Pitié et allégeance à toi, Kira ! La foule s'inclina en silence, respectueusement devant cette idole masquée et inconnue.
 
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It's not what you are underneath, but what you do that defines you. [Ft.Fate]

 :: Tokyo - Zone RP :: Quartier d'affaires :: QG du gouvernement de Kira Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
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Sam 7 Oct - 12:46
Ses mains chiffonnèrent sa convocation avant de l'étouffer avec tant d'égards dans la poche interne de son blazer. Une boule de papier pour une boule biliaire qui lui entravait la paroi de sa gorge obstruée d'appréhensions. Il faisait pâle figure dans ce présent factuel, et sa chair avait autant de coloris que la lettre qu'il venait de froisser. Un motif à la décomposition de ses couleurs : le patronyme de Fate Harlaown s'épelait lui-même comme un dissolvant persuasif. Des syllabes inquisitrices aussi. Et quel mobile légitime pour une femme rattachée à ce service, celui d'une justice aux œillères de Thémis.

L'objet de cette rencontre sonnait d'une évidence amère dans la mémoire de Hayes. Des souvenirs récents, quelques jours en amont une nouvelle souillure avait entaché sa réputation. Bavure de trop dans sa carrière déjà bien raturée, il avait laissé volontairement filer une jeune rebelle dans une des sombres venelles tokyoïtes, prétextant ne pas voir âme qui vive dans une des ruelles qu'il avait pris soin d'inspecter lui-même. Ce jugement avait été ensuite démenti par ses collègues qui avaient acculé la fugitive dans un secteur non éloigné à celui qu'il avait sondé. Ce n'était pas la première fois que Hayes faisait preuve d'une telle négligence. Ses pairs avaient rapporté son comportement, plus que discutable, et le verdict n'avait pas tardé à se faire valoir : la convocation auprès de la réputée capitaine était tombée de la froideur imprimée d'une enveloppe bichrome.

Hayes avançait en funambule sur un cordon ténu. Plus que jamais ses scrupules le déséquilibraient sur la pente d'une moralité qu'il remettait de plus en plus en question. En toute réponse, il n'avait trouvé que le réconfort des anxiolytiques que les médecins avaient jaugé bon de lui prescrire.

Ce jour là, Hayes présentait une mine corrodée de cernes. La perspective de cette entrevue officielle avait suffit à creuser ces violines traînées sur son teint de cire. Il avait malgré tout tant bien tenté d'en sauver les apparences en arborant une mise irréprochable, présentable. Ses mocassins rythmaient sa démarche dans le couloir. Il s'avançait d'un pas nerveux, marqué par une régularité automate. C'est d'une sonorité analogue qu'il frappa de trois coups secs au bureau de sa supérieure hiérarchique, tendant l'oreille quant à sa permission de franchir le seuil de cet espace privé, de ce monde qui allait bientôt l'amputer de son contact avec une réalité qu'il pensait dompter. L'injonction ne tarda point à se faire ouïr et Hayes obtempéra en poussant la porte de l'antre bureaucratique.  

Elle le scrutait avec ses yeux d'un bleu intense. Revoir cet éclat de ciel dans des iris pesants l'oppressait d'une certaine manière. Il n'était plus habitué à voir ce fragment d'éther azuré dans le regard de ses pairs japonais.

Il s'impacta du feu de ces orbes. Deux comètes brûlantes d'un charisme perceptible.

Est-ce par crainte de cette combustion qu'il prit un timbre subtilement chevrotant ? « Bonjour capitaine. Sergent Hiro Hayes. Je suis venu comme noté sur votre demande. Je comprendrais les raisons de votre mécontentement, en un sens, il serait légitime... » Humble présentation et véridique.
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Fate Harlaown
Juliette sans Roméo
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Mar 10 Oct - 16:07
Fate Harlaown porta à ses lèvres son premier verre de whiskey de la journée. La pendule venait de sonner 11 heures, c’était un bon record.
Ce bureau surfait qu’elle avait retrouvé quelques semaines auparavant après de long mois d’absences la mettait désormais bien mal à l’aise. Peu de choses avait finalement changé en apparence ici : elle n’avait eu qu’à déboulonner une nouvelle fois cette plaque « Interdit de fumer », personne ne l’empêcherait de se livrer à son petit plaisir dans son propre fief. Pourtant, rien n’était plus pareil depuis que Ninomiya avait pris les commandes. Et Fate ne se sentait pas parfaitement à sa place dans ce nouvel ordre gouvernemental placé sous le signe du contrôle, de l’autoritarisme et d’une politique de tolérance zéro.

Verre à la main, cigarette savamment glissée entre les lèvres, elle parcourait du regard le dossier d’un homme dont le patronyme ne lui évoquait pas grand-chose et qui lui était parvenu la veille au soir. Bien évidemment, on attendait d’elle qu’elle lui fasse passer un sale quart-d’heure. C’était un dossier comme elle en avait vu des dizaines parmi ses troupes au fil des années : ceux de ses pères et mères de famille qui réalisaient soudainement combien la quête de justice dont ils étaient les prêcheurs était par nature difficile et cruelle et qui, dans un élan étonnamment humaniste, fermait les yeux une première fois, puis une seconde. Jusqu’à dépasser la fine et si facilement franchissable limite accordée par le régime. Ce rendez-vous s’annonçait difficile. Il ne s’agissait que de la séance inaugurale d’une longue chasse aux sorcières commandée par ses supérieurs. Fate croyait toujours profondément aux principes du régime de Kira et dans un tel combat, l’erreur était un manquement puni mais pardonné, la légèreté était une traîtrise.

Fate se mordit les lèvres, jetant un dernier coup d’œil à la page d’en-tête du dossier. Elle assumait très mal ce rôle d’inquisitrice. Pour certains, elle avait effleuré la limite de l’acceptable, mais pour beaucoup, elle avait commis la pire des traîtrises. Et voilà qu’on lui demandait de remettre à sa place un homme qui visiblement avait eu un instant de faiblesse à grand renfort de menaces et de réprimandes. Instant de faiblesse répété, certes, mais elle savait par expérience que la résistance recrutait jeune et que mener des imbéciles d’idéaliste à peine sortis de l’adolescence à la torture n’apportait pas grande satisfaction. Pourtant, elle n’avait pas le droit à l’erreur, puisque comme ce conflit moral le lui rappelait, elle avait un manquement à effacer.
Elle s’apprêtait à se servir un second échappatoire alcoolisé quand retentit à sa porte le coup sec de ceux qui veulent frapper avec assurance pour mieux masquer leur appréhension.

« Entrez. » avait-elle répondu avec toute la rigueur de vigueur en prenant soin de ranger son verre dans un tiroir.

C’était un homme qu’on devinait tout à fait charmant, mais dont les attributs se noyaient dans une apparente inquiétude. Le suivre du regard quelques secondes et l’écouter déclamer son introduction sans doute maintes fois répétés face à son éternel miroir lui suffirent à comprendre qu’elle l’intimidait. Bien, la remontrance n’en serait que plus courte, facile et efficace.

« Je vous en prie, asseyez-vous. »
dit-elle en désignant d’un geste une chaise savamment posée au centre de la pièce.

Et son ton avait beau être courtois, il tenait plus de l’ordre que de la demande protocolaire. La hiérarchie tenait à ses petits détails. Elle tira une nouvelle latte de sa cigarette en prenant appui sur le rebord de son bureau, position informelle censée trancher avec l’officialité de la rencontre.

« Enchantée, Sergent. Il me semble que nous n’avons pas été amenés à coopérer jusqu’alors, je suis désolée que notre relation professionnelle démarre dans de si mauvaises circonstances. »

La jeune femme l’examina longuement. Il accordait de toute évidence une importance certaine à ce rendez-vous (elle n’avait sans doute pas vu une paire de chaussures si soigneusement cirées depuis bien longtemps s’amusa t-elle) et les tremblements dans sa voix témoignaient de son malaise. Elle se resaisit en silence du dossier qui traînait sur son bureau et l’ouvrit à la page du dernier rapport, celui de trop.

« Je vous demande de m’expliquer les raisons de votre acte. Je ne veux ni justifications hasardeuses, ni scénarios fallacieux. » déclara t-elle froidement en lui tendant nonchalamment le dossier à la page en question. « Un conseil, ne me prenez pas pour une imbécile. Je suis là pour trouver des solutions et sanctions adaptées à votre manquement, je m’en voudrais d’être inutilement stricte. »


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Mer 11 Oct - 12:55
Le fumet aérien d'un bâton de nicotine s'infusa dans le canal de ses narines. Les volutes vaporeuses esquissaient des arabesques effervescentes qui se mourraient dans une dissipation opaque aux senteurs de tabac froid. Un parfum qui contaminait les pores de sa peau mitoyenne mais dont il tut la propagation dans un élan décence. Il ne se serait permis l'arrogance de décréter sa gêne dans le territoire clos qu'elle gouvernait. Encensoir de fatigue et de papier. Dans l'immatériel de ces voiles, son expression était d'autant plus troublante, brouillée. Son visage lisse le scrutait d'un faciès immaculé de transigeance. Une intention sans fard soufflée jusque dans ces paroles. 

Une contemplation d'artifices aux feux éteints esthétisant son autorité. Il prit place, docile, dans cette assise qui lui fut désignée. Ses propos regrettaient en écho le mobile de cette première rencontre. « Ce serait plutôt à moi de m'excuser, capitaine Harlaown, cet entretien nous est introduit en partie par ma faute. » Des mots fuyant ses lippes dans une élocution coulant le nœud de sa gorge, il se déversait dans leur sobre expression l'expiration d'un délit conscient. 

Le bureau de la haute gradée glissait des senteurs de confessionnal auquel le spectre de l'inquisition qu'elle représentait n'était point étranger. Hayes peinait à soutenir ces rétines profondes comme deux abysses aux tréfonds insondables. Il craignait de s'y noyer en y opposant ses orbes argileux, ses pupilles de terre cuite ébréchée par ces visions souvent douloureuses. De combien de figures adulescentes serait-il le funeste Charon ? 

Hayes était harassé de feindre une indifférence cérémonieuse. Ses sentiments avaient déjà filtré lorsqu'il avait franchit le seuil de la présente pièce. Aussi était-ce le plus sincèrement qu'il rétorqua à son interlocutrice. « Je n'ai nulle intention de vous mentir, ni de me mentir plus longtemps à moi-même. »  Il s'incluait dans ce dialogue pour en être le principal sujet. Dissertation, dissection de ses faits dont il cernait la gravité, pesante. Ces actes manqués l'alourdissaient d'une introspection obsessionnelle. Interrogations qui grouillaient dans ses nuits noires de rêves sans trêve. « Je suis prêt à accepter les reproches qui me sont mérités. » Car dans leur finalité, ils étaient plus salvateurs que destructeurs. 

Fate Harlaown incarnait ce modèle de femme qu'il respectait, pour son ascension au mérite. Féministe dans sa conviction la plus profonde, il ne pouvait que se réjouir de son parcours, et déplorer les rumeurs en cours sur sa personne. Hayes exécrait ces bruits de couloir qui assourdissaient sa patience. Le caractère vipérin de ces ragots n'empoisonnait point son jugement lorsqu'il scrutait Haralown. Elle était d'autant plus belle, d'autant plus touchante de s'être montrée ainsi humaine. Et de ce caractère qui leur était commun, il espérait intimement en puiser sa compréhension, peut importe qu'elle fut brusque. 

Hayes joignit ses mains en pétrissant nerveusement ses noueuse phalanges, traduisant par ce langage gestuel, cette communication aphone, sa nervosité. Il se sentait prude dans cette mise à nue. Une confidentialité, une réflexion sur lui-même à laquelle il ne pouvait se substituer. Il acquiesçait sa part de responsabilités et leurs conséquences. « Vous connaissez tout comme moi le motif de ma présence. Inutile d'ignorer ce malaise, qui je ne vous le cache pas, me pèse, à raison de sa récurrence. » 

Douce préface d'une vulnérable confession qui ouvrait une parcelle de son battant aux chairs sanguines. Son coeur était un sensible écorchoir abîmé. Les dégâts d'une guerre en des terres arides n'avaient fait que le mutiler davantage. 

On ne gardait point son entièreté après avoir été soldat. Une partie de cette entité combattante s'acharnait dans quelque endroit d'un esprit coupable avec ses propres fantômes. Leurs rancœurs réverbérées sous d'autres apparats tortueux.

« Lorsque j'ai vu son regard, je n'ai pu me résoudre à l'arrêter. » Sa voix râpeuse de franchise tomba comme un couperet tandis qu'il sonda la clarté de son regard immense. Comme il en avait scellé cette promesse latente, il n'avait point l'intention de la duper. Sa vérité était bouillante d'un sentimentalisme pur. « Appelez cela empathie, ou faiblesse... J'ai conscience que cet attrait doit être refréné dans notre métier. »  Son timbre poissait une émotion de malaise. Voix blanche pour un teint anémié de fatigue qui devait l'être tout autant. 

Le brun de ses yeux soutenait ceux de la capitaine d'un bleu perçant, point d'arrogance. Il se raccrochait à son regard avec cette douleur silencieuse qu'ont les naufragés. De ces regards lourds qui n'ont vu que trop de morts et dont ils ne peuvent se défaire. 

Il avait honte. 

Car assis à cette place ascendante, les remords étaient de mortels ennemis.
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Fate Harlaown
Juliette sans Roméo
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Lun 16 Oct - 21:53
Fate portait sur le dénommé Hiro Hayes un regard sévère teintée de bienveillance.

Elle avait écouté ses excuses, platement présentées avec une politesse et un respect appréciables. Elle s’était tue jusqu’à ce que l’homme ait terminé ce qu’elle lui avait accordé comme unique plaidoirie.

Que lui dire ? Il venait de poser des mots maladroits sur un malaise qu’avaient ressenti bien des fidèles de Kira avant lui. Le Sergent lui inspirait confiance, sans doute parce que jamais auparavant elle n’avait vu homme s’asseoir face à son bureau, s’apprêter à subir des remontrances et n’avoir pour toute réponse qu’une honnêteté et une franchise si désarçonnantes. Certes, il y avait mis les formes, mais à aucun moment il n’avait été question de rejeter la faute sur un collègue, une absence ou la sacro-sainte excuse du surmenage qui revenait si souvent dans la bouche des intéressés. Lui assumait d’avoir été humain dans un milieu où il fallait parfois accepter de tirer un trait sur son humanité. Et elle était convaincue que de cette faiblesse, il avait retiré bien plus que quelques ennuis professionnels, bien que certes conséquents. Son regard fatigué que ses grands yeux bleus n’avaient cessé de sonder, pression supplémentaire, transpirait la remise en question.

Ce type était perdu. Comme si après des années de service, il venait seulement de réaliser qu’être Kira, ce n’était ni être tendre, ni même être juste : mais bien appliquer avec une rigueur mathématique une sentence qui ne laissait place ni à la tolérance ni à la pitié.

« Je vous remercie, Sergent. » se contenta t-elle de répondre d’un ton autrement plus calme que celui avec lequel elle l’avait questionné.

Son visage autrefois sévère arborait désormais un sourire qui se voulait bienveillant et compréhensif. Elle prit le temps de laisser mourir le fumet incandescent de sa cigarette dont elle se débarrassa d’un geste habile. Elle ne savait quoi lui dire. Alors elle ne dit rien. Une nouvelle fois, pendant de longues secondes, elle planta son regard dans le sien avec l’espoir de lui faire passer ce message que son bureau mis sous écoute ne pouvait lui permettre d’avouer à voix haute : elle comprenait. Elle avait plusieurs fois refusé de presser la gâchette face aux yeux apeurés d’un jeune homme tout juste sorti de l’enfance, elle avait aimé un résistant.

« Un verre d’eau ? » demanda t-elle en s’exécutant immédiatement pour lui servir un verre sans attendre de réponse, comme pour se faire pardonnée du long monologue officiel qu’elle s’apprêtait à lui tenir.

Désaltéré, c’était sans doute l’état logique d’un homme qui subissait un tel stress. Elle en prit d’ailleurs elle-même une gorgée avant de se lancer, après une grande inspiration, dans ces reproches que son poste et le manque de confiance évident qu’on plaçait en elle depuis peu l’obligeait à lui faire.

« C’est inacceptable. Vous savez que votre mission vous dépasse, que vous incarnez une institution et un pouvoir qui vous subjuguent et face auxquels vous devez vous effacer. Il n’y a de places dans cette armée ni pour les traîtres, ni pour les faibles. Quel que soit leur sexe, âge, profession ou statut, les résistants sont notre priorité absolue et… »

Ne sortaient de sa bouche qu’un ramassis de vérités du régime qu’aurait pu lui tenir n’importe quel haut-gradé zélé et qu’elle récitait comme une poésie à laquelle on accorde peu d’importance – quoi que les mots sonnaient nettement moins musicaux. Et ce de longues minutes durant tandis que, le regard perdu sur les papiers de son bureau, elle rédigeait distraitement une ébauche de ce qui devrait être son rapport sur le cas Hayès qu'elle entendait bien régler à sa manière.

« … J’espère que j’ai été claire. Cette erreur était votre pénultième traîtrise, la prochaine vous vaudra la radiation et le châtiment réservé aux traîtres. Vous avez compris ? »


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Mar 17 Oct - 19:27
Comme le fardeau était plus supportable, une fois délesté de ses épaules appensenties d'angoisses roulant leurs plombs jusque dans ses articulations crispées d'une raideur morne. Sa conscience délivrée, Hayes se sentait perceptiblement plus léger, affranchi de la prison de sa cage thoracique comprimée d'un souffle lourd. Il était la proie de ses sentiments qui le garrottaient d'ordinaire, d'une emprise souveraine. N'étaient-ce point ceux-là même qui s'érigeaient en fautifs d'une sentence réfléchie ? Il guêtait le couperet de la voix de Harlaown avec cette quiétude qu'ont les condamnés résolus : sans l'opprobre d'une culpabilité dans ses orbes terre glaise.

Ô pauvre Hayes. Minable et pathétique. Il portait sa gentillesse ouverte ainsi qu'une dissection de sa carcasse, se mutilant dans l'effort qu'il tendait aux autres et avec toujours plus de véhémence. Il était ce sacrifié lucide et consentant à son propre malheur pour amortir ceux d'autrui, ces pairs d'humains qu'il portait en estime. Un écorché vif, spectre de ces mannequins anatomiques, corrodé du sel de ses larmes sur ses chairs nues. Un blessé par substitut. Un mort en sursis dont sa compassion n'abrégerait que le rebours de l'inéluctable. Même acculé devant l'évidence, il était apte de choir pour rehausser une autre âme — et de s'impacter en enfer si sa fille en était la douceureuse propriétaire. Hayes était ce genre d'Homme à la faille vulnérable. Sa bonté le courbait plus que ce qu'elle ne le hissait. Et quel sol fangeux frôlait-il à mesure de sa dégringolade ? Des sables mouvants.

Le remerciement de la capitaine quant à sa sincérité figeait la pièce dans un laps amputé au réel. Une sorte de distorsion du temps où s'amplifiaient les silences et les sons. D'autres langues s'interprétaient dans cet échange sourd et muet où seul les faibles oscillations faciales prévalaient. Cette muitié bavarde l'avisait d'une certitude inavouée : elle le comprenait.

Hayes ne savait où poser son regard en l'absence de paroles comme support distrait. Il continuait à mêler ses doigts dans leurs noeuds dermiques anxieux dans l'attente insupportable que l'un des deux rompent la parenthèse à leur dialogue antérieur qu'il ne désirait que poursuivre. Il était un tel concentré sentimental qu'il aurait eu honte de se dévoiler devant elle par la simple fixation d'une oeillade exhaustive. Ses ressentis vibraient en tapinois.

C'est finalement Fate Harlaown qui rompu ce silence insoutenable. En lui proposant sobrement un verre d'eau salvateur qui l'aida à ingurgiter le goût biliaire qui entravait sa gorge.

Elle était d'une compassion touchante.

Ils se comprenaient sans qu'aucun son ne filtre la barrière de leurs lèvres closes.

Les causes les plus nobles se fertiliasaient sur un jardin d'immondices. Il regrettait son idéalisation défaite.

« Je vous remercie Capitaine, Harlaown. » Était la seule réponse qu'il parvint à articuler en enserant le verre qu'il réchauffait d'une tiédeur diffuse jusque dans son rictus. Elle avait appaisé ses lugubres tensions.

Et elle perpétuait de le rasséréner, à sa manière, avec son sermon écolier. Le plus trouble de cette récitation se synthétisant dans sa véracité.

Ô oui. Il devait endiguer sa nature et l'oublier sous le persona d'un protocole inique. Greffer ce masque sur sa peau dans le refoulement d'une triste frustration. Elle le lui remémorait que trop bien, cette leçon qu'il avait cru bon de négliger pour subsister en harmonie avec ses pensées intimes. Ses cognitions savaient sournoisement que cette remontrance abdiquerait à terme, devant cette contenance altruiste qu'il ne pouvait retenir. Mais pour l'heure, pour cette suspension prolongée d'une épée de Damoclès menaçante, il lui en était reconnaissant. La lame aurait toute l'occasion de s'abattre en aval d'un flux qui le submergerait telle une vague scélérate.

« Retenu, Capitaine Harlaown. » Si douce parjure ! « Je ne serais comment vous remercier de votre clémence. Je tâcherais de ne point décevoir vos attentes et cette dernière chance tendue. »

Il aurait été cruel d'affliger une femme aussi admirable de quelque chagrin navré ou d'une déception impuissante. Hayes ne pouvait promettre sans abolir ses affirmations sous le poids d'une parole qu'il ne pouvait tenir. D'où l'utilsation du subjonctif.

Il ne voulait nullement accabler sa réputation.

Ses iris ocre s'étendirent sur son faciès mitoyen, le sien détendu se fendit d'un sourire conquis. Il s'esthétisait presque sous d'autres traits, la mine extraite de ses tumulteuses agitations.
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Fate Harlaown
Juliette sans Roméo
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Mer 1 Nov - 18:44
Ses yeux se posèrent sur les mains noués de l’homme qui lui faisait face, comme un enfant conscient de ne pouvoir justifier sa bêtise fixe ses chaussures boueuses, il infligeait à ses doigts aux articulations marquées une gymnastique cruelle et interminable. Appuyée sur son bureau face à lui, elle s’inclina légèrement pour chercher le contact de son regard. Ne commande-t-on pas aux enfants de regarder leur aîné dans les yeux pour sentir la pleine réprimande ? Mais elle n’eût finalement pas à se faire plus sévère que son âge ne lui permettait de l’être. De son long discours fleuve sans fin ni conviction il était visiblement sorti soulagé. Alors Fate esquissa un sourire convaincue.
Lui aussi avait compris.

Et étrangement, leur rencontre était de celles durant lesquelles beaucoup de paroles sont échangées sans qu’elles ne soient porteuses de sens. Ils s’étaient compris d’un simple jeu de regard et d’attitude qui, d’un geste, avait balayé l’importance des formalités et les avait couvert aux yeux des potentiels ignorants qui pouvaient reprocher pour l’un une traîtrise non-punie et pour l’autre une indulgence inacceptable.

« En réalité, il y a mille-et-une façons de me remercier, Sergent. »

Ho, elle ne le blâmerait pas davantage pour ses erreurs. Elle n’était pas femme à s’attarder sur le passé, elle traînait bien assez de casseroles et de situations qu’elle ne voulait pas se voir remémorer. Mais elle ne renonçait pas pour autant aux opportunités qui s’offraient à elle. Plus que jamais dans sa carrière, on lui renvoyait des sourires et accordait des louanges en scrutant d’un œil mauvais ses actions dans l’attente de son ultime erreur. Plus que jamais, elle savait sa position fragile, dangereuse et malsaine. La vie l’avait durement arrachée à son idéal du bonheur pour la remettre au travail, ce travail qui encore et toujours la maintenait en vie, elle refusait de perdre une nouvelle fois la force de se lever le maintenant.

« Vous n’êtes sans doute pas sans savoir que mon retour dans nos rangs est une affaire récente en plus d’être polémique. »
fit-elle remarquer, consciente qu’il avait sans doute eu vent de ses déboires et réussites comme nombre de ses collègues.

« J’aime savoir avec qui je travaille et ne suis que partiellement convaincue par la nouvelle composition de mon unité. »

Une seconde cigarette fraîchement sortie de son paquet lui permit de gagner un peu de temps. Hiro Hayes était un type visiblement intelligent dont l’expérience constituait un atout non-négligeable malgré les quelques bavures qui entachaient son dossier. Son regard pénétra le sien avec une malice persuasive, il n’ignorait sans doute pas qu’elle s’apprêtait à formuler une offre.

« Vous m’avez l’air d’être un bon élément, Sergent. Je serais ravie de pouvoir compter sur vous à l’avenir si vous daignez accepter mon offre. »

Une offre qui tenait plus d’une invitation qu’on lui recommandait fortement d’accepter. Ces quelques instants hors du temps avaient suffi à instaurer quelque chose entre lui et elle qu'elle ne pouvait se résoudre à laisser passer. Une relation hiérarchique certes, mais aussi une relation de confiance. Si Hayes ne la décevait pas, elle s'apprêtait à lui offrir la promotion la plus inespérée.

« … Histoire de me montrer votre bonne volonté et me prouver que vous ne reproduirez pas les erreurs du passé. »


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Lun 6 Nov - 18:08
Les voiles de son encensoir estompaient son faciès de Dame Blanche conciliante. Plus il égratignait ses rétines sur la réverbération de ses orbes lustrées d'agates perçantes, plus cette sobre figuration s'imposait dans ses cognitions comme une certitude inflexible. Elle avait défait le nœud coulant qui enserrait son cou comme un funeste collier. Une libération affranchie par des paroles fardées de remontrances factices essentielles mais derrière lesquelles s'esquissaient une complicité accrue de silences évocateurs, un motus entretenu qui pesait de son dialogue assourdissant. Le mutisme était une forme lointaine du tumulte, son invasion en devenait tout autant envahissante. Pourtant, il se complaisait dans ce simple échange, d'une façon plus grisante que dans des conversations antérieures. Avec Harlaown, il n'avait point à parfaire son sourire d'un masque aux impressions lénifiantes. Il n'avait point ce besoin morbide de travestir ses afflictions en exaltations. Il ne dosait plus la réjouissance sincère qui ourlait ses lippes. Un accord en lui même refondé, comme une ombre sur sa chair.

Dans cette seconde figée du temps, Hayes rayonnait sous l'auréole d'un visage apaisé. Sérénité qui n'avait point terminé son ascension vers les cimes de réjouissances impromptues. Le fil du discours cousait le canevas d'une proposition lui semblant si belle qu'elle le brodait d'une dimension irréelle. Jamais la plante de ses pieds figés dans une pénombre anxieuse, il n'aurait cru se hisser vers une lumière si inespérée. Ses rayons le soulevait d'espoirs immenses et revitalisaient ses traits brumeux. Elle le guidait comme un phare en éloignant ses pas des sentiers tortueux. Comment pouvait-il en toute décence décevoir ses attentes et se priver lui-même d'une euphorie tant traquée ?

« Je ne prête point attention aux rumeurs, Capitaine. À dire vrai, je pense que toute conversation s'écartant des champs professionnels est inappropriée, et vulgaire en l'absence du principal intéressé. J'ai pas mal été révolté de l'attitude de mes camarades à votre égard, et ne tiens pas rigueur de leurs ragots. » Les mots fusaient de sa gorge chaleureuse, coulant cette satisfaction par expiration que ses poumons débordaient. Ô ce tendre Hayes. Il avait dans ses manies cette transparence d'enfant, tant de sentiments translucides. Il croulait ses appréciations boulimiques. Les vertueux et les vils se rassasiaient de ce festin abondant. Une vulnérabilité étroite, qui ne manquerait point de se grandir si une main impie poignardait de ses ongles la faille. Il cachait si peu les siennes.

Mais Harlaown ne possédait point cette sombre essence. Bien au contraire. Elle avait coagulé un baume salvateur dans ses fissures de faïence.

« Personne ne mérite un tel traitement. Et encore moins vous. » La voix d'un compliment et d'un respect fidèle qui se marient pour accoucher d'une phrase sincère, une franchise écolière vierge d'arrières pensées souillées d'hypocrites convoitises.

Il avait foi en elle depuis qu'elle l'avait béni de son absolution qui n'était point finie.

Les iris de Hayes plongèrent leur habitacle dans le monde oculaire de Harlaown, purs d'une reconnaissance indicible, il présenta sa main comme approbation avide.

« Je ne sais point si je mérite vraiment ces éloges, mais travailler avec vous et pour vous serait un plaisir pour me motiver à y faire sens. Je ne vous décevrai pas. »

Elle lui apporterait la paix à laquelle il voulait contribuer, car plus que tout, dans l'infusion de sa nature profonde, sous ses actions peu habiles, il y aspirait. Pour son âme et celles qu'il chérissait. Sa fille érigée sur le trône de cette pénible croisade, était la souveraine de cette noble intention. Sa seule aspiration était de l'écarter des ronces empoisonnées d'une époque perfide. Et ce, peut lui importait de se léser dans la manœuvre.

Il portait ses épines en couronne à vouloir souffrir pour les autres.

Et il n'avait point conclu son rôle de martyr.
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Fate Harlaown
Juliette sans Roméo
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Dim 26 Nov - 17:48
Il était encore trop tôt pour déterminer si Hiro Hayes agissait en toute bonne foi, reconnaissant de la chance qu’elle s’apprêtait à lui donner et conscient du caractère exceptionnel de cette proposition, ou s’il mimait à la perfection le jeu de l’homme repenti. L’humain se faisait bien souvent excellent acteur quand il s’agissait de se sortir habilement d’une situation difficile, et Fate Harlaown avait par mille fois subi l’échec cuisant de remontrances qui s’étaient avérées improductives avant celle-ci. Pourtant, quelque chose lui criait de lui faire confiance : quelque chose enfoui dans ses traits durs et marqués par les événements autant que par les années, quelque chose dans son regard flou et perdu quelques minutes auparavant et désormais empreint d’une volonté nouvelle.

Il parlait avec une aisance et un pouvoir de conviction étonnant, tranchant totalement l’image pitoyable d’un homme recroquevillé sur lui-même dans l’attente de sa sentence qui avait constitué son premier visage. Ses déclarations ne manquèrent pas de la soulager : elle portait elle-même le fardeau bien lourd d’une erreur de parcours. Quoi qu’aucun mot ne pouvait qualifier avec assez de mépris et de haine l’ampleur de cette traîtrise dans la bouche de ses détracteurs. Elle n’était pas pour autant femme à se débiner et si les opinions de son interlocuteur dressaient un portrait élogieux d’elle, elle ne savait trop si elle devait rire ou se sentir honorer par ces prétendues louanges. Son visage se couvrit finalement d’une expression mitigée, mélange d’un petit éclat de rire sarcastique et d’un regard reconnaissant :

« Remballez vos belles paroles, vous tombez dans l’écueil inverse à celui de ceux qui veulent me voir tomber. J’ai trahi et c’est une erreur impardonnable. Ma sentence allégée n’est que le fruit d’un savant calcul : personne dans ce gouvernement n’est assez idiot pour ne pas comprendre que je suis un rouage clé de cette gigantesque machine. Remplaçable certes, mais dommageable. »

Ses traits fins s’étirèrent en un sourire bienveillant tandis qu’elle sortait de son bureau sa traditionnelle bouteille de scotch et deux verres d’une propreté impeccable.

« Vous êtes entré par mégarde dans un univers où vie privée et devoir public ne font qu’un. Alors oui, mes potentielles faiblesses sont du ressort de chacun de mes collègues, vous compris. »

Sans chercher davantage l’approbation de son collègue, elle servit deux verres d’un geste quasi-professionnel. Portant le premier à ses lèvres, elle lui tendit le second avec une insistance camouflée sous un masque de politesse.

« J’ai péché par faiblesse d’un instant. De la même manière qu’une seconde de détachement vous a éloigné du droit chemin. Tachons de ne pas pécher à nouveau, car je ne manquerai pas de vous corriger de la plus radicale des manières et j’espère que vous en ferez de même. »

Une sorte de pacte, scellé dans cet étrange artéfact alcoolisé.

Fate pressentait qu’elle allait trouver en cette brebis égaré sur laquelle elle faisait peser une si douce menace un allié de taille. Sans doute parce qu’elle voyait se refléter dans son regard brumeux et inquiet ses questionnements les plus inconvenants dans une institution où l’erreur et le doute n’étaient tout simplement pas envisageables. Le voir accepter son offre osée l’emplissait d’une satisfaction et d’une motivation nouvelle. Et si les choses se passaient comme prévues, elle réglerait d’une savante manœuvre le double problème de l’absolution publique de ses péchés et de sa vengeance personnelle.

« Je suis honorée de votre confiance, Monsieur Hayes. » conclut-elle dans une phrase étrangement sobre au milieu du bouillonnement de ses pensées.

« Vous commencerez lundi, le temps de me laisser effectuer quelques démarches administratives. Je veux votre entière implication : l’affaire qui nous attend revêt une importance toute particulière. Attendez vous à des journées bien pleines, à des nuits bien courtes et, si mon intuition a eu raison de vous faire confiance, aux lauriers de la victoire. »


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Mar 5 Déc - 16:16
À deviser avec son interlocutrice, Hayes sentait se refermer sur lui même l'étau douloureux d'un engrenage dont il consentait à l'imposante machinerie. Il s’emboîtait dans le système et polissait ses pièces défaillantes. L'offre de Fate n'était que la manœuvre artisane l'ayant esquivé de son étiquette jetable. Et de cette rescousse inopinée, il continuait de l'en gracier, dardant sur son faciès diaphane une œillade rassérénée. 

Son cœur s'était coagulé de ses nombreuses meurtrissures, et n'avait de cesse de se suturer à mesure que battait la voix de Fate Harlaown dont il savourait le caractère humble. La jeune femme assumait la pénalité de ses actes et ne se dédouanait nullement de ses faiblesses pour les acquiescer sous les vocables d'une sèche honnêteté. Une franchise qui ne fit que sourire l'américain amusé intérieurement de leur commune ressemblance. Une part de sentimentalisme happait sournoisement par le système et simplement taboue pour quiconque voudrait durablement s'y inclure. Des ressentis sournoisement empaquetés sous le présent d'un coffre à Pandore. Une boite cardiaque, cœur abîmé à taire, pour faire entendre sa voix sur l'estrade des hautes instances. Leurs souveraines applications abrégeaient déjà le souffle de ceux et celles ne se restreignant point à ce mutisme. 

Les réalités de ses deux vies s'entremêlaient dans un canevas tortueux. Existence affective et existence administrative. Un doux constat que les cordes vocales de Fate ne manqua point de marteler, sous la présentation d'un pragmatisme intraitable. 

Cette ligne ténue, Hayes l'avait franchi par mégarde. Et sa fille en payait malgré elle l'impôt, peu à peu impliquée dans ses sursauts anxieux. Et la rencontre du premier ministre en la présence de sa descendance de chair n'avait rien arrangé à cette intrigue troublée. 

« Je pense faire un piètre inquisiteur, mais je serai en mesure de m'assurer que les procédures répressives seront appliqués. » Son rictus se tendit dans une mimique cordiale et ses phalanges palpèrent le verre de scotch subrepticement obligé. L'entretien vissait une confiance de plus en plus étroite qu'il n'aurait pu ternir de parjures. Il savait ses carences d'objectivité et le fardeau de ses émotions impactant son jugement, mais il espérait en amoindrir la charge à mesure de ses implications auprès de sa nouvelle supérieure. Il en allait après tout de sa sanité. 

« Il en va de soit que je n'en attendais pas moins un traitement réciproque. » 

Ses lippes trempèrent dans l'alcool qui scellèrent d'un pacte sa parole, lui raclant désagréablement l’œsophage dans une sensation de brûlure. Ces breuvages n'étaient point dans ses habitudes, aussi dégrafa-t-il négligemment le col de sa chemise pour aider sa pénible et lente déglutition. 

Les vapeurs de l'alcool tempéraient ses joues d'une douce chaleur rosissant ses pommettes. Couleur qui accentua ses nuances alors que ses canaux auditifs enjôlèrent ses pensées d'une promesse d'avenir flatteur. 

« Les mérites ne sont ma principale motivation, sauf votre respect Capitaine, bien qu'il rehausserait probablement ma réputation, l'intérêt général reste ma priorité. »

L'espoir de Fate Harlaown ne l'intimidait gère, mais lui intimait un respect indicible dont la modestie privilégiait la notoriété de sa collègue. 

Hayes se leva en pressentant la fin de cet entretien appelé prochainement à se renouveler pour des motifs plus bénéfiques.

« Vous ne serez déçue de ma participation. »

Il ouvrit alors l'immense paume de sa main qu'il lui présenta comme pour concrétiser son engagement par la teneur de ce sens dermique.
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Fate Harlaown
Juliette sans Roméo
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Age : 20
Dim 7 Jan - 22:43
Bien sûr qu’il devait être un piètre inquisiteur. Elle devinait dans ses traits marqués par le temps et les épreuves une tendresse qui contrastait avec ses mains fortes et éprouvées. Hayes n’avait pas l’âme d’un tueur de sang-froid, la simple façon dont il s’était écraser face au double poids de ses erreurs et de l’autorité qui lui faisait face en témoignait. C’était un exécutant, le genre qui questionnait constamment l’éthique de ses actes tout en ayant parfaitement conscience de l’importance du devoir. Le genre que l’armée de Kira rendait fou ou réduisait au plus simple homme.

C’était le genre d’hommes que Fate avait pu méprisé par le passer. Elle, femme qui assumait la charge du plus radical des postes, dirigeait une unité dont les maîtres mots avaient longtemps été rapidité et efficacité. Pas de temps pour l’équilibre, la subtilité ou les questions morales : il s’agissait de réduire la menace en faisant vite et bien et en utilisant tous les moyens à disposition. Fate avait déjà tué de sang-froid sans en retirer aucune autre fierté que celle d’un pas de plus sur le chemin d’une mission complexe. Mais l’expérience l’avait adoucie, nuancée. Bien sûr, il lui faudrait des hommes comme celles qu’elle avait longtemps loué : dévoués à leur cause à un point qui supprime toute autre forme d’éthique. Loyaux et animés de cette même conviction qui la tenait en vie. Hayès serait l’exception à la règle. Parce qu’elle n’avait pas la cruauté de le punir durement et parce qu’elle avait par le passé partagé ses doutes et hésitations et failli dans des proportions bien plus graves. Il serait un exécutant docile. Juste assez pour retrouver le droit chemin et empli d’une volonté suffisante de corriger son erreur pour se plier aux ordres.

« Vous ne serez jamais un bon inquisiteur, mais vous ferez un bon assistant pour l’inquisitrice que je suis. » déclara t-elle avec un sourire teinté de tendresse tandis qu’elle finissait d’une traite sous verre. « Je ne vous laisserai pas l’occasion de me décevoir. »

Façon habile de lui faire comprendre qu’elle ne s’attacherait pas à le confronter à de nouveaux dilemmes moraux, mais que son statut hiérarchique et ses convictions ne manqueraient pas de le tenir à l’œil.

« L’intérêt général, vous dites ? » l’interrompa t-elle comme si l’emploi de ce terme s’était instantanément détacher du reste de ses propos.

C’était une bien étrange formule dans la bouche d’un homme qui avait à deux reprises mis de côté l’intérêt général dicté par le droit pour privilégier ses convictions individuelles. Elle avait animé Fate d’une soudaine volonté de questionner les croyances de cet homme. Elle ressentait ce même besoin irrémédiable de servir ses semblables, mais n’était-ce pas aussi ce que les résistants associaient aux idées de ‘liberté’ et de ‘protection’ qu’il répétait aux oreilles des citoyens.

« Qu’entendez-vous par, ‘servir l’intérêt général’ Monsieur Hayès ? »

Elle observait désormais cette paume tournée vers elle avec un regard de défi. Comme si cette question était l’ultime barrière à leur collaboration, comme si en dévoiler un peu plus sur ses convictions conditionnait la confiance de la Capitaine.

« Il n’y a pas de mauvaise réponse, Hiro. » se permit-elle après quelques secondes de silence avec un brin de familiarité, comme pour prendre le contre-coup du stress qui devait déjà l’envahir.


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