lame et de tuer tous ceux qui les entouraient, par pure jalousie, qu'elle l'aurait fait. Se mutiler, faire du mal à autrui, tuer. Tant de choses qui lui semblaient à lui normales, alors qu'elles ne l'étaient pas forcément. Il avait passé sa vie à faire des choses qui semblaient étranges pour le commun des mortels, que ce soit être élevé dans une école de détectives à apprendre très tôt la survie, les statistiques des taux de criminalité, à se battre, toujours à se battre.

Voilà : B ressentait une espèce de fatigue, en ce moment. Une fatigue qui le faisait déconner, s'écarter du chemin, faire n'importe quoi. Il y a un temps, il n'aurait commis des crimes comme cela. Il se doutait que la gamine en question n'était pas orpheline, qu'elle avait sûrement des parents, une famille, des proches. En quelque sorte, en accomplissant cet acte, c'était lui et l'orphelin qu'il avait été qu'il assassinait. Qu'il laissait seul dans une immense bâtisse déserte. B jeta à Asahi Kure un regard furieux : pour un peu, il l'aurait sûrement giflée. Son caractère était changeant, ces derniers temps, il faisait n'importe quoi à n'importe qui, et la ministre de la culture était à présent en première ligne.

« Ne me parle pas à l'impératif. Je viendrais chez toi, pas ce soir. J'ai des choses à faire, des affaires à régler. Je n'ai pas fini ce qui m'a amené ici. Maintenant, tu vas partir. Tu vas te faire ton pansement parce que je ne suis pas ta bonne, aussi. Si je te revois et que ce n'est pas cicatrisé, je te tue, ok ? »

Beyond Birthday pencha la tête, essayant de voir un peu plus ce qu'il y avait sur cette joue qu'il avait marché : Kure ne semblait pas avoir d'autres traces, d'autres marques. Il était le premier et il voulait être le dernier à l'avoir faite saigner. Lorsqu'il s'était déplacé à Los Angeles, il avait eu l'occasion de connaître des crimes immoraux et superbement expérimentaux. Tous avaient été précieusement prévus et anticipés et B s'était senti étonnamment puissant, en les commettant.

Elle, elle devait savoir ce qu'était le pouvoir : c'était la ministre de la culture, alors même si elle n'était pas au pouvoir, elle côtoyait des tableaux, des chiffres et des projets toute la journée. Elle avait goûté au pouvoir, elle avait un salaire significatif, elle pouvait tout faire...était-ce cela, être libre ? B toucha la joue de Kure, un air neutre, du genre de ceux qui le rendent si imprévisible, sur le visage. Il ouvrit un peu plus ses grands yeux vermeils, lui lécha cette joue sanglante, tentant de lui tirer un cri de douleur.

Le sang avait un goût de fer.

Il en avait partout : sur les lèvres, sur les joues, comme un gros malpropre.

B essuya le tout avec sa manche, la poussa à l'extérieur.

« Je viendrais chez toi. Ton chez-toi japonais. Je ne t'oublierai pas, sache-le. »





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