Pitié et allégeance à toi, Kira ! La foule s'inclina en silence, respectueusement devant cette idole masquée et inconnue.
 
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Age : 22
Dim 22 Sep - 23:02
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !


Pam, pam, pam, pam, pam ...

Ah, quelqu'un arrive encore. C'est un moulin, ici. Ou un lieu de passes. Un abattoir peut-être, mais où ils testent une nouvelle méthode : la manière la plus lente de faire mourir la bête. C'est bien simple, ils essaient tout. Les électrochocs, la noyade, le fer rouge, le viol (mon Dieu, j'espère qu'ils ne comptent pas utiliser cette méthode-là sur les vaches), et le bon vieux fouet. Va-t-en abattre un mouton avec un fouet, c'est bizarre comme test, mais bon, il faut bien tout tenter pour voir ce qui marche.

Pour le moment rien ne marche. Sur moi en tout cas.

Je me fais l'effet d'un Raspoutine des temps modernes. Cela dit, ce n'est pas forcément très flatteur. D'une parce que Raspoutine était objectivement assez laid. De deux, par tous les saints, ce que j'ai mal. Mais il a sûrement moins douillé que moi. C'est obligé. Sinon, il serait mort. L'étape suivante ne peut être que la mort. Et je ne parviens pas à l'atteindre.

Les chacals ne me laissent pas l'atteindre. Ils me houspillent comme une charogne. Je n'avais rien demandé, moi. Je travaillais tranquillement, j'essayais de faire de mon mieux pour gérer mon équipe de boulets.

Et puis il y a eu ce restaurant. Je ne m'en souviens quasiment plus, paradoxalement. Je me souviens que ma douleur a commencé là et n'a fait qu'empirer. Je me souviens aussi que quelques jours plus tard, pendant la foire, Arashi et ses amis sont joyeusement venus me chercher. Et que je les ai suivis parce que ... je ne sais pas. Comme ça. Plus rien à faire où que ce soit. Je ne sais même plus si c'était du désespoir ou si ma folie a repris le dessus l'espace d'un instant. Si c'est Illness ou Irma qu'on a arrêtée, et puis, elles sont mortes toutes les deux. Qu'est-ce que je sais encore, au juste ?

Au départ, les premiers jours (peut-être il y a des années), j'ai tenté de m'occuper en me souvenant de tout. Mon enfance, mon adolescence, mes années glorieuses. Après, tout s'est effiloché. Ils l'ont fait sortir de mon pauvre crâne, ils m'ont tondue, et coup de matraque après coup de matraque, plus rien n'est resté. Ou quasiment plus rien : quelques bribes seulement.

Je sais qu'il fait noir et humide. Je me sens sale, je dois l'être.

Et puis ce poème obsédant qui flotte dans ma tête. Baudelaire. J'attends, Charles, qu'on fasse de moi une charogne. Plus d'ailes et plus de voyages. Ils tardent.

Pam, pam, pam, pam, pam ...

Ça se rapproche. Peut-être que cette fois ce sera bon ? Allez, haut les cœurs. Écoutons leur programme du jour. Que faut-il répéter déjà ? "Je ne sais rien", c'est ça. Je dois encore avoir ma langue mais je ne sais plus si j'arrive encore à parler.

Je tente de me redresser, tremble, retombe sur le dallage froid. Ridicule. On en pleurerait de rire.

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.


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Fate Harlaown
Juliette sans Roméo
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Lun 23 Sep - 23:11
En poussant la porte de son bureau, les yeux clairs de la jeune Fate Harlaown s'était immédiatement posés sur le charmant pavé qui l'attendait sur son bureau. Il était presque vingt heures et la nuit faisait tomber son voile. Elle avait passé sa journée à faire des constatations sur cette évidence : l'inauguration avait été un véritable échec. Arpenter les grandes allées foraines couvertes de cotillons n'avait pas vraiment été nécessaire pour en venir à cette conclusion. Ce qui devait être un coup éclatant était devenu un véritable désastre. Bien sûr, l'échec n'avait pas été total : après tout, la quasi totalité des rafles organisées par l'armée avaient bien été menées et ce dans de bonnes conditions. C'était par la suite que les choses s'étaient compliqués. L'humiliation publique de Suzaku, puis son enlèvement. Et Hadès. Hadès qui restait introuvable.

L'envie de rentrer chez elle était forte, mais Arashi semblait avoir d'autres plans pour elle comme l'attestait cette aimable petite pile de dossier aux couleurs fades, haute comme un Larousse, qui lui souriait presque narquoisement. La jeune femme avait pris place devant son grand bureau d'ébène et avait commencé à éplucher ce joli pavé. Des rapports complets, des dépositions, des demandes d'interrogatoire, encore et encore. On lui avait demandé de faire de l'arrestation des rebelles sa priorité, et voilà qu'on ne cessait de l'étouffer sous des bagatelles dont elle ne comprenait décidément pas l'importance. Un long soupir lui échappa et, rejetant la tête en arrière, elle s'accorda une pause de quelques secondes.

Nathan. Nathan avait disparu. Partout, l'information courait :« Il faut retrouver Suzaku », disaient-ils tous. Le gouvernement manquait d'hommes pour couvrir toutes ces choses que l'on jugeait essentielles, si bien qu'au final, tous se retrouvaient à travailler jour et nuit pour venir à bout de leur boulot. Les menaces d'Arashi pesaient toujours et, elle le savait, ne tarderaient pas à s'exécuter. Et Nathan. Nathan avait été enlevé au moment où elle avait le plus besoin d'aide. La date du rendez-vous approchait, et si cela continuait, elle devrait s'y rendre seule. Seule, seule face au Dieu des Enfers et aux flammes de son territoire.  Et elle, malgré toutes ces préoccupations, se retrouvait là à classer les interrogatoires d'individus listés par Nathan et qu'ils questionnaient sans même connaître la raison de leur arrestation...

Soudainement, Fate détourna les yeux et son regard croisa une pochette colorée, posée sur le bord de son bureau – raison pour laquelle elle n'avait pas dû le remarquer, qui comportait l'indication « urgente ». Elle reconnut l'écriture d'Arashi. Sensiblement, ce dossier devait passer avant les autres. La jeune femme entreprit de faire connaissance avec cette nouvelle personne dont elle devrait se charger. Et quelle ne fut pas sa stupeur quand elle découvrit qu'il s'agissait de la fameuse Lady Illness. Elle se remémora le message de Nathan à ce sujet, ce post-scriptum brouillon et sans queue ni tête dont elle n'avait pas compris l'intérêt. Elle haussa les sourcils, commençant à fouiller le profil de cette femme qui dirigeait d'une main de fer, depuis plusieurs années déjà, le Cavalier Noir. De Lady Illness, elle ne connaissait que très peu de choses, et cette étrange créature dont on parlait tant l'intriguait au plus haut point.

Le dossier à la main, Fate quitta le bureau et, d'un pas ferme, se dirigea vers l'ascenseur qui la mena ensuite aux cellules. Elle grimaça à l'écoute de ces prisonniers qui geignaient et gémissaient : c'était habituel, par ces temps de rafles intensives, mais elle ne se faisait décidément pas à cette inhumaine chanson qui, étrangement, sonnait comme une rhapsodie aux oreilles d'Arashi. En arrivant devant la cellule correspondante, Fate ouvrit et poussa délicatement la porte en la refermant avec soin derrière elle. La jeune femme attendit quelques secondes que ses yeux s'habituent à l'obscurité quasi totale qui régnait dans la cellule puis, elle chercha des yeux la fière et orgueilleuse Illness. Longtemps, son regard scrute l'ombre sans succès et finalement, elle allume la lumière pour découvrir que cette l'élégante Lady Illness est recroquevillée dans un coin et que, sans sa belle chevelure, elle perd énormément de son élégance. Son image a quelque chose de pitoyable qui arrache une grimace à Fate : elle ne la connaît qu'en photographie, mais elle trouve toujours impressionnant le changement qu'opère la torture sur les gens, tant dans leur physique que dans leur comportement. Mais, comme d'habitude, en froide et écervelée bourreau de Kira, Fate ferme les yeux, s'embrume l'esprit de sa doctrine et arbore son air le plus neutre.

« Bonjour, Illness. Je me présente, Fate Harlaown, on m'a chargée, ou plutôt contrainte, de m'occuper de votre interrogatoire. »

Et, comme d'habitude, la magie s'opère et la cruauté prend sa place quand un sourire narquois illumine son visage :

« Relevez-vous, voyons. J'en attendais un peu plus d'une Lady de votre genre. Et puis, il me semble que nous avons un point en commun ? Comme vous, je n'aime pas perdre mon temps. »


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Mar 24 Sep - 0:27


Oh non, pas la lumière. J'étais bien à végéter dans mon cube sombre. Je commençais même à trouver ça apaisant. Au bout d'un certain temps dans l'abattoir, simplement rester allongé devient une bénédiction.

Je me recroqueville comme un escargot dont on a touché les yeux. Sauf que ma seule coquille est cet immonde uniforme orange - affront supplémentaire, et sale par-dessus le marché. Uniforme qui doit se voir dans toute son ignominie maintenant. Merci la lumière glauque des néons. C'est reparti pour un tour. Je dois beaucoup les amuser, pour qu'ils s'obstinent comme ça. "Mon humour ravageur m'aurait-il perdue ?", se serait demandé Illness. Heureusement qu'elle ne voit pas ça.

Tiens, une nouvelle cocotte. Je n'ai pas encore entendu cette voix-là. Ça réveille en moi un vestige de curiosité journalistique. Je tends l'oreille. Fate Harlamachin, j'ai griffonné quelques articles sur elle dans un passé lointain. Capitaine de je ne sais plus quoi, femme fatale, tout ça. Je la connaissais bien, sans l'avoir jamais rencontrée. Quel honneur !

...

Évidemment que je m'en contre-fiche. Elle aurait aussi bien pu s'appeler Laura Ingalls que ça ne m'aurait pas effleurée. Bon, Laura Ingalls, si, quand même. Mais Laura Ingalls ne torture personne et c'est donc Fate. Qui me provoque comme la petite fonctionnaire frustrée et obéissante qu'elle est. Joie et allégresse.

C'est à peine si je me souviens encore du poste que j'occupais avant ; mais je me remémore avoir été inflexible, parfois cruelle avec mes employés. J'aurais pu être plus sympa. Mais si j'avais été moins détestable, ces idiots auraient été capables de tout engager pour me faire sorti. Façon Voltaire, les mots pour armes. Des mots ... Il y avait beaucoup de mots dans mon ancien travail. J'ai en tout cas une constante solide : je me suis choisi un successeur avant que la bande rouge ne vienne. Une brave fille. Si j'ai cru qu'elle ferait l'affaire à ce moment-là, alors je n'ai pas commis d'erreur. Il y a eu une période, entre le restaurant et l'arrestation, où mon esprit, libéré de toute personnalité parasite, a carburé avec une limpidité unique. Roger aurait été fier de moi.

Bon sang, mon cerveau se rebelle. Le bougre a des sursauts de dignité. Il sait quoi lui répondre, à la mignonne. M'enfin, c'est juste trop tentant ! "Oui, Fate, tu m'as cernée : je n'aime pas perdre mon temps. Dégage de ma cellule". Quand on en vient à penser comme Diogène, c'est que le mental n'est plus en très bon état.

Je n'ai même plus de tonneau. Ces rapaces m'ont tout saisi. S'ils osent repeindre mon appartement en gris, mon esprit les poursuivra de ses malédictions sur treize générations.

Répondre ? Non. Je tiens certes une répartie honorable, mais ma langue ne bouge plus. Mes mâchoires hurlent le martyre - peut-être que l'une d'elle est déboîtée. J'ai décidé dès mon arrivée de ne pas compter les séquelles.

Alors non, Madame, je ne me relèverai pas. J'ai mal, je reste à terre tant qu'on a pas recommencé à me frapper. Je ne me relèverai pas et tu peux toujours courir pour obtenir des réponses. Parce que même si je sais beaucoup de choses, ce n'est pas pour tes beaux yeux que je vais les déclamer.

Je ne les vois pas d'ailleurs, ses yeux. Je garde les miens fermés à cause de la lumière. Et puis les yeux me stressent. J'aimais mon esprit frappeur pour ses beaux iris rubis ... La douleur redouble, j'en gémis. L'autre là, si elle m'adresse encore la parole, je vais me prendre une de ces migraines ! On voit qu'elle n'est pas une Lady, elle.

Mais alors qui en est une ? J'avoue ne plus trop saisir de quoi elle parle. Mon front se pose sur le sol froid comme s'il voulait s'y enfoncer. Ma tête, ma tête, que quelqu'un arrête ça ...




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Fate Harlaown
Juliette sans Roméo
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Mar 24 Sep - 23:50
Ô terrible silence.

Dieu, qu'elle ne l'aimait pas, ce froid et pesant silence qui s'installait et envahissait déjà l'espace.

Les individus qui, une fois dans leur vie, avaient eu l'honneur – ou plutôt la malchance, de passer quelques heures dans les charmantes geôles du gouvernement étaient multiples. Il y avait ceux qui se bornaient, à peine la porte passée, à hurler leur attachement à leurs convictions. Ceux qui suppliaient à genoux qu'on les épargne malgré leur silence. Ceux qui pleuraient toutes les larmes de leurs corps sur le sol froid. Ceux qui débitaient à une vitesse folle tout ce dont ils refusaient auparavant de parler dès que leur regard se posait sur une seringue. Ceux qui trahissaient dès lors que le bruit de quelques kilars raisonnaient dans leurs oreilles. Ceux qui tambourinaient à n'en plus pouvoir contre la porte. Ceux qui jouaient les malins et qui, bien souvent, étaient les premiers à lâcher. Et enfin, ceux qui, comme elle, s'enfermait obstinément en silence dans leur mutisme.

Bien plus que ceux qui clamaient haut et fort leur appartenance à la résistance et que ceux qui tentaient de rester fiers, les individus de son genre à elle étaient souvent ceux dont les langues étaient les plus dures à délier. Comme si, la lourde porte de métal refermée derrière eux, ils s'enfermaient sous une lourde carapace, perdaient la parole et s'enfonçaient petit à petit dans un état second, comme pour fuir la réalité. Ceux-là, elle les détestait. Tout d'abord parce qu'il était impossible d'en tirer quoi que ce soit. Ensuite parce que, même avec l'insensibilité du monde, interroger une frêle créature recroquevillée sur elle même qui vous adresse un regard aussi vide que le néant est, pour tout être normalement constitué, d'une atrocité sans pareil. Fate n'était pas particulièrement émotive, ni même sentimentaliste. Mais chez elle ne résidait ni la cruauté inhumaine d'Arashi, ni la folie inconcevable d'Iwa. Non, vraiment, elle détestait ces gens-là. Parce qu'en plus de ruiner leur propre existence, il avait ce terrible don qui assommait les autres sous la culpabilité.

La jeune femme reconnut en ce frêle corps féminin, roulé en boule dans un coin de la pièce à même le sol de carrelage froid, un de ces êtres auxquels elle préférait ne pas avoir à faire. L'élégante Illness des photographies était méconnaissable. Sans sa belle mise en pli et ses tailleurs de marque, le teint d'une pâleur maladive, elle lui inspirait une pitié grandissante. Par chance, elle n'a pas à affronter son pitoyable regard, la créature garde aimablement les yeux clos. Fate pose le petit dossier coloré sur l'unique meuble dont dispose la pièce : une petite table rongée par l'humidité. Même le modeste lit a été retiré, semble t-il pour la pousser à bout. Cependant, comme l'atteste sa position incongrue, le confort ne semble pas tellement inquiéter Lady Illness. La jeune femme prend appuie contre le mur de pierres sombres et, quand sa voix s'élève à nouveau, c'est pour proférer ces nouvelles menaces :

« Il est tard. Si vous ne voulez pas me voir être désagréable dès le début, je vous conseille de vous sortir les doigts, Illness. »

La vulgarité a autant de place dans les interrogatoires que la violence. C'est ce qu'on lui a appris, à l'armée, dans les camps. En choquant, on effraie. En effrayant, on est craint. Et en étant craint, on devient étonnamment convaincant et persuasif.  

Pas de réponse.

Fate pose patiemment la veste sombre de son uniforme sur la modeste table puis, d'un geste lent, elle s'avance dans ce coin où Illness s'exclue. Elle toise longuement ce crâne chauve et lisse et enfin, ses genoux se plient pour la laisser s'abaisser à sa hauteur. D'un geste précis, elle relève le menton de la jeune femme et attend quelques secondes, qu'enfin, ses paupières s'ouvrent.

« Voyez-vous, ma chère Illness. Ca m'ennuierait d'avoir à vous humilier encore plus que d'autres ne l'ont déjà fait. Facilitez-nous la tâche, s'il vous plaît. Je vous en serai reconnaissante. »

Elle marque une pause, se redresse délicatement et d'un mouvement brusque, saisit le corps de la prisonnière sous le bras et la soulève sans douceur, la forçant à rester debout.

« Soyez brève et concise. On vous apprend bien cela, à vous, les journalistes ? Avez-vous eu un quelconque relation avec la résistance, que ce soit dans votre cadre privé ou dans le cadre de votre entreprise ?... »


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Mer 25 Sep - 23:36


Si j'en avais encore eu la force, j'aurais ri à gorge déployée. Enfin pour ce qui me reste de gorge ... impossible. Mais j'aurais tellement aimé. C'est fou ce que les tortionnaires - tous autant qu'ils sont - se montrent naïfs. Encore aujourd'hui ! Tant de dictatures ont coulé sous les ponts, et ils ne sont pas fichus d'apprendre de leurs erreurs. Sérieusement : sur qui ça marche encore, ces menaces voilées ? D'accord, sur beaucoup de gens. Pas sur moi. La seule chose qui marcherait encore sur moi, ce serait une décapitation. Pas très pratique pour parler, reste que l'idée est là.

Je ... m'en ... contre ... fiche. J'en suis à un point où je garde le silence parce que c'est bien plus confortable, que j'ai oublié la moitié des informations (à force de s'acharner sur ma tête, il fallait s'y attendre), et que de toute façon, je ne l'aime pas, cette voix. On voit qu'elle veut être promue. Ou s'en aller d'ici très vite. Ou qu'elle a couché pour réussir. Ou les trois. Je sens ces choses-là, malgré l'état plus qu'incertain de ma cloison nasale. Je n'aime pas beaucoup ces gens-la. En général, je n'aime pas beaucoup les gens qui me torturent.

Je sais que je devrais répondre. Dans l'absolu, c'est vital. Ne pas répondre m'a déjà valu de me retrouver à l'état de semi-légume en une semaine. Mais ce que ces gens ne comprennent pas, c'est que leurs formules qui-font-peur toutes faites, leur brusquerie, je m'y attendais. Quelque part, c'était même ce que je recherchais en me faisant arrêter. Plus rien n'avait de saveur, depuis ce restaurant au coucher du soleil. La douleur, peut-être ? Je suis devenue une espèce de Joker, sauf qu'à la place d'un Batman sexy à la voix rocailleuse, je me fais molester par une simili-Catwoman à la poitrine moulée. On ne peut pas tout avoir dans la vie.

Ouvrir les yeux m'occasionne une véritable brûlure, et j'aurais voulu me couvrir le visage ; mais impossible avec cette pimbêche qui m'agrippe comme un rapace. Je soupire. Rien que cet acte me fait mal, et comme elle me soulève en même temps, la quinte de toux est inévitable. Je manque de recracher mon œsophage, telle une alcoolique quinquagénaire. Glamour, quand tu nous prends. Enfin, avec cet apocalyptique uniforme, même Narcisse se serait craché dessus.

Ah là là, l'humour revient quand l'adversaire apparaît. Illness resurgit encore de temps à autres.

Mon silence la fait enrager. J'en ai parfaitement conscience. Je pourrais me taire comme ça des siècles durant, ce ne serait en rien un sacrifice pour moi - mais la tentation est trop forte.

Ce n'est pas à cause de ses provocations, encore moins à cause de ses menaces. Je l'ai dit : je suis totalement out depuis une semaine et je flotte quelque part sur les berges du Léthée en attendant d'attraper la fichue barque de Charon. Il me fuit, le barbu. D'habitude, c'est l'inverse.

Non, ce n'est pas à cause de ça. C'est juste qu'il y a trop d'occasions en or. Une journaliste ! Merci de me le rappeler, Fate. Je ne m'en souvenais plus, avec tout ce qu'il m'ont fait subir. Me voilà à nouveau à peu près consciente. Plus pour longtemps mais tant pis. Je suis une journaliste. Et les journalistes sont connus pour leur tendance à l'humour aléatoire. Du genre jeux de mots pourris.

Il faut que je l'ouvre.

- Orange. Ces uniformes sont orange.

Nouvelle quinte de toux, ma voix grince comme une vieille porte.

- Une honte, vous m'entendez. C'est une honte.



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Fate Harlaown
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Sam 28 Sep - 16:43
Enfin, elle semble sortir de sa léthargie. Ses paupières engourdies et obstinément closes s'ouvrent et, enfin, Fate peut découvrir le regard de Lady Illness.

Elle la contemple un instant. Et, soudainement, lui revient en tête cet échange de mail avec Nathan Suzaku, Ministre de la Propagande. Il y avait eu ce message dans lequel il avait furtivement évoqué le cas Illness. « Vous la reconnaîtrez facilement, elle s'habille en jaune. » avait-il dit. Cette pensée lui laissa esquisser un sourire. Désormais, elle avait troqué le jaune de ses tailleurs pour l'horrible orange criard des uniformes de la prison. Mais même dans cette état pitoyable, l'excentrique Lady Illness restait cette étrange femme qu'il lui avait décrite. En lui demandant ces quelques faveurs, Nathan savait-il ce qui se passerait ? Qu'elle était bête, cela devait être lui, Ministre de la Censure, qui avait listé les personnes devant être arrêtées. Si cette Illness était ici, c'était donc bien parce qu'elle devait avoir des choses à se reprocher.

Cependant, dans son mail, Nathan n'avait pas fait état d'une quelconque arrestation et ces quelques questions qu'il lui avait demandé de poser à la jeune femme semblait plutôt d'ordre privé. Un instant, elle se demanda ce qui pouvait bien les lier, d'une façon ou d'une autre. Lui, le Ministre coincé, toujours tiré à quatre épingle et qui semblait incapable de tenir une conversation qui sortait du domaine professionnel, et elle, extravagante journaliste qui dirigeait encore d'une main de fer malgré les menaces le seul journal encore indépendant du gouvernement de Kira. Non vraiment, rien ne semblait les unir en tant qu'amis, que connaissances ou même en tant que simples collaborateurs. Illness représentait que le Monde pouvait créer de plus décalé et Nathan n'était que le stéréotype du bureaucrate formaté par Kira.

Sans réagir à ses paroles, elle souleva un peu plus la prisonnière, l'obligea à s'asseoir, dos au mur et, sans complexes, prit place en face d'elle. La situation avait quelque chose d'incongru. Fate observa longuement le visage fatigué et déformé d'Illness. Elle esquissa une grimace. Arashi lui avait réclamé un interrogatoire, rien d'autre. Pourtant, elle avait fait une promesse à Nathan : il avait été le seul à soutenir son projet sans piper mot au reste du gouvernement, elle lui devait bien cette ridicule faveur, aussi étrange et dénuée de sens soit-elle. D'un geste expert, caractéristique des fumeurs invétérés, elle s'alluma une nouvelle cigarette qu'elle entreprit de savourer. Tendant le paquet vers la femme en face d'elle, elle lui proposa :

« Vous fumez ? »

Elle n'attendit pas sa réponse et posa patiemment son paquet de Marlboro sur le sol froid. Tirant une bouffée de sa cigarette, elle commença :

« Écoutez, je n'ai pas spécialement envie de jouer la méchante fliquette. On n'a tous nos problèmes, et si vous voulez savoir, vous n'êtes pas le mien. Je suis là uniquement parce qu'on me l'a ordonné. Je peux difficilement faire pire que mes collègues. Et puis j'ai quelque chose d'ordre privé à vous dire. Alors vous allez m'écouter, parler, si bon vous semble, et si vous vous obstinez à rester muette, je leur demanderai de finir le travail. »

Marquant une courte pause, elle croisa ses jambes en tailleur devant elle :

« Récemment, j'ai parlé au Ministre de la Propagande, Nathan Suzaku. Vous devez être proches puisque lui semble bien vous connaître. »

La jeune blonde sortit de sa poche son téléphone portable depuis lequel elle consulta sa boîte mail. Elle se souvenait plutôt mal des quelques paroles de Nathan et s'assura du bien fondé de ses propos avant de commencer :

« Il tient à s'excuser. Et je pense qu'il l'aurait fait en personne, s'il n'avait pas été pris au piège et fait prisonnier pendant cette maudite fête foraine. C'est donc par mon biais qu'il s'exprimera, pour aujourd'hui, et ce jusqu'à sa libération, je suppose. Il a également dit vous avoir croisée, à la sortie d'un restaurant, et vos pleurs semblent avoir été pour lui une source d'inquiétude. »

Elle tira une nouvelle bouffée de tabac et, sa cigarette finie, l'écrasa sur la pierre humide.

« J'ignore de quoi il parle, pour tout dire, j'ignore même s'il connaîtra votre réponse, un jour. Mais peut-être avez-vous quelque chose à lui transmettre, vous aussi ? »


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Sam 5 Oct - 0:03
Mon dos craque en touchant le mur. Je ne suis plus habituée à me tenir droite. C'est bien le comble. Moi, l'Impératrice jaune, je ne peux plus me tenir droite ! Horreur et damnation, où cet enfer m'a menée ... j'ai l'impression de n'être plus que douleur. Ma colonne vertébrale crisse, tous mes muscles véhiculent un mal. Je baisse les yeux dès que j'en ai la possibilité. Lumière oblige. Mes rétines me brûlent. Vaguement, j'aperçois mes mains, ou plutôt ce qu'il en reste : des araignées rachitiques, blanches comme la mort. Des poignets de squelette. Les veines sont saillantes. On dirait que, cachée sous une feuille de calque, une toile tente d'étouffer les os. C'est une vision hideuse. Je crois que si on me donnait un miroir maintenant, je tomberais pour ne plus me relever.

Et elle, elle croit que j'ai envie de me jaunir les dents en plus ? Tout ce qui est jaune est beau. Sauf les dents.

- Rangez ce déchet. C'est ridicule.

J'ai déjà la voix d'une fumeuse. Ma gorge doit être irrécupérable à force. Mes sinus aussi. Je me souviens encore de leur dernier délire : la cure par l'eau. J'avais lu des trucs à ce sujet à la bibliothèque de la Wammy's, dans des manuels d'histoire. Faire avaler des litres d'eau à la victime, sans interruption ... bon sang, ça se faisait au Moyen-Âge ! Ces malades utilisent des techniques du Moyen-Âge ... c'est affligeant, c'est inacceptable. Il faut que quelqu'un écrive quelque chose là-dessus. Pourquoi je n'ai rien écrit là-dessus, quand je le pouvais encore ? Quand je me tenais encore droite ?

Ce serait la plus grande des humiliations pour moi. Me voir, moi, amaigrie et sale. Sans cheveux. Le tableau doit être horrifique. Tu m'étonnes que la cocotte face à moi grimace. Même un bouledogue grimacerait en voyant ma tête.

Ma main se retourne en tremblant. Je contemple ma paume avec une fascination anormale, mais tout ne va plus très bien dans ma tête. J'observe les lignes, les griffures - mes mains ont râpé contre le sol froid lors des nombreux passages à tabac. L'annulaire gauche est cassé ; bah, ce n'est pas comme si je risquais d'y mettre un anneau très vite. Je n'aurais envisagé le mariage qu'avec une seule personne. Et cette personne ... cette personne ...

Qu'on arrête de me la rappeler. Je n'entends quasiment pas le reste des paroles de Fate. Encore ce ministre de la propagande. A croire que Suzaku me poursuit. Qu'est-ce que j'en ai à faire, de ce grand échalas. Il est pitoyable dans son petit poste de misère, comme toute sa bande d'ailleurs. Et voilà qu'il me guette à la sortie des restaurants, maintenant ?

C'est la seule donnée que j'ai clairement perçue : le restaurant. La seule image qui ait encore une signification, une bien amère signification.

Douleur, douleur.

Ma main se serre en poing. Je sens mon corps entier se crispe comme un papier roulé en boule. La cure par l'eau, le knout, les bambous, tout ça n'est qu'une blague à côté de l'humiliation encore à vif. C'est comme si on me pressait mille fers rouges sur le cœur. La moindre pensée pour ce restaurant me donne la nausée.

Illness n'y a pas survécu. Ce qu'elle a laissé derrière elle doit donc être plus solide ; je ne sais pas si c'est une bonne chose. Probablement pas. J'aurais voulu que l'après-Illness crève vite. Tout plutôt que de subir cette honte. Le plus terrible n'est pas la douleur mais la honte. Honte d'avoir perdu le contrôle dans ce restaurant, honte d'avoir été tondue comme un mouton, honte de n'être arrivée à rien dans la vie, honte d'avoir échoué. Cette cellule et ce crâne rasé, c'est mon échec. Tout est perdu et je n'aurais plus jamais rien. Je ne le mérite pas.

"Un monstre...une violeuse...une erreur de la nature...tu es pire que moi, Irma."

Un gémissement de chien blessé s'échappe de ma gorge. Je me recroqueville encore, ma pauvre main se pose sur mon crâne. Une croûte ? Ah, du sang séché.

"Je te hais, Irma."

Qui est cette Irma ! Je ne m'en souviens plus du tout. Qui est cette fille ... elle a existé avant Illness, je crois. Des temps immémoriaux. Trop de personnes dans la même tête, trop de portraits dans le même cadre. Ma pauvre caboche mise à nu est au bord de l'explosion. Cette Irma doit être immonde, pour que lui, cet ange destructeur, la haïsse à ce point.

- Transmettez-lui ...

" ... alors tu souffriras ... éternellement !"

- ... transmettez-lui une baffe.

Il ne me laisse pas en paix, le ministre-asperge. Je comptais mourir de chagrin tranquillement chez moi, mais non. Il a fallu que ce crétin note mon nom dans ses petits papiers. Tout ça parce que ... je ne sais plus, je l'ai viré à notre dernière rencontre, je crois. Monsieur a dû se sentir blessé dans son petit ego de haut-fonctionnaire. C'est pathétique, cette puérilité. Il a été fait prisonnier ? Tiens donc. J'espère juste qu'il morflera bien. Il ne morflera pas autant que moi de toute façon - sans doute Kira le rachètera-t-il vite, mais j'ose espérer qu'il sera au moins secoué.

Bah ... au fond, quelle importance. Je n'en verrai rien.

- Frappez fort surtout.


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Fate Harlaown
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Jeu 10 Oct - 23:46
Un instant, Fate avait eu l'espoir de voir la fameuse Lady Illness retrouver son tempérament légendaire. Elle n'attendait pas d'elle un flot de paroles, ni même des explications. Tout ce qu'elle voulait pour le moment, c'était entendre le son de sa voix. Ne serait-ce qu'une phrase ou un mot. Mais quelque chose qui puisse prouver que de la patronne du Cavalier Noir il ne restait pas qu'une loque exténuée et sans vie. Cependant, le nom de Suzaku ne semblait pas avoir provoqué la réaction voulue. Ce qui devait être un véritable électrochoc, quelque chose qui lui délierait automatiquement la langue, ne semble pas entraîner la moindre réaction. Elle reste là, quelques instants, silencieuse. Pas de pleurs, pas d'élan de joie, ni de colère. Son visage semble si amoché qu'on peinerait à croire qu'il soit capable de reproduire la moindre expression. Qui sait ce qu'il se passe dans le cœur de cette femme ?

Fate jette un œil à son poing qui se ferme, attendant désespérément une réponse qui ne vient pas. La jeune femme range le paquet de cigarettes dans son sac. Un refus. C'est déjà signe qu'elle ne s'est pas laissé emportée par cette folie qui rend parfois les prisonniers aussi réactifs que des légumes. Le refus n'est pas aimable, d'ailleurs. C'est agréable de voir qu'il lui reste de la réparti. Peut-être parviendra t-on à en tirer quelque chose, se dit-elle. La grande blonde croise les bras sur sa poitrine. Vraiment. Elle ne comprend pas l'intérêt qu'une femme comme Illness peut avoir, en un instant aussi crucial. Si elle représentait sans doute une mine d'informations sur la résistance, il y avait très peu de chances pour qu'elle n'ait, ne serait-ce qu'une idée, de leur repère. Suzaku est dehors. Prisonnier. Dieu sait ce qu'on lui fait subir. Dieu sait combien elle a besoin de son aide, le délai approche. Et pourtant, personne ne semble y mettre du sien.

Fermant les yeux un instant, elle chasse les envies assassines de son esprit. Il lui faut des réponses, et vite. Sinon, Arashi ne la lâchera pas. Elle pousse un long soupir, preuve de son mécontentement et de son impatience naissante. Seul un bruit rauque et indéfini s'échappe de la gorge de la prisonnière et diffuse dans la pièce un écho désagréable. Fate se mord la lèvre. Non, décidément, elle a mieux à faire que de questionner une folle têtue dans son genre. La policière s'apprête à se lever, à hurler à nouveau quelques menaces qui, évidemment, n'auront pas d'effet, quand, enfin, le corps d'Illness, recroquevillé dans un coin, semble se déplier et que de son esprit embué naissent ces quelques mots.

Lui transmettre... Une baffe... ?

L'idée paraissait étrangement incongrue. Un instant, enfermée entre ces quatre murs, elle s'imagina faire rougir le Ministre d'une claque monumentale. Devant cette image insolite, elle ne put retenir un sourire amusée. Cette révélation ne fit qu’accroître sa curiosité en ce qui concernait le lien qui unissait Lady Illness à Suzaku. Le simple fait qu'il puisse avoir fréquenté une femme – et Dieu ! Pas n'importe laquelle, paraissait totalement abracadabrant. Elle tenta malgré tout de garder son sérieux, bien que l'image d'un Nathan coincé en tête à tête romantique avec l'excentrique patronne ne cessait de trotter dans sa tête.

Elle esquissa un sourire plus détendue :

« J'y songerai. Je suppose qu'un tel acte est mérité. On dit pourtant de Monsieur Suzaku qu'il est un véritable gentleman. »

Un instant, elle marqua une pause et tira d'un geste habitué une nouvelle bouffée de tabac qu'elle prit garde de ne pas rejeter au visage de la jeune femme : elle ne semblait pas partager son goût de la cigarette.

« Cependant, je doute pouvoir le lui transmettre un jour. Sa disparition nous inquiète tout particulièrement, mais vous le savez déjà, sans doute. »

A ces mots, elle lui adressa un sourire. Dieu sait ce qu'elle savait. Il était évident que le Cavalier Noir avait des liens plus ou moins importants avec la résistance, mais rien ne prouvait que leur patronne était réellement en position d'apporter des éléments intéressants. Peut-être ne jouait-il un rôle que dans la propagande des idées rebelles ? Et, bien qu'on ne puisse nier la possibilité qu'Illness fut impliquée, Fate doutait réellement de ce dont Arashi était persuadé. Se taire après un tel interrogatoire, rester bornée dans un tel état, c'était bien plus qu'inhumain.

« Écoutez, Illness. Mon supérieur pense que vous êtes en relation avec la résistance et que de ce fait, il y a de grandes chances pour que vous ayez participé, de près ou de loin, à l'enlèvement de Monsieur Suzaku qui est, avouons-le, particulièrement problématique. »

D'un regard, elle désigna la porte de la cellule :

« Vous devez connaître Monsieur Darkwood ? Il se trouve qu'il n'est pas réellement commode et qu'il y a de fortes chances pour qu'il passe cette porte, là, d'ici peu si vous continuez à vous enfermer dans votre mutisme. Il se trouve que, moi aussi, je gagnerai à voir Monsieur Suzaku revenir le plus tôt possible. C'est donc un véritable conseil d'ami que je vous donne là. Si vous avez ou connaissez la moindre information sur la résistance et ses actions, parlez. Le Général est un inquisiteur hors pair, mais je doute du fait qu'il puisse vous amocher un peu plus sans vous réduire définitivement au silence. »


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Mer 16 Oct - 0:16

Un véritable gentleman ? Je t'en ficherais moi, des véritables gentlemen. Lui n'en est pas un. Ou n'en était pas un, je n'en sais rien. Si ça se trouve, il est déjà plus mort que moi. Mais quelque chose me dit que non, tout de même. Ayant vu l'un et testé l'autre, je peux sans trop m'avancer déclarer que les rebelles sont moins rudes que les pro-Kira. Surprenant ! Oui, surprenant de voir que celui qui détient le pouvoir est celui qui contrôle le moins ses pulsions sanguinaires.

Mais déjà, mon cerveau a trop chauffé. Les coups de matraque ne m'ont pas laissé assez de neurones pour parvenir à réfléchir normalement. Le manque de nourriture ne me permet pas de reformer ces neurones perdus. D'où mon état plus ou moins débile. Je ne me sens pas plus intelligente qu'une enfant. Je suis perdue dès qu'un changement minime intervient, dans ce cube aveugle qui est devenu mon univers. Ma galaxie se rompt dans une nuée ardente quand la lumière est allumée ; le moindre coup me brise un peu plus. C'est comme s'ils s'acharnaient à piétiner un vase en miettes. C'est inutile. J'espère qu'ils le comprennent : ça ne sert à rien de me martyriser. Je ne dirai rien, plus rien, je ne sais plus rien.

Mon esprit replonge dans ses miasmes morbides. Je ne sais pas ce que dit la cocotte. A quoi bon torturer un accusé qui n'entend plus son bourreau ? Tout se mélange. L'enlèvement de l'asperge, l'idée que j'y sois mêlée, Darkwood, Darkwood ...il est venu plusieurs fois, lui. Il m'a déshonorée, m'a craché dessus, m'a traitée de traînée, m'a lacéré le dos et j'en passe. Elle ne m'apprend rien. Elle croit me faire peur ? Je n'ai jamais eu peur, même du temps d'Illness. Une seule crainte, certes, qui a fini par la terrasser : celle de perdre Beyond Birthday.

- Aucun lien avec Suzaku. Je ne l'aime pas.

Maintenant que c'est fait ... au diable, leurs menaces. Frappez la folle, elle en rira. Tiens, justement, serait-ce un diablotin, cette tache jaune au plafond ?

Je fixe le plafond sans le voir. La tache grandit puis se résorbe, à intervalles réguliers, comme si elle respirait. Peut-être une quelconque bête fantastique. Irma a toujours été la seule à les voir quand elle était petite. Elle appelait cela le don de double-vue, là où les médecins ennuyants parlaient d'hallucinations visuelles.

Des hallucinations ? Bande d'idiots. Regardez, on peut les capturer. Il suffit de tendre la main ...

Je referme le poing. Un os, un machin craque atrocement. Je serre les dents. Je ne gémis plus pour si peu. Ce serait perdre des forces - il m'en faut encore pour respirer, parce que ce qu'il reste d'Illness s'accroche ridiculement à la vie. Et je hais le nouveau moi pour ça. Jamais je ne me suis accrochée auparavant. J'ai toujours survécu par un heureux hasard. Manque de chance pour mes innombrables ennemis. Maintes fois, j'ai failli finir dépecée à la machette dans la savane tanzanienne ; je m'en suis tirée.

La Tanzanie ... un autre monde. Le monde où je me réveille maintenant fait huit mètres carrés. Ce monde me verra partir. Et un autre monde, encore plus exigu, deviendra ma demeure éternelle. Bientôt. Tiens bon, Illness. Bientôt.

- Ce serait gentil de sa part, de ... me réduire au silence. Galant.


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Fate Harlaown
Juliette sans Roméo
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Dim 27 Oct - 13:49
Fate ne comprenait décidément pas comment après tant de douleurs, tant de torture, quelqu'un puisse continuer à se montrer aussi obstiné. Elle regarda à nouveau la silhouette de Lady Illness – ou du moins ce qu'il en restait. Un instant, elle s'imagina à sa place. Mais elle avait beau se croire forte et tenace, la jeune femme savait que dans une situation pareille, cela ferait bien longtemps qu'elle aurait craqué et déversé un flot de paroles, aussi confidentielles soient-elles. C'était un comble pour une militaire pro-Kira que, depuis son entrée dans l'armée, on entraînait durement à ne pas lâcher un seul petit mot, même sous la torture. Fate avait toujours tenu tête aux gens chargés de ce genre d’entraînement, mais cela n'avait rien à voir : cela n'était qu'une simulation et même si elle était impressionnante de réalité, rien de tout ce qui se passait à l'intérieur n'était vrai. Cela n'avait rien à voir avec ce qu'Illness subissait à l'instant présent.

Fate ignorait si elle devait plaindre ou condamner cette femme. Elle n'était que journaliste ; soit, une journaliste dont les tendances politiques se faisaient franchement ressentir, mais une journaliste tout de même ! De plus, on n'avait aucune preuve de son implication dans l'enlèvement de Suzaku. Si Madame daignait laisser passer quelques informations sur ses liens avec la résistance, sans doute serait-elle traitée plus poliment que par le passé. Mais pour une raison qui lui échappait, elle continuait de garder le silence. Illness était loin d'être idiote, bien au contraire. Etait-ce donc sa fierté démesurée qui l'obligeait à se comporter ainsi... ?

Bien évidemment, sa réponse n'étonna pas la jeune femme. Elle niait tout en bloc. En soit, si elle n'était pas concernée par l'événement, c'était logique. Mais ce qui était étonnant dans sa réaction, c'était qu'elle n'ajoutait rien à ses propos pouvant argumenter sa réponse. C'était comme si elle parlait et se fichait bien de savoir si on la croyait ou non. Fate poussa un long soupir :

« Illness. Vous avez l'air de bien vous foutre de ce que je vous dis, pourtant, cela pourrait vous sauver la vie. »

Pas de réponse.

« Vous savez, ici, les gens n'ont pas pitié des personnes comme vous. Mais soit, si vous souhaitez mourir, vous êtes en bonne voie. »

C'était impressionnant. Vraiment. Fate aurait pu l'insulter, la frapper, l'humilier. Sans doute n'aurait-elle même pas bouger le petit doigt. La jeune blonde grimaça. Tout s'annonçait plutôt mal. Que dirait-elle à Arashi en sortant ? « Elle veut mourir, on n'en tirera plus rien ». Même si c'était la stricte vérité, était-ce réellement suffisant pour que son supérieur lui foute la paix. Elle le connaissait, au fond. Il ouvrirait la porte de la cellule, s'acharnerait quelques heures de plus sur une âme que la volonté de vivre avait déjà quitté et, le lendemain, on retrouverait un énième cadavre. Si les méthodes des pro-Kira étaient inhumaines, c'est parce que, le plus souvent, elles portaient leurs fruits. Mais était-ce vraiment nécessaire de s'acharner sur cette pauvre femme en sachant qu'elle ne parlerait pas ?...

« Aussi cruels que nous paraissons être, l'humanité même fait que je me sentirais coupable de vous laisser crever dans un coin de votre cellule. Parlez, Illness. On ne vous demande pas grand chose. Juste quelques mots qui sauront nous guider. Ne foutez pas votre vie en l'air dans je ne sais quelle folie, Illness. Vous valez sans doute mieux que cela, malgré vos opinions. »

La jeune femme se releva, prit ses affaires et entreprit de quitter la petite salle sombre. Elle jeta un dernier coup d'oeil à la prisonnière :

« Vous verrez cela avec Arashi. Je pense avoir été assez patiente. J'espère que vous aurez l'intelligence d'écouter mes conseils. Bonne chance, Illness. Réfléchissez-y, surtout. C'est votre unique porte de sortie. »


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